Notes de passage

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Musique illustrée / Concerts de légende

8 novembre 2002 : Martha Argerich empoigne Prokofiev

Published on 25 April 2018

Fêtant dignement son retour à Toronto après vingt ans d’absence, Martha Argerich tient le public en haleine dans l’un de ses concertos préférés, le vertigineux Troisième de Prokofiev.

par Bertrand Boissard

Argerich- Prokofiev Concerto No. 3 "better than when she young"

 

Au sein du répertoire concertant de Martha Argerich, moins restreint qu’on ne le croit souvent (cinq concertos de Beethoven, si l’on prend en compte le Triple Concerto et la Fantaisie chorale, trois de Liszt, les deux de Chopin, six de Mozart…), le Troisième Concerto de Prokofiev est, avec le Concerto en sol de Ravel et celui de Schumann, celui qu’elle joue le plus volontiers et dont elle se sent le plus proche. La pianiste s’est toujours déclarée particulièrement à l’aise avec le compositeur russe. Plus encore qu’avec le Premier Concerto, le Troisième lui permet de déployer sa fantaisie, son abattage, et de se fondre dans les atmosphères les plus variées, explosives, oniriques et parfois même humoristiques.

Filmé par la télévision canadienne CBC, ce concert eut lieu le 8 novembre 2002 au Roy Thomson Hall de Toronto, avec l’orchestre symphonique de la ville, dirigé par Andrew Davis, son directeur musical de 1975 à 1988. Outre l’œuvre de Prokofiev, il comportait l’Ouverture des Maîtres chanteurs de Nuremberg de Wagner. Un concert particulier, organisé par Yamaha pour célébrer le centième anniversaire de son premier piano de concert : en deuxième partie officiait le trio du célèbre pianiste de jazz canadien Oscar Peterson.

Martha Argerich est accueillie avec chaleur par le public, ce qui semble, à sa mimique, la surprendre et lui faire plaisir. L’explication tient sans doute à son absence des scènes de Toronto depuis plus de vingt ans. Dans le premier mouvement, la mobilité de son jeu vif-argent fait merveille. Tout semble couler de source, tout se déploie naturellement, sans la moindre dureté, sans la moindre difficulté apparente. Le public ne peut s’empêcher d’applaudir avant le deuxième volet. Dans ce thème et variations, la sonorité toujours changeante de la soliste envoûte. Le passage rêveur (13’40’’) se meut avec une souple sensualité. Le visage de l’artiste argentine s’illumine d’un sourire discret après l’énigmatique dernier accord. Au moment du mystérieux passage en notes répétées (22’54’’) du dernier mouvement, elle déploie des trésors de toucher, avant d’embraser le clavier dans l’effrénée cavalcade finale. Ovation debout immédiate. La presse locale qualifia la performance de « titanesque ». Comment lui donner tort ?

Daniele Gatti
Symphonic Concert

Royal Concertgebouw Orchestra

Daniele Gatti - Daniil Trifonov - Weber, Prokofiev, Mahler
Grande salle Pierre Boulez - Philharmonie
Thursday May 17 2018 - 20:30