Notes de passage

A+AA-Print

Musique illustrée / Concerts de légende

Octobre 1981 : Barbara investit la porte de Pantin

Quand Barbara transforme, en cet automne 1981, l’espace lugubre d’un chapiteau en un lieu teinté de rouge et de noir, c’est un pari fou, et aussi un tournant dans sa carrière.

Published on 10 October 2017
par Didier Millot

Barbara - On ne touche pas à Pantin (Interview Journal télévisé 1982)

 

Au début des années 1980, la friche des abattoirs de la porte de Pantin, proche du périphérique parisien, est un terrain vague, à l’occasion un hippodrome. Jean Richard y a planté un cirque de toile jaune et bleue. Barbara se prend de passion pour ce lieu improbable. À cette époque, pas plus le Zénith que la Cité de la musique et, a fortiori, la Philharmonie de Paris n’ont vu le jour ! Barbara, qui rêvait de changer de décor, se voit devenir la funambule, la magicienne, l’écuyère de ce théâtre de toile. Personne ne pourra plus l’en dissuader. Elle est un peu médium, un peu sorcière, Barbara. Elle sait que c’est là, porte de Pantin, qu’elle doit ancrer son nouveau vaisseau.

 

Barbara - 1981 - Le mal de vivre

 

Pour ce rendez-vous, elle transforme l’espace du chapiteau un peu lugubre en un lieu teinté de rouge et de noir. Des mètres de tissu noir pour habiller la scène. Des mètres de velours rouge pour le rideau. De la moquette pour réchauffer les allées. En l’absence de loge, Barbara s’installe dans une roulotte adossée au plateau. Et comme toujours celle-ci se transforme vite en un camp retranché, une tente berbère : tapis, tissus, châles, bijoux, boîtes en tous genres, sans oublier les rocking-chairs, qui la suivent toujours de sa maison de Précy-sur-Marne. Pas de publicité tapageuse ni de télévision avant le spectacle qui se jouera pourtant à guichets fermés. Gérard Daguerre arrive dans l’équipe au clavier électrique. Jacques Rouveyrollis, qui est tous les soirs aux consoles, a conçu les éclairages et les effets spéciaux. Il assurera désormais, à l’exception de Mogador en 1990, la conception des lumières de tous les spectacles de Barbara.

 

Barbara Pantin 1981 - L'Aigle Noir

 

En cet automne 1981, Barbara exprime son soutien à François Mitterrand qui, en mai, a été élu président de la République. Elle ouvre le spectacle avec « Regarde » , chanson qui exprime avant tout ce qu’elle a vu et ressenti le soir du 10 mai : un immense espoir, une joie qui a rempli les rues. À Pantin, Barbara est une femme heureuse. Sur scène, elle est la vague qui s’enroule au bras de chaque spectateur. Certains soirs sa voix se brise. Qu’importe, le public prend le relais et se met à chanter.

 

Barbara ~ Ma plus belle histoire d'amour

 

Pantin marque un tournant dans la carrière de l’artiste. C’est un public renouvelé, élargi, qui découvre médusé la magie Barbara. Le soir de la dernière représentation, elle écrit et chante « Pantin », à l’intention du public. Ce public fervent, complice, parfois survolté à qui, pendant un mois, elle a redit « Ma plus belle histoire d’amour, c’est vous » . Barbara accepte pour la première fois que son tour de chant soit filmé en intégralité et demande au réalisateur Guy Job de participer au montage de la vidéo. Barbara mettra ainsi elle-même son spectacle en scène. Pas de pianos volants, ni d’effets spéciaux mais une heure quarante de connivence, d’émotion pure, de fièvre, d’ivresse et de vérité partagées entre Barbara et son public. Pantin était un pari fou, insensé pour certains, mais fut un pari gagné, comme celui de l’Olympia quelques années auparavant.

Impressions

Barbara, les 10 incontournables

L'Aigle noir
Grand entretien

Barbara et la résilience

Boris Cyrulnik

« Je m’en suis sortie, puisque je chante », déclarait Barbara. Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik analyse le mystère grâce auquel la chanteuse a pu...

Article magazine - évènements liés

Barbara

DU 13 OCTOBRE 2017 AU 28 JANVIER 2018

D’une grande richesse documentaire, photographique et audiovisuelle, l’exposition Barbara découvre une femme aux multiples facettes, une artiste qui sut construire son parcours sans jamais se trahir ni se répéter : le parcours d’une femme libre.