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Musique illustrée / Concerts de légende

9 juin 1979 : Giulini illumine Webern

Published on 23 July 2018

Quand Carlo Maria Giulini, grand interprète des grandes pages romantiques, s’attaque à l’Opus 10 de Webern, il en offre une interprétation sensible et pleine d’élégance.

par Bertrand Boissard

Webern - 5 Stücke op.10 - Amsterdam / Giulini

 

Giulini et Webern : une association qui ne va pas de soi. Et pourtant… Si le nom du chef d’orchestre reste attaché à des compositeurs comme Beethoven, Brahms, Verdi et Bruckner, il était plus proche qu’on ne le croit du répertoire moderne, ou du moins de certains de ses pans. Il avait ainsi une prédilection, qu’on ignore généralement, pour Hindemith, ainsi que pour Prokofiev, Petrassi et Malipiero. Mais, plus que tout, ses affinités étaient particulièrement fortes avec les pièces ascétiques d’Anton Webern.

Les autres compositeurs de la seconde École de Vienne l’inspirèrent moins : il semble qu’il ne joua jamais Schönberg et son importante discographie ne comporte aucune œuvre de Berg (dont il a néanmoins dirigé en concert le Concerto pour violon, avec Vittorio Emmanuele dans les années 40 et surtout Itzhak Perlman en 1982). Par contre, on trouve trois enregistrements (de concert) des Cinq pièces op. 10 de Webern : outre la présente captation à Amsterdam, il existe des témoignages de deux ans antérieurs avec les Berliner Philharmoniker et le Chicago Symphony Orchestra. Au total, il dirigea au cours de sa carrière une dizaine de fois l’Opus10 de Webern, et même une vingtaine de fois les jumelles Six Pièces op. 6, autres aphorismes musicaux. Du même compositeur, il possédait aussi à son répertoire la Passacaille op. 1.

Ce 9 juin 1979, à Amsterdam, le programme comprenait par ailleurs la Quatrième Symphonie de Brahms et la Dixième de Mahler. Dans son histoire, l’orchestre ne joua l’Opus 10 du compositeur autrichien qu’à quatre autres reprises : avec Pierre Monteux en 1929, Pierre Boulez en 1961, Bernard Haitink en 1967 puis 1970.

Alors qu’un critique, à l’issue de cette interprétation, regrettait que l’œuvre ne fût pas donnée une seconde fois, en raison de la difficulté à saisir son extrême concision, un autre mit l’accent sur « une interprétation presque décontractée, dansante, non néerlandaise en quelque sorte ». Carlo-Maria Giulini, l’humaniste, confère à cette musique décantée, débarrassée de toutes scories, lestée de tout effet voyant, en quelque sorte chimiquement pure, la plus fine sensibilité. Rarement ces haïkus sonores bénéficièrent d’autant de soin, d’élégance et de cœur que dans cette exécution d’un rare éclat intérieur.

Matthias Pintscher
Concert

Marteau sans maître

Ensemble intercontemporain - Matthias Pintscher - Salomé Haller - Dimitri Vassilakis - Berg, Webern, Boulez
Salle des concerts - Cité de la musique
Tuesday September 4 2018 - 20:30