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Mieczysław Weinberg, une voix consolatrice

Chostakovitch a dédié son Dixième Quatuor à son jeune ami Mieczysław Weinberg, qui en écrivit dix-sept.  Le Quatuor Danel en a publié l'intégrale, un monument à découvrir pour la première fois en France dans sa totalité.

Published on 18 January 2019
par David Fanning

Mieczyslaw Weinberg, par Marc Danel

 

Beaucoup de compositeurs ont vu leur vie bouleversée par les terribles fléaux du milieu du XXe siècle, beaucoup n’ont pas la place qu’ils mériteraient dans les salles de concert ou les manuels d’histoire de la musique, beaucoup aussi furent exceptionnellement prolifiques. Mieczysław Weinberg est l’un des rares à faire partie des trois catégories.

Né à Varsovie, il débute sa carrière musicale en tant que pianiste et directeur d’ensemble dans le théâtre juif où son père est compositeur et violoniste. Il entame à douze ans un cursus de piano au Conservatoire de Varsovie et ses facilités de déchiffrage lui vaudront maints éloges au cours de sa vie ; parmi les nombreux enregistrements de valeur qu’on a de lui, citons son propre Quintette avec piano avec le Quatuor Borodine et la version pour piano à quatre mains de la Symphonie n° 10 de Chostakovitch qu’il interprète aux côtés du compositeur. En 1939, Weinberg fuit l’occupation allemande – à laquelle ses parents et sa sœur ne survivront pas – pour la Biélorussie où un garde-frontière inscrit sur ses papiers le prénom juif type de Moshe, repris ensuite par toutes les sources officielles, même si ses proches et sa famille préfèrent le surnom affectueux de Metek.

Dans la capitale biélorusse de Minsk de 1939 à 1941, Weinberg suit les cours de composition de Vassili Zolotarev, l’un des nombreux élèves de Rimski-Korsakov, et acquiert un solide bagage technique. Après l’invasion allemande de l’URSS, il part plus à l’est vers Tachkent, capitale de l’Ouzbékistan en Asie Centrale. Puis, sur invitation de Chostakovitch, fortement impressionné par la partition de sa Symphonie n° 1, il s’installe à Moscou où il résidera de 1943 jusqu’à sa mort.

De nombreuses rencontres suivront entre les deux hommes, lesquels développent l’habitude de se jouer l’un à l’autre leurs principales œuvres avant qu’elles ne soient données en public. Quand Weinberg, en raison de ses liens familiaux, est arrêté, interrogé et emprisonné en février 1953 à l’apogée du Complot des blouses blanches monté de toutes pièces par Staline, Chostakovitch prend sur lui d’écrire à Beria, le terrible chef de la police, et Weinberg est relâché fin avril, peu après la mort de Staline.

Malgré cela, dans les années suivantes avec le dégel de Khrouchtchev, la stagnation sous Brejnev, la Glasnost de Gorbatchev et l’explosion de l’Union Soviétique, Weinberg refusera d’exploiter une quelconque image de victime, préférant se souvenir avec fierté que sa musique a été défendue par les plus grands musiciens et chefs d’orchestre de son pays adoptif. La reconnaissance officielle lui vient sous la forme de titres, par ordre de prestige croissant : Artiste d’Honneur de la République Russe (1971), Artiste du Peuple de la République Russe (1980) et Prix National d’URSS (1990). Les dernières années du compositeur seront malheureusement marquées par le triste déclin de sa santé et de sa réputation. Durant une longue partie de sa vie, il souffre d’une tuberculose osseuse – qui lui déforme légèrement la colonne vertébrale – et de la maladie de Crohn. Quand il décède en 1996, il n’a pas profité des bénéfices décalés de l’effondrement du système soviétique et n’a été témoin que des prémices du formidable regain d’intérêt pour sa musique en Occident qui se poursuit jusqu’à aujourd’hui.

Une part significative de sa production – laquelle s’élève à 154 opus, environ 70 musiques de film et bien d’autres à-côtés – est consacrée à la mémoire des victimes de la barbarie nazie, surtout dans sa patrie polonaise. Une part tout aussi importante, avec au premier plan ses 26 symphonies et ses 17 quatuors à cordes, est certes plus abstraite mais tout aussi émouvante dans son humanité, son lyrisme et sa quête d’une voix consolatrice dans un siècle de brutalité.

Quatuor Daniel
Chamber Music

Weinberg / Quatuor Danel

Intégrale des quatuors
Thursday February 7 2019 - 20:30
Amphithéâtre - Cité de la musique
Quatuor Danel
Chamber Music

Weinberg / Quatuor Danel

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Friday February 8 2019 - 20:30
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Quatuor Daniel
Chamber Music

Weinberg / Quatuor Danel

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Monday February 4 2019 - 20:30
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Quatuor Daniel
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Weinberg / Quatuor Danel

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Tuesday February 5 2019 - 20:30
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Quatuor Daniel
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Weinberg / Quatuor Danel

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Wednesday February 6 2019 - 20:30
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