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Au jour le jour / Entretiens

Les instruments de l’Orfeo

Publié le 24 Février 2017

L’Orfeo de Monteverdi éblouit notamment par sa splendeur sonore. Au Musée de la musique, le chef Paul Agnew témoigne de cette maîtrise absolue de la couleur instrumentale. 

par Paul Agnew

 

QUELQUES PENSÉES SUR ORFEO 

Au cours des cinq dernières années, nous avons vécu, avec Les Arts Florissants, une expérience exceptionnelle : interpréter en concert les huit livres de madrigaux de Monteverdi. Tous ces madrigaux réunis ressemblent à une autobiographie musicale de ce compositeur fondateur de l’époque baroque. Aujourd’hui, pour le 450e anniversaire de sa naissance, nous complétons le travail amorcé en présentant l’Orfeo – son premier opéra, qui devait changer toute l’histoire de la musique.

Comment jouer l’Orfeo de 1607 en 2017 ?

Il est bien évidemment impossible d’imaginer les sentiments du public, en cette soirée du 24 février 1607, quand tout ce qu’il entendit n’était que nouveauté. Pour nous aussi, l’œuvre reste surprenante de par sa perfection. Comment Monteverdi est-il parvenu à rendre son premier opéra si bouleversant de drame et d’émotions ? Ces cinq dernières années, nous avons chanté avec Les Arts Florissants l’ensemble des madrigaux de Monteverdi ; or c’est justement dans les cinq premiers livres que nous trouvons peut-être la raison de cette étonnante perfection. Consciemment ou inconsciemment, Monteverdi a utilisé la forme madrigalesque comme un laboratoire pour expérimenter avec cinq voix de chanteurs les différentes techniques harmoniques et dramatiques qui prendront pleinement forme dans l’Orfeo. Harmonies dissonantes du fameux Cruda Amarilli (livre 5), personnage dramatiques comme dans Vattene pur Crudel (livre 3) : l’Orfeo trouve bien sa source dans les madrigaux.

Qui a joué l’Orfeo en 1607 ?

Monteverdi nous a laissé très peu d’informations écrites. Mais pour l’Orfeo, qui a été publié deux fois, en 1609 puis en 1615, il a été relativement précis dans son orchestration. Il liste un instrumentarium étendu dans les pages qui précèdent la musique, et spécifie les instruments qui jouent avant certains moments dramatiques. Mais, les instruments notés au fil de la partition ne correspondent pas exactement à la liste du début. Cela laisse quelques doutes sur ses intentions : il faut donc être aussi pragmatique que Monteverdi l’était sans doute lui-même à l’époque, et prendre les décisions que nous imaginons exprimer au mieux sa vision.

Pour les chanteurs, la question est encore plus compliquée. En regard de la liste des instruments, il y a bien une liste de rôles, mais incomplète, et Monteverdi ne dit rien en ce qui concerne les ensembles vocaux. Dans sa préface de Dafne publiée en 1608, Marco Da Gagliano indique que le chœur doit être composé de pas moins de seize à dix-huit chanteurs, mais ajoute que leur nombre doit être en conformité avec la taille de la scène ; or on sait que l’Orfeo fut donné dans un petit salon du palais de Mantoue (selon le témoignage de Carlo Magno qui a vu la première représentation). Quand on se représente le nombre de musiciens, l’espace scénique et le public dans une si petite salle, il est difficile de penser que Monteverdi écrit pour un grand chœur. Il avait aussi l’habitude, depuis son arrivée à la cour de Mantoue vers 1590, de travailler avec un ensemble virtuose déjà installé sur place et dirigé à l’époque par le maestro di cappella Giaches de Wert. Cet ensemble, dont Monteverdi prit la direction en 1601, était composé de chanteurs madrigalistes et d’instrumentistes de chambre. C’est avec eux que nous pouvons imaginer l’Orfeo de 1607, et c’est aussi ce principe que j’ai décidé de suivre : un chanteur par voix pour les ensembles, exactement comme dans les madrigaux.
 

Paul Agnew
Opéra

L'Orfeo

Les Arts Florissants - Paul Agnew
Grande salle Pierre Boulez - Philharmonie
Lundi 20 mars 2017 - 20:30