Collège
Salle de conférence - Philharmonie

Regards croisés

Olga Neuwirth à l'écoute du cinéma

Adults
Olga NeuwirthOlga Neuwirth © Harald Hoffmann

Practical Infos

Thursday, 14 March 2019 at 6:45pm
90€ (the course) / 12€ (the session)
Past event(s)
Programmé en fin de journée, ce collège, en alternance avec les « Portraits », offre aux mélomanes un rendez-vous régulier le jeudi en ouverture de soirée. Chaque séance croise une grande figure créatrice (ou la musique elle-même) avec un autre domaine, (artistique, scientifique...), un sujet ou un état, afin de montrer comment et jusqu’où cette rencontre peut fonder en profondeur un style ou une esthétique.

Au cours de ses études, la compositrice Olga Neuwirth rédigea un mémoire sur l’usage de la musique dans L’Amour à mort d’Alain Resnais, avant d’étudier le cinéma à San Francisco. Collages, montages, morphings, gros plans, fondus, séquençages…, autant de techniques du septième art qui s’immiscent volontiers dans son œuvre, laquelle évoque Lubitsch, Hitchcock, l’« illusionniste et philosophe » Federico Fellini ou encore David Lynch. Ainsi, dans Lost Highway (2002-2003), d’après le script éponyme de David Lynch et de Barry Gifford, Olga Neuwirth déploie ce que le film revendiquait comme forme : une fugue vue à la loupe, une anamorphose de temps. Il en résulte une confrontation avec une réalité devenue autre, d’une inquiétante étrangeté. L’œuvre, avide d’oblique, d’obscur, d’un dépècement du langage, lacère encore : contrastes, surimpressions, ruptures, failles, césures abruptes, bref découpes, à l’instar de ce qu’un monteur réserve à la pellicule ou au fichier informatique. En outre, Olga Neuwirth a elle-même conçu des installations vidéo et composé avec des images de Michael Kreihsl, des frères Quay ou de Dominique-Gonzales Foerster. Une tension s’y instaure entre espace imaginaire et surface – la toile du cinématographe ou l’écran vidéo, sur lesquels se projettent ses évocations à la fois sonores et imagées, ainsi que son sens de la narration, même brisée ou polyphonique. Car à la narration classique, linéaire, elle substitue des intrigues qui prolifèrent et que corrodent nombre de boucles, de ruptures et autres ritournelles.

Successivement boursier Lavoisier du ministère des Affaires étrangères, conseiller musical auprès de la direction de France Culture et directeur adjoint de l’Institut d’esthétique des arts contemporains, Laurent FENEYROU est actuellement chargé de recherches au CNRS. Secrétaire de la Fondation Salabert, il est l’éditeur d’écrits de Jean Barraqué, Giacomo Manzoni, Luigi Nono, Louis Saguer et Salvatore Sciarrino, et a dirigé plusieurs ouvrages collectifs, sur Bruno Maderna, sur l’opéra moderne et contemporain, sur l’analyse musicale et, avec Nicolas Donin, sur les théories de la composition au xxe siècle. Il termine l’édition critique des juvenilia de Jean Barraqué pour Bärenreiter et est également traducteur d’écrivains triestins.

Speaker/Trainer

  • Laurent Feneyrou