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Au jour le jour / Impressions

Simon Rattle, de Berlin à Londres

Published on 12 July 2017

Directeur musical des Berliner Philharmoniker depuis 2002, Sir Simon Rattle retrouvera prochainement le London Symphony Orchestra. La Philharmonie de Paris accueille en début de saison le chef anglais à la tête de ses deux orchestres.

par Rémy Louis

 

 


Il y a un cas Simon Rattle. Il a été l’un des chefs les plus admirés quand il dirigeait le City of Birmingham Symphony Orchestra, qu’il a fait renaître à l’attention internationale. Il y a mené des projets hors-normes, comme celui traçant un portrait du XXe siècle musical sur dix saisons (!), jusqu’au tournant de l’an 2000. Appelé à la direction des Berliner Philharmoniker en 2002, il le quittera de son plein gré à l’issue de la saison 2017-2018. À ce poste, il est devenu l’un des chefs les plus discutés, soupçonné par certains d’avoir détruit la légendaire sonorité de l’orchestre. L’attaque fulgurante de la Deuxième Symphonie de Mahler, lors de sa première tournée à Paris avec les Berlinois, Salle Pleyel, a d’emblée prouvé qu’il n’en était rien. Mais le chef britannique n’a jamais changé : artiste engagé dans la vie de la cité, soucieux d’éduquer les jeunes générations pour créer le public de demain, il est resté audacieux, continuant à innover comme peu d’autres (les « Late Night Concerts » de deuxième partie de soirée, les Passions de Bach mises en scène et en espace par Peter Sellars, le « Digital Concert Hall »…). Une fois les passions apaisées, l’analyse rétrospective de son mandat montrera qu’il a été « the right Man at the right Place » pour entrer dans le XXIe siècle.

 

 


Il reste qu’il a toujours modelé la sonorité des Berlinois sur ses propres visées expressives, elles aussi élaborées dès son mandat à Birmingham. La personnalité et le caractère collectif bien trempés du groupe ont ainsi transformé presque chaque concert en sport de combat. Rattle a éprouvé in vivo, et à un degré qu’il n’avait peut-être pas anticipé, ce que le légendaire Dimitri Mitropoulos appelait « the sportive Element ». Cela a donné des expériences électrisantes ; l’exécution à Paris des symphonies de Beethoven ou de Schumann, celle de la Nuit transfigurée de Schönberg restent dans notre mémoire. Le chef britannique nous avait déclaré qu’à Berlin, il fallait se battre pour tout. Répondant au quotidien Die Welt, il avait reconnu que diriger l’Orchestre philharmonique était « le job le plus beau et le plus dur du monde ».

Mais Berlin va s’effacer ; et il ne surprendra personne que ses deux derniers concerts parisiens en tant que Chefdirigent résument exemplairement son attitude de toujours : le répertoire moderne (avec toujours ce souci réflexif : la mise en miroir fascinante des première et dernière symphonies de Chostakovitch) et contemporain (la création française d’une œuvre de Georg Friedrich Haas) voisine dans un panachage savant avec l’exploration renouvelée du répertoire classique. Comme Le Messie de Haendel, La Création de Haydn est pain quotidien pour les Anglais, peuple choral comme on sait. Rattle a poussé l’appropriation jusqu’à enregistrer naguère l’œuvre en anglais. Tout Haydn est du reste proche de son cœur ; avec les Berlinois, il a laissé une série de symphonies, où rayonnent sa fantaisie et son goût épicurien, amusé, du « jeu » orchestral. 

 

 


Mais Simon Rattle est aussi, désormais, Music Director du London Symphony Orchestra, et leur concert (avant celui avec Zimerman en décembre) prend place le mois même où s’ouvre effectivement son mandat. C’est un retour à la maison – partiel : avant même le Brexit, Rattle avait fait le choix de demeurer à Berlin. C’est sans doute pour lui une détente, une respiration, tant il partage bien des traits avec ces musiciens insulaires qu’il connaît si bien. À commencer par son goût britannique et revendiqué pour l’excentricité, qu’il n’a guère pu exercer à Berlin, comme il nous l’avait confié. Et le LSO est aujourd’hui l’un des phalanges les plus souples et ductiles qui soient. Rattle a fait de la naissance à Londres d’une nouvelle salle de concert un enjeu crucial, relevant récemment dans les colonnes du Guardian que le Barbican ne convenait qu’à l’exécution d’un cinquième du répertoire réel du LSO. Nul doute que son habileté manœuvrière aura raison des obstacles en tous genres – les débats abondent, témoignent de chauds et froids successifs.

 

 


Il a pour cela beau jeu de s’appuyer sur la réussite de la Philharmonie de Paris, qu’il place dans « le top 5 » des salles internationales. Après une très mémorable Sixième Symphonie de Mahler, il nous revient pour un voyage particulièrement ambitieux : les trois grands ballets d’Igor Stravinski. Un mystique des nombres s’interrogerait sur ces trilogies mystérieuses que sont les dernières symphonies de Mozart ou de Haydn, les ultimes sonates pour piano de Beethoven ou de Schubert. Mais un concert réunissant les trois Stravinski est inédit, sauf erreur. La source se trouve encore une fois à Birmingham, où Rattle enregistra naguère pour EMI un cycle Stravinski seulement disputé par celui gravé en quasi parallèle par son ami Esa-Pekka Salonen. Une soirée Stravinski remémore en outre immédiatement le projet « Rhythm Is It! » engagé à Berlin autour du Sacre du printemps avec deux cent cinquante jeunes préparés par le chorégraphe Royston Maldoom, qui fit date. Mais cette fois, nul besoin de chorégraphe : le danseur au pupitre sera Sir Simon lui-même.
           

Sir Simon Rattle
Symphonic Concert

Ballet Trilogy - Sir Simon Rattle

London Symphony Orchestra - Stravinski
Grande salle Pierre Boulez - Philharmonie
Friday September 22 2017 - 19:00
Sir Simon Rattle
Symphonic Concert

Berliner Philharmoniker - Rattle

Chostakovitch
Grande salle Pierre Boulez - Philharmonie
Saturday September 2 2017 - 20:30
Sir Simon Rattle
Vocal Concert

Berliner Philharmoniker - Rattle

Accentus - Haas, Haydn
Grande salle Pierre Boulez - Philharmonie
Sunday September 3 2017 - 18:00