Notes de passage

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Musique illustrée / Concerts de légende

Novembre 1976 : Bernstein dirige avec exubérance Le Boeuf sur le toit de Darius Milhaud

Publié le 18 Mai 2015

En novembre 1976, cinquante-six ans après la création du Bœuf sur le toit, la fièvre, la joie la plus canaille s’emparent à nouveau du Théâtre des Champs-Élysées, sous l’emprise d’un trublion génial nommé Leonard Bernstein.

par Bertrand Boissard

 

En 1917-18, Darius Milhaud fait un séjour au Brésil, en tant que secrétaire de Paul Claudel. Il arrive en plein carnaval de Rio : « Je ressentis aussitôt profondément le vent de folie qui déferlait sur la ville entière ». Il subit l’envoutement de la musique populaire et compose, de retour en France, une partition pétulante qui s’appuie sur une « rengaine » brésilienne et de nombreuses danses (samba, rumba…). Il ne s’agit pas seulement d’une pochade loufoque : le lyrisme et la sensualité abondent, et on ne saurait nier la richesse de l’œuvre.  Notons que Webern comptait au nombre des admirateurs de Milhaud et que Schönberg à fait jouer Le Bœuf sur le toit (dans sa version violon et piano), présentant lui-même l’œuvre au public.

L’orchestration, peu pléthorique, fait mouche, particulièrement le pupitre des percussions, grâce à quelques instruments savamment choisis, et parfois savoureux, tel le guiro, sorte de racloir en forme de long cylindre. Les musiciens de l’Orchestre National de France s’en donnent à cœur joie : clarinette (on reconnaît Guy Dangain), trompette, hautbois, cor, piccolo, basson, tous connaissent leur petit moment de gloire.

Mais ce qui fait la valeur de ce document, heureusement filmé, c’est bien la direction langoureuse et espiègle de Leonard Bernstein. Il mime tout, de la naïveté à la mélancolie, du pathétique à la fougue sans retenue. Il va jusqu’à danser sur le podium, de manière chaloupée ou se déhanchant franchement, pour finir par sauter sur place. Il y a un contraste amusant entre le spectacle donné par l’extraverti chef d’orchestre et le sérieux absolu des instrumentistes, sans parler d’un public que l’on devine assez rigide, qui laisse finalement éclater son enthousiasme, emporté par la lame de fond Bernstein, sa chaleur communicative. Celle-ci se poursuit après la musique : il faut voir comment le musicien américain va féliciter la première violoniste, de façon non protocolaire, avec force effusions.

Malgré la qualité moyenne de l’image, il s’agit d’un témoignage passionnant sur un artiste unique et une œuvre qui distille un plaisir à l’état pur. Assurément, les deux devaient se rencontrer.

 

Alondra de la Parra
Concert symphonique

De la Parra / Galliano

Orchestre de Paris
Grande salle Pierre Boulez - Philharmonie
Samedi 13 juin 2015 - 19:00