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"It’s wonderful, it’s wonderful, it’s wonderful..."

Publié le 30 Janvier 2017

Pierre Desproges l’a fait découvrir en générique de ses chroniques radiophoniques. Depuis, avec sa voix rocailleuse qui sait faire swinguer l’italien, Paolo Conte connaît une véritable idylle avec le public français.

par Marc Zisman

 

On a souvent trop vite fait d’habiller Paolo Conte de quelques clichés inaltérables d’une Italie éternelle, charmeuse et lettrée. Comme de réduire son talent aux ritournelles renversantes de Come Di, que Pierre Desproges utilisa comme générique de ses Chroniques de la haine ordinaire en 1986, ou de Via Con Me et son refrain sans fin : It’s wonderful, it’s wonderful, it’s wonderful…

La vie comme la carrière de Paolo Conte est évidemment plus dense que ces balises un brin simplistes. Cette voix rauque et faussement éraillée de Tom Waits transalpin et ses mélodies un peu jazz, à l’âme blues et toujours empreintes de mélancolie, le Piémontais originaire d’Asti ne les a pas déballées d’entrée de jeu. Car avant d’être aussi bavard, Paolo Conte fut justement un bavard. Un avocat comme on dit en argot. Le barreau le jour, le jazz la nuit. Ce jazz dont il est un jeune aficionado presqu’intégriste – vibraphoniste et pianiste – et qui le fit d’abord snober cette variété si profondément ancrée dans la société italienne. Comme une double vie qu’il mènera tout au long des années 60, accompagné à la batterie par son frère Giorgio. Paolo Conte trouve pourtant une certaine gymnastique et finalement un véritable plaisir à écrire des mélodies de chansons, lui, le fan invétéré des intouchables George Gershwin, Cole Porter et autres Jerome Kern. Chansons d’abord expédiées dans la bouche des autres. Celles de ces stars de la variété populaire de l’époque comme Carla Boni, Caterina Caselli, Patty Pravo et surtout d’un certain Adriano Celentano qui fera de La Coppia piu bella del mondo et de Azzurro, deux tubes d’envergure.

 

 

Il faudra tout de même attendre 1974 pour que ce nom de Paolo Conte orne enfin la pochette d’un album, un vrai, et que sa voix atypique résonne enfin. L’heure aussi de raccrocher la robe, à 37 ans, pour ne plus se consacrer qu’à son piano, son micro et son stylo. Le stylo, oui : désormais, Paolo écrira des textes, ses textes, et pas simplement des mélodies et des arrangements. Capable de romantisme moucheté de mélancolie comme d’humour caustique voire d’autodérision, n’hésitant pas à jouer la carte de l’autobiographique et surtout de l’affirmation d’une certaine provincialité viscéralement ancrée dans ses gènes de Piémontais et portée par un parlé-chanté qui lui est propre, le style Paolo Conte offre une réelle originalité. Doucement mais surement, le succès suivra et le moustachu imposera sa nonchalance, ses textes décalés qui ne ressemblent à aucun de ceux de ses contemporains, et ses mélodies précises de compositeur averti. Avec Un gelato al limon, le grand public découvre enfin en 1979 ce singulier auteur, compositeur et interprète. Et deux ans plus tard, Via con me lui permet de toucher une audience par-delà les frontières de sa terre natale…

 

 

Première à succomber à son charme, la France l’accueille au milieu des années 80 comme une star. Et c’est un Paolo Conte incrédule qui se retrouve face au public parisien de ses concerts qui affichent complet au Théâtre de la Ville. Evidemment il y a un brin de cette histoire de clichés inaltérables d’une Italie éternelle, charmeuse et lettrée, etc., mais aussi une fascination réciproque. Plus tard, il y aura la découverte d’un artiste sachant faire évoluer son artisanat, étoffant de plus en plus sa musique. Qu’il soit seul derrière son piano ou entouré d’un grand orchestre toujours parfait, qu’il jongle avec la sémantique de son jazz fétiche ou secoue les codes de la chanson traditionnelle, Paolo Conte dompte le swing ou brouille les cartes, entre une rengaine couleur sépia ou une composition plus moderne. Le tout avec un raffinement sans égal, quelle que soit la cible de sa plume. Qu’il évoque l'écrivain Ernest Hemingway, le chanteur Atahualpa Yupanqui, le cycliste Giovanni Gerbi ou une simple Glace au citron, Paolo Conte sait toujours embarquer dans son génial barnum intime n’importe quelle thématique. Et derrière son image de vrai-faux crooner de club de jazz enfumé, il reste le plus touchant des marionnettistes
 

Paolo Conte
Grande salle Pierre Boulez - Philharmonie
Du samedi 11 février 2017 au dimanche 12 février 2017