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Au jour le jour / Entretiens

Du madrigal à l’Orfeo

Publié le 24 Février 2017

À l’occasion du 450e anniversaire de la naissance de Monteverdi, Les Arts Florissants complètent le travail amorcé sur les madrigaux en présentant l’Orfeo, son premier opéra, qui bouleversa l’histoire de la musique.

par Paul Agnew

 

 

Comment mettre en scène l’Orfeo en 2017 ?

Nous avons très peu d’informations sur la mise en scène de la production originale (si tant est qu’on puisse parler de mise en scène). Il paraît en tout cas impossible que de grands effets scéniques aient été utilisés, le spectacle étant produit dans un salon et non dans un théâtre. Quand on se demande comment situer le drame d’Orfeo sur scène, la chose la plus évidente à faire est donc de s’inspirer du texte de Striggio. Dans celui-ci, où reviennent de manière récurrente collines, champs et montagnes, la nature occupe une place essentielle. Bien sûr, le rôle central de l’œuvre est Orfeo ; qui comme tous ses compagnons est au service du dieu Apollon (le père d’Orfeo), d’où les références constantes au ciel et au soleil. Apollon représente le jour, comme Pluton représente les ténèbres. À partir de ces deux éléments, j’ai imaginé un lieu associé à l’imaginaire d’Apollon comme dieu du soleil, en m’inspirant des cercles de pierres qu’on retrouve dans les pays celtes. Ceux-ci ont aujourd’hui perdu leur raison d’être, mais partagent pour la plupart cette particularité qu’à l’équinoxe, l’alignement des pierres coïncide avec le lever du soleil. Pour notre Orfeo, j’ai donc placé l’action dans un cercle de pierres que nous pouvons imaginer être dédié au culte du soleil, et donc à Apollon. J’ai aussi décidé de garder un décor unique pour l’ensemble du spectacle, les ténèbres étant d’une certaine manière un miroir de la terre. Pluton, qui est lié à Apollon par son père Jupiter, ne fait qu’assumer la responsabilité du gouvernement des ténèbres. Il est moralement neutre, exactement comme Apollon sur terre qui s’occupe du royaume de la lumière sans le contrôler. L’histoire d’Orfeo est centrée sur cette tension entre ces deux royaumes : les vivants ne peuvent pas entrer dans les ténèbres et les morts ne peuvent pas en sortir.

Pour habiller notre production, j’ai cherché des images du XVIIe siècle qui reflètent en même temps le monde antique, cet âge d’or où évolue Orfeo. Je me suis inspiré pour cela des tableaux sacrés de Nicolas Poussin. Avec tous ces éléments en tête, j’ai cherché à ce que rien de notre mise en scène n’empêche la bonne compréhension du texte. L’originalité de Monteverdi tient justement à son souhait que le texte gouverne la musique, en faisant en sorte que l’accompagnement des chanteurs et leurs chants soient là pour amplifier les émotions véhiculées par les mots. À l’inverse de la musique de la Renaissance, qui a précédé l’époque de Monteverdi, il n’existe pas une seule note de musique qui ne soit inspirée et liée directement au texte. C’est le principe au cœur de cette époque que nous appelons maintenant « baroque », et qui préside à la naissance de la musique moderne.

 

Paul Agnew
Opéra

L'Orfeo

Les Arts Florissants - Paul Agnew
Grande salle Pierre Boulez - Philharmonie
Lundi 20 mars 2017 - 20:30