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Musique illustrée / Concerts de légende

10 septembre 1977 : le voyage spirituel de Claudio Arrau dans l’Opus 111

Sous les doigts du pianiste chilien, la dernière sonate de Beethoven sonne comme une affirmation joyeuse de la vie et sonde de manière pénétrante le mystère beethovénien.

Published on 31 October 2018
par Bertrand Boissard

Claudio Arrau Sonate Beethoven No. 32

 

On a pu qualifier Claudio Arrau (1903-1991) d’encyclopédiste du piano. Après avoir joué Alkan, Scriabine, Villa Lobos ou Bartók au cours de la première moitié d’une carrière longue de près de soixante-dix ans, son répertoire s’était resserré dans les deux dernières décennies autour des noms prestigieux de Bach, Schubert, Schumann, Chopin, Liszt, Debussy et, créateur auquel on l’identifie le plus, Beethoven.

Le pianiste chilien insistait dans ses entretiens sur la nécessaire liberté de l’interprète confronté à ce dernier, particulièrement dans les dernières sonates, requérant selon lui rubato et style improvisant – une manière de renouer avec la pratique supposée du compositeur.

Avec la Waldstein et quelques autres, l’ultime sonate de Beethoven compte parmi ses plus grands triomphes. Ainsi apparaît-elle dans cette captation de 1977 à Bonn – il existe au moins deux autres témoignages filmés antérieurs du pianiste dans cette sonate.

À la différence de nombre de ses confrères, qui veulent éviter tout risque de dérapage en utilisant les deux mains, Arrau joue les octaves initiales, périlleuses dans leur déplacement, avec une seule – n’évitant d’ailleurs pas quelques scories, sans importance. « La sonorité est très différente quand on joue avec une seule main, comme c’est écrit. Et puis, la difficulté technique comporte, par elle-même, une valeur expressive », expliquait-il pour justifier son choix.

Arrau voyait dans la troisième variation de l’Arietta (à 15’29’’) « comme un regard en arrière sur la vie avant de la quitter, une affirmation joyeuse de la vie sur terre » et dans le début de la suivante « déjà plus rien qui parle d’existence en termes d’individu », y décelant plutôt « la respiration de la Nature ». Au cours du cheminement spirituel final, Claudio Arrau atteint des hauteurs mystiques que peu d’interprètes ont approchées. Le musicien citait volontiers à son propos l’expression de Goethe : « la chute vers le haut ».

Sa capacité à ennoblir tout ce qu’il touchait, à rendre sa grandeur à la partition, à explorer les mystères les plus profondément enfouis, son jeu tendu et expressif au plus haut point, trouvent ici un de ses plus beaux témoignages. Et on ne se lasse pas de contempler son visage de vieux lion, son regard halluciné (fugitivement, à 9’02’’), la douleur – celle d’un trop-plein de beauté – qui l’habite en permanence et semble le transpercer.

 

 

Alexandre Tharaud
Piano Recital

Alexandre Tharaud

Beethoven
Grande salle Pierre Boulez - Philharmonie
Thursday November 22 2018 - 20:30
Concerts de légende

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