Notes de passage

A+AA-Print

Au jour le jour / Entretiens

L’atelier intimiste de Rover

Publié le 10 Février 2017
De Bowie à Dylan, des Beatles à Radiohead en passant par la musique électronique, le répertoire de Rover est chargé de diverses influences. Le chanteur pose ses valises à la Philharmonie pour une série de concerts intimistes en solo et nous emporte dans les méandres de son univers ténébreux et romantique.
 
par Marc Zisman

 

Enfant, Timothée Régnier, alias Rover, a découvert beaucoup de musiques à l’arrière de la voiture de son père. Une Rover justement… Pseudonyme rêvé tout trouvé pour cet amoureux de vieilles anglaises des sixties et des seventies qui sentaient bon le cuir et l’essence. Rover aussi pour rove, toujours en anglais. Sillonner, parcourir… Le nomadisme et l’errance, comme les échos lointains de son parcours atypique de fils de parents voyageurs. Les Philippines, le Japon et New York avec eux. Puis, seul, la Suisse, l’Allemagne et le Liban où il intégrera un groupe de punk rock franco-libanais, The New Government… Depuis qu’il s’est lancé sous ce pavillon Rover, cet auteur, compositeur et interprète globe-trotter signe de beaux voyages de pop mélodique à la saveur vintage. Des trips sur les traces de l’influence évidente totalement assumée des quatre B : Bowie, Beach Boys, Beatles et Bach. Des statues du Commandeur qui n’empêchent guère Rover d’avoir trouvé sa propre voix, comme lovée dans une grâce réelle…


Grand adorateur d’harmonies pop en tous genres, Timothée Régnier a choisi le rock’n’roll pour ce qu’il symbolise. Une attitude, évidemment. Une certaine arrogance élégante, aussi. Un peu de dandysme, forcément. Sans oublier une forme enviable de liberté. Des valeurs bien ancrées dans l’ADN de sa musique protéiforme. Valeurs plus intemporelles que rétro, d’ailleurs. Un peu comme le romantisme lui aussi intemporel qui sommeille en lui et qui sert souvent de carburant à ses superbes chansons. Un romantisme, une noirceur dans sa personnalité. Un exutoire sans doute, pour sortir certaines émotions qui, au quotidien, n’ont pas lieu d’être… Rover agit seul. Il aime le travail solitaire des artistes. Et en adorateur de Rimbaud ou de Van Gogh, la douleur de travailler isolé lui parle. Comme il chérit une certaine forme de néant avant la création…


La création, justement, s’est concrétisée sur disque à deux reprises. D’abord en 2012 sur l’éponyme Rover qui trouvera immédiatement son public, hypnotisé par la finesse de ses compositions comme par cette vraie gueule et cette stature olympienne qui vous pose un personnage, un vrai. Et puis trois ans plus tard, sur Let It Glow, un album encore mieux maîtrisé et qu’il interprétera seul. Assez pour montrer l’intelligence avec laquelle il a su digérer la sémantique de ses illustres influences du temps jadis… Pour lui, la musique est aussi là pour l’aider à retrouver des émotions de l’enfance. Ce complet autodidacte est finalement assez souple : il regarde derrière et devant en même temps. À 37 ans, Timothée Régnier vit avec son temps et ne joue jamais les pseudo historiens d’un quelconque âge d’or sépia de la pop music et du rock’n’roll. Car il connaît l’importance, pour ne pas dire le caractère essentiel, de la chanson. La pop song parfaite, sorte de Graal qu’il peaufine sans fin dans son atelier intérieur et qu’il porte à bout de voix. Un chant assez charismatique qui peut oser la mélancolie du crooner solitaire comme la complexité des méandres du psychédélisme.


À la Philharmonie de Paris justement, Rover s’offre à son public dans le secret de sa création. En montrant une facette proche de l’atelier, il fait entrer ce public dans l’intimité de son travail. Reproduire sur scène – même visuellement – un lieu qui n’est habituellement pas offert au commun des mortels était l’un de ses rêves. Une réalité en forme d’évocation de son propre processus artistique. Sans fard et juste armé de ses chansons, Rover ouvre la fabrique de son rock’n’roll d’orfèvre construit avec minutie. Une invitation aussi atypique qu’alléchante.


 

Rover
Série limitée

Rover

Amphithéâtre - Cité de la musique
Du mardi 7 mars 2017 au jeudi 9 mars 2017