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Voix d’Amazones

Publié le 9 Mars 2017

Les Amazones d’Afrique, qui racontent leur lutte et militent pour une égalité entre hommes et femmes, proposent un voyage musical palpitant.

par Francis Dordor

 

L’idée de cette étonnante association sur laquelle se fondent Les Amazones d’Afrique a surgi au cours de l’été 2015 alors que le Mali peinait à se relever d’une crise militaire et politique qui avait ébranlé jusqu’à son intégrité territoriale et ses fondements institutionnels. Dans ces moments de grands périls, où l’usage de la force s’impose toujours comme unique solution, une question fondamentale se voit systématiquement mise de côté : celle de la condition féminine. Dans ce domaine, partout en Afrique, beaucoup, sinon l’essentiel, reste à faire. La première à avoir osé briser le silence sur des sujets aussi sensibles que la polygamie, le mariage forcé ou l’excision, pratiques qui contribuent à maintenir beaucoup de femmes africaines dans une situation quasi moyenâgeuse, s’appelle Oumou Sangaré.

Rien d’étonnant par conséquent à ce que la diva malienne ait été l’une des premières à rejoindre Les Amazones d’Afrique aux côtés de Mamani Keita, de Kandia Kouyaté, mais aussi d’artistes plus « mainstream » comme la chanteuse Inna Modja (qui s’est beaucoup exprimée sur l’excision dont elle a été victime enfant), la rappeuse d’origine nigériane Nekka ou la Béninoise Angélique Kidjo. En octobre 2015, un premier concert donné au festival La Fiesta des Suds, à Marseille, a scellé cette entente quelque peu iconoclaste. Iconoclaste, car dans la culture mandingue et bambara aux limites du coutumier et du religieux, celles et ceux de lignée royale, comme les Keita ou les Doumbia, sont exclus de toutes activités jugées incompatibles avec leur rang, comme la musique réservée aux griots, caste dont relèvent les familles Kouyaté, Diabaté ou Koné.

Mais bien plus que la transgression de ces anciennes règles sociales, c’est avant tout la remise en cause des vieux tabous qui a inspiré ces Amazones africaines, femmes aux destins souvent exceptionnels. Comme Mamani Keita, qui a vécu l’exil et la clandestinité avant de s’imposer comme une artiste à part entière dans le paysage de la musique moderne africaine. Comme Mariam Doumbia, du duo Amadou & Mariam, qui, aux côtés de son compagnon Amadou Bagayoko, a suivi un stupéfiant chemin, la menant de l’Institut des Jeunes Aveugles de Bamako aux plus prestigieuses scènes internationales. Citons encore Kandia Kouyaté, longtemps considérée comme l’équivalent subsaharien d’une Oum Kalsoum avant de connaître un accident vasculaire cérébral qui l’a privée d’une partie de ses capacités vocales.

Ayant recouvré à force de courage l’usage de sa voix, elle a pu reprendre sa carrière et enregistrer un album unanimement applaudi en 2015. Avec deux autres griottes aux vertigineuses prouesses vocales, Babani et Rokia Koné, Kandia Kouyaté retrouve la lumière dans un contexte totalement bouleversé par rapport à celui de ses débuts : la musique africaine a produit depuis une vingtaine d’année quantité d’artistes, comme Mariam Doumbia ou Mamani Keita, dont le statut de stars permet aujourd’hui de défendre une cause féminine longtemps inaudible. Dans le récit mythologique, les Amazones occupent une place à part parce qu’elles contestent l’ordre patriarcal. En cela, Les Amazones d’Afrique n’usurpent rien. Ni leur nom, ni la vocation combative qui leur est attachée.

 

Les Amazones d'Afrique - I play the kora
Grande salle Pierre Boulez - Philharmonie
Dimanche 12 mars 2017 - 18:00