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Musique illustrée / Concerts de légende

17 juin 1965 : Michelangeli enflamme le Concerto de Grieg

Publié le 17 Février 2015

Le 17 juin 1965, le pianiste italien Arturo Benedetti Michelangeli électrise le public londonien. Un Concerto de Grieg tout de panache et de bravoure entre dans l’Histoire.

par Bertrand Boissard

Rarement la filiation lisztienne du bucolique et lyrique concerto du géant norvégien — un des standards du répertoire — avait à ce point été mise en valeur que lors de cette mémorable soirée au Royal Festival Hall. Voilà qui est loin d’être un contre-sens. Quand, en 1870, Grieg apporte la partition encore inédite à Liszt, ce dernier, après l’avoir déchiffrée, le félicite chaudement. L’oeuvre réclame un pianiste poète, capable de panache et de bravoure. Arturo Benedetti Michelangeli (1920-1995) est l’homme de la situation. N’a-t-il pas été qualifié par Alfred Cortot, lors de sa victoire au Concours de Genève, en 1939, de « nouveau Liszt » ?

 

Cette exécution londonienne a ceci de remarquable que le virtuose italien semble pris d’une sorte de frénésie, de fureur : une émotion assez rare chez cet artiste la plupart du temps impavide. La cadence du premier mouvement, avec sa houle fantastique, sa descente trépidante d’octaves, n’a sans doute jamais été exécutée avec autant de fièvre et de grandeur. La sonorité dense, les phrasés calibrés au millimètre et gardant malgré tout leur souplesse, le chant sans affectation, toujours viril, la variété des éclairages — des clairs-obscurs aux traits irradiants — confèrent à l’adagio sa magique éloquence.

Le charme mélodique, la plus évidente caractéristique du concerto, se double dans le dernier volet d’une pointe de folie inédite. On n’a plus affaire ici à la partition aux teintes pastels présentée habituellement, mais à une œuvre rendue à son urgence, sa vigueur rythmique et sa vitalité originelles. Parcourue de fulgurances, cette véritable recréation s’inscrit au nombre des interprétations les plus achevées du génie italien — avec le Concerto « L’Empereur » de Beethoven, la Totentanz de Liszt, le Quatrième Concerto de Rachmaninov et le Concerto en sol de Ravel, pour s’en tenir aux œuvres concertantes. Le chef espagnol Rafael Frühbeck de Burgos, décédé en 2014, lui tient une réplique brillante, secondé par le New Philharmonia Orchestra, l’un des meilleurs ensembles de l’époque. Entrée dans la légende, cette version incendiaire, à l’abattage inégalé, se pose en maître-étalon pour tout pianiste désirant s’y confronter.

Paavo Järvi
Grande salle Pierre Boulez - Philharmonie
Mercredi 18 mars 2015 - 20:30