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Musique illustrée / Concerts de légende

7 septembre 1975 : Boulez et le New York Philharmonic interprètent Ligeti

Publié le 16 Avril 2015

Le 7 septembre 1975, à la Philharmonie de Berlin, Pierre Boulez et le New York Philharmonic décryptent Lontano de György Ligeti. Une étonnante séance psychédélique...

par Bertrand Boissard

Stanley Kubrick aura beaucoup fait pour populariser la musique de György Ligeti (1923-2006). Non content de lui emprunter son Requiem, Atmosphères et Lux Aeterna dans 2001, l’Odyssée de l’espace, ainsi que Musica Ricercata pour son dernier opus (Eyes Wide Shut), il a utilisé Lontano, pour grand orchestre, dans Shining, une citation de seulement quelques secondes en forme d’accord d’une absolue étrangeté (à 4’12’’ de l’enregistrement ci-dessous).

Lontano date de 1967. Couches successives, myriades de reflets changeants, « nappes sonores », strates en perpétuelle évolution : cette page « planante » d’une dizaine de minutes n’est rien moins qu’un immense voyage hypnotique finalement assez typique de son époque, dont on peu retrouver l’esprit chez les Pink Floyd (tel l’album The Piper at the Gates of Dawn, également de 1967). Toutes les parties sont séparées (jusqu’à une cinquantaine simultanément) : chaque instrumentiste, y compris les cordes, joue son propre texte, ce qui donne à l’ensemble une richesse de texture particulière et oblige à une mise en place pointilleuse.

Cette exécution par le New York Philharmonic sous la direction de Pierre Boulez — qui en est alors le directeur musical — revêt une importance particulière car ni l’un ni l’autre n’en laisseront de témoignage au disque. Le vénérable orchestre est pourtant loin de méconnaître le compositeur hongrois : il a joué Lontano au cours de son histoire à treize reprises — dont neuf fois avec le chef français, mais aussi Abbado et Haitink notamment — et interprété Atmosphères, une œuvre apparentée, sous la direction de Levine, Ozawa, Alan Gilbert et même Bernstein.


C’est lors d’une tournée européenne — qui passait par Édimbourg, Bruxelles, Bonn, Francfort et Stuttgart — que cette captation eut lieu, à la Philharmonie de Berlin, le 7 septembre 1975. Il s’agissait du 8757e concert du New York Philharmonic. Le reste du programme comprenait la Septième Symphonie de Beethoven (une curiosité dans le répertoire de Boulez) et Le Mandarin merveilleux de Bartok. La concentration et la méticulosité du chef, le parfait alliage des timbres, la ductilité et la présence exemplaires de l’orchestre font merveille. À 3’08’’, la plongée soudaine dans les abysses inquiète d’autant plus qu’elle se passe de toute exagération. À 8’57’’, un appel sépulcral des basses rappelle Bruckner, puis les suraigus des cordes en feu déchirent le voile, zébrures vibrantes, rayonnement fossile d’une intensité insoutenable. L’interprétation exceptionnelle d’une œuvre essentielle du XXe siècle.

Alan Gilbert
Concert symphonique

New York Philharmonic

Alan Gilbert - Joyce DiDonato
Grande salle Pierre Boulez - Philharmonie
Samedi 25 avril 2015 - 20:30
Alan Gilbert
Concert symphonique

New York Philharmonic

Alan Gilbert
Grande salle Pierre Boulez - Philharmonie
Dimanche 26 avril 2015 - 16:30