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Au jour le jour / Reportage

BIENNALE DE QUATUORS À CORDES : UN FESTIVAL DE CRÉATIONS

Publié le 21 Décembre 2015

Petit théâtre à quatre voix, le quatuor est un terreau fertile à la prospection. Résolument tournée vers le répertoire moderne et contemporain, la septième édition de la Biennale propose six créations mondiales et deux premières hexagonales.

par Jérémie Szpirglas

Le bal des créations s’ouvre dès le concert inaugural de la Biennale, le 15 janvier en début de soirée, avec deux premières mondiales dispensées par le Quatuor Béla, grand habitué de l’exercice dont les orientations esthétiques témoignent d’une ouverture rare et d’un sens aigu de l’aventure. Avec Notturno sulle corde vuote de Francesco Filidei, Frédéric Aurier et ses partenaires s’essaient même à une nouvelle lutherie : les SmartInstruments, développés par l’équipe d’acoustique instrumentale de l’Ircam, ressemblent à des violons, altos ou violoncelles classiques, mais leurs qualités acoustiques sont programmables. Grâce à des capteurs, actionneurs (comme un transducteur accolé à la caisse, à proximité du chevalet) et autres systèmes embarqués, ce sont des instruments augmentés qui peuvent même jouer d’eux-mêmes, sans aucune action de l’instrumentiste — permettant à Filidei de leur donner une « voix » et une « présence » propres. Puis, avec White Face, œuvre « de saison » de Philippe Leroux, les Béla explorent les plaisirs de la glisse et des dérapages (in)contrôlés.

Le soir même, un autre spécialiste ès défrichage esthétique, qui plus est résolument ancré dans la modernité numérique (en remplaçant les partitions papiers par des iPad), le Quatuor Tana, enchaîne avec Shadows, troisième quatuor de Yann Robin, le compositeur qui a sublimé la saturation comme Soulages a sublimé le noir. Cadeau sur mesure pour ce jeune quatuor qui défend sa musique depuis 2011, Shadows est une exploration, sur les chapeaux de roues, de gestes instrumentaux qui, passant de l’ombre à la lumière, se combinent, se perdent et se recomposent les uns les autres.

 

 

Le lendemain, c’est au tour de Bruno Mantovani, le « faux jumeau » de Yann Robin, de livrer son Troisième Quatuor aux archets du Quatuor Signum. Un quatuor peu polyphonique, placé sous le signe de l’obsession, voire de l’oppression. Un quatuor qui aspire à une épure du langage qui passe par une radicalisation des idées musicales…
Ce même jour, la Biennale accueille le benjamin (en l’occurrence la benjamine) des compositeurs de cette édition 2016 avec une œuvre composée pour un quatuor 100% féminin : le Quatuor Zaïde interprète le Secondo Quartetto de Francesca Verunelli. Ce second quatuor témoigne de la fascination de la compositrice italienne pour la narration, le grand roman, la fresque épique, qui réserve une surprise à chaque page tournée : en se livrant à un aller-retour entre un passé connu et une multitude de futurs potentiels, la compositrice endosse au cours de ce voyage le frac du magicien, pliant et dépliant ses mouchoirs pour en faire jaillir l’inattendu dans un contexte en constante métamorphose.

 

 

La narration : c’est justement ce dont Philippe Manoury a voulu s’écarter dans Fragmenti, créé le 18 janvier par ses amis du Quatuor Arditti. Quatrième incursion du compositeur au pays du quatuor, l’œuvre consiste en onze fragments, faits de gestes musicaux non destinés à évoluer — successivement galop furieux, paysage sonore contemplatif, accelerando infini, etc. —, et néglige délibérément les concepts de continuum et de développement.

Un sentiment similaire se dégage de The Silk House Sequences, deuxième quatuor du Britannique Harrison Birtwistle, dont les Arditti ont déjà assuré la création en novembre dernier à Londres et qu’ils auront à cœur de défendre à Paris. D’embardées furieuses en stases immobiles, alternant lyrisme et gestes mécaniques, et révélant souvent des motifs rythmiques conflictuels, l’œuvre consiste en une succession de pas moins de 19 séquences, comme une masse complexe d’idées entremêlées, qui semblent paradoxalement s’emboîter à la manière d’un puzzle aux pièces innombrables.

L’ultime création (française) vient conclure dans la communion cette prolifique Biennale. Ajoutant le basson de Pascal Gallois aux quatre cordes du Quatuor Hugo Wolf, Johannes Maria Staud, éminent représentant de la nouvelle école de Vienne, propose K’in, dont le titre évoque le « soleil » du calendrier maya. Une pièce aux allures d’évocation, voire de rituel, phrase après phrase…
 

 

Quartuor Jerusalem
Salle des concerts - Cité de la musique
Lundi 18 janvier 2016 - 20:30
Quatuor Signum
Musique de chambre

Quatuor Signum

Amphithéâtre - Cité de la musique
Samedi 16 janvier 2016 - 20:30
Quatuor Tana
Musique de chambre

Quatuor Tana

Amphithéâtre - Cité de la musique
Vendredi 15 janvier 2016 - 20:30
Quatuor Béla
Musique de chambre

Quatuor Béla

Amphithéâtre - Cité de la musique
Vendredi 15 janvier 2016 - 19:00