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Au jour le jour / Impressions

Magma, l’éruption jazz et rock

Cinquante ans après sa naissance, Magma est un corps céleste qui brille avec la même singularité, maintes fois imité mais jamais égalé.

Published on 16 May 2019
par Pascal Bertin

MAGMA 15 Oct 1978 - Théâtre de l'Empire à Paris - French TV (Good Quality)

 

En cette année 2019, Magma fête ses 50 ans. Cinquante bougies dont la flamme ne se sera éteinte qu’une dizaine d’années pour briller de plus belle dès 1992. Depuis, le groupe de Christian Vander profite du temps qui ne fait que le servir grâce à une œuvre de mieux en mieux comprise. Associé au rock progressif des années 70, Magma offre bien plus que la virtuosité parfois vaine et les interminables solos de guitares qui ont valu à une partie du genre d’être vilipendée par leurs petits frères punks. Aux couleurs bariolées, aux fleurs hippies, Magma préférait le noir et la sobriété. Son propre langage qu’il s’est inventé, son univers fantasmagorique et ses vastes influences fusionnées en un imaginaire sans limites en font l’une des formations rock françaises non seulement les plus marquantes de l’histoire mais les plus en avance par sa quête sonore permanente et ses préoccupations environnementales.

Né à Paris en 1948, Christian Vander grandit dans un environnement musical idéal malheureusement obscurci par des nuages familiaux. Délaissé par son père adoptif, le pianiste Maurice Vander, il traverse une enfance triste et solitaire. Grâce à sa mère, il fréquente des clubs de jazz et rencontre des batteurs dont Kenny Clarke et Elvis Jones, musicien de John Coltrane, qui lui donne des cours. Le trompettiste Chet Baker lui offre une batterie alors qu’il n’a que treize ans. Les clubs de jazz se transforment en formidables terrains d’apprentissage. Entre 1964 et 1965, il tient les baguettes des Wurdalaks, premier groupe essentiellement tourné vers des reprises rock, soul et rhythm’n’blues. De ce jazz qui fut la seule lumière de son enfance, Vander garde l’esprit, bien que la décennie jette la plupart des jeunes musiciens dans les bras du rock. Lui reste profondément marqué par le maître Coltrane dont la disparition, en 1967, l’affecte tellement qu’il file en Italie où il se produira dans des clubs.

À son retour, il rencontre le bassiste et chef d'orchestre Laurent Thibault avec lequel il s’embarque pour une tournée des casinos, en compagnie du chanteur Lucien Zabuski et de Francis Moze à l’orgue. Les quatre y découvrent les délices de l’improvisation qui mène à la transe. Enrichie de nouveaux venus dont Klaus Blasquiz au chant et le guitariste Claude Engel, la première mouture de Magma est née. Laissant la basse à Moze, Thibault produit leur premier album, Kobaïa. Paru en 1970, il retrace le voyage d’un équipage cherchant sa survie sur la planète Kobaïa face au désastre annoncé sur Terre. Il introduit par la même occasion le kobaïen, langage inventé par Vander aux consonances germaniques, slaves et russes mieux adaptées selon lui à sa musique que le français. Cette innovation incarne sa volonté de bousculer un jazz qu’il estime devenu trop routinier en s’inscrivant à sa façon dans la démarche de Coltrane, tout en suivant les traces du rock libre et expérimental de Frank Zappa, Soft Machine ou Captain Beefheart.

Le violoniste Didier Lockwood, les bassistes Jannick Top et Bernard Paganotti, les guitaristes Claude Engel et Jean-Luc Chevalier, le claviériste Benoît Widemann… le groupe sera marqué par un incroyable roulement de musiciens dont Vander s’affirme comme un révélateur. De tous, il restera le plus fidèle, s’aventurant au chant après le départ de Blasquiz en 1980. C’est aussi sa figure unique qui permit au groupe de catalyser sa somme d’influences, du jazz de Coltrane ou Pharoah Sanders aux rythmes orientaux, en passant par les compositions de Stravinski, Bach et Wagner.

Ce perpétuel bouillonnement humain et créatif explique la richesse de l’héritage Magma, pavé de monuments comme Mekanik Destruktiw Kommandoh (1973), où Vander enterre ce qui restait de son passé jazz au profit d’un « gospel extraterrestre » servant l’histoire de Nebëhr Gudahtt, prophète qui conseille aux Terriens de partir s’établir sur Kobaïa. Kohntarkosz, Üdü Wüdü et Attakh figurent parmi les autres piliers de la première ère Magma avant sa mise en veille d’une dizaine d’années.

Magma - KOHNTARKOSZ (extrait)

 

C’est par la scène que s’opère son retour dans les années 90. Cette période coïncide non seulement avec sa régénérescence mais aussi avec sa découverte par les jeunes générations, en particulier à l’étranger, qui lui reconnaissent une importance parallèle à celles du krautrock et des musiques expérimentales. L’unicité de Magma donne naissance à un genre à part entière : le zeuhl. Le groupe profite de son regain d’influence pour multiplier les concerts, comme au festival métal Hellfest en 2016, et retrouve le plaisir du studio. S’il ne devait rester qu’une légende du rock français, ce serait Magma.

Christian Vander
Concert

Magma

Wednesday June 26 2019 - 20:30
Grande salle Pierre Boulez - Philharmonie