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Au jour le jour / Week-ends

Danny Elfman, alter Écho musical de Tim Burton

Connu surtout pour avoir mis en musique les films de Tim Burton, Danny Elfman a signé de nombreuses autres partitions pour le septième art. Ces trois concerts sont aussi l’occasion de rencontrer le compositeur en personne et de découvrir son œuvre au-delà de l’écran.

Published on 24 June 2019
par Pascal Bertin

Le rock mène à tout, à condition d’en sortir. Et d’avoir un tant soit peu de génie. Tel peut être résumé le fulgurant parcours de Danny Elfman, compositeur de musiques de films très demandé à Hollywood après des débuts dans la new-wave. On lui doit des thèmes mythiques pour Brian de Palma (Mission Impossible), Sam Raimi (Spiderman), Barry Sonnenfeld (Men in Black) ou Gus Van Sant (Harvey Milk), parmi beaucoup d’autres. Malgré tout, son nom reste fidèlement lié à celui du réalisateur Tim Burton qu’il a accompagné jusqu’en 2019 pour Dumbo. Mars Attacks!, Sleepy Hollow, Batman, La Planète des singes, Big Fish, Charlie et la chocolaterie… Seuls trois œuvres de Burton lui échappèrent dont Ed Wood, suite à une brouille passagère entre les deux. Son œuvre riche et son style unique lui valent un week-end hommage qui met en lumière sa puissance créatrice autant que son instinct inné pour l’image, celle d’un nouveau cinéma américain lui aussi né dans les années 80.

C’est à Los Angeles, en 1953, que naît Daniel Robert Elfman, d’un père enseignant dans l’armée de l’air et d’une mère romancière. Il grandit dans un quartier du sud de la ville dont il se met à fréquenter assidument les salles obscures. Là, il se prend de passion pour les musiques, particulièrement des compositeurs Bernard Herrmann, fidèle d’Alfred Hitchcock, et Franz Waxman (La fiancée de Frankenstein, Tarass Boulba, Rebecca…). Le score de Herrmann pour Le Jour où la Terre lui fait l’effet d’un choc, il n’a alors que 11 ans. Au lycée, il participe à plusieurs groupes de ska tandis que son frère aîné, Richard, plus attiré par le théâtre, monte en 1972 une troupe musicale d’avant-garde, The Mystic Knights of the Oingo Boingo. Tout au long des années 70, celle-ci se produit en ratissant musicalement large, entre standards du jazz, gamelan de Bali et musique de ballet russe lâchés au milieu de ses propres compositions. Les quinze musiciens apparaissent maquillés, jouent de plusieurs instruments, parfois fabriqués maison. Danny Elfman compose et chante dans ce groupe immortalisé par des séquences tournées pour plusieurs films des années 70. Quand Richard part se consacrer à la réalisation, il laisse les clefs du groupe à son frère qui, en 1979, réduit son nom à Oingo Boingo et l’embarque dans un univers plus pop. La new-wave explose aux États-Unis et le groupe s’y taille une belle place dans une veine autant énergique qu’excentrique.

Stay - Oingo Boingo

 

Lorsqu’en 1982, Richard réalise son premier long-métrage, Forbidden Zone, il en confie la bande originale à Danny. Un premier essai qu’il transforme trois ans plus tard quand Tim Burton l’invite à écrire la BO de Pee-Wee Big Adventure, son premier film. Malgré son appréhension, Elfman, fonce, réécoute Hermann et Nino Rota, et se fait assister côté orchestration du guitariste d’Oingo Boingo.

Elfman affiche d’emblée ses ambitions instrumentales en lieu et place de l’écriture pop dont il a l’habitude, comme pour mieux coller à l’univers féerique, surprenant et baroque du réalisateur. Il développe un climat musical tantôt gothique, tantôt mystérieux, toujours décalé, choisissant intelligemment un instrument pour l’atmosphère qu’il imprime, comme la harpe dans Edward aux mains d’argent, la clarinette pour Big Fish, le piano pour Les Noces funèbres ou des cuivres exaltés dans L’Étrange Noël de Mr Jack. Dans ce dernier, Elfman chante lui-même pour Jack, et donne parfois de la voix pour incarner des personnages. Par ailleurs, il use des chœurs pour encore plus hanter et envoûter certains des films.

This is Halloween

 

Cette complicité / complémentarité entre Burton et Elfman constitue le sujet de la conférence intitulée Regards croisés, où les ressorts musicaux d’Alice au pays des merveilles sont tout particulièrement analysés. Cette énième collaboration de 2010 fait aussi l’objet de deux ciné-concerts donnés par l’Orchestre national d’Île-de-France.

Alice's Theme

 

Alors que son groupe Oingo Boingo s’est naturellement éteint en 1995, Elfman a aussi répondu aux demandes de la télévision, signant entre autres les célèbres génériques du dessin animé Les Simpson et de la série Desperate Housewives. Durant les années 2000, il se lance aussi dans l’écriture de surprenantes pièces classiques dont la Serenada Schizophrana et le concerto pour violon et orchestre Eleven Eleven qu’on retrouve ce week-end interprétés par le Brussels Philharmonic et le Chœur de la Radio Flamande, aux côtés de plusieurs de ses thèmes pour le cinéma. Enfin, le Berlin Philharmonic Piano Quartet met aussi l’héritage Elfman à l’honneur avec piano, violon, alto et violoncelle. Une façon de mettre en lumière de façon plus modeste un compositeur prolifique, à l’imaginaire de tous les possibles.

Danny Elfman
Concert

Une soirée avec Danny Elfman

Berlin Philharmonic Piano Quartet
Saturday September 14 2019 - 21:00
Salle des concerts - Cité de la musique
Batman, de Tim Burton
Concert

Danny Elfman Symphonique

Brussels Philharmonic - Chœur de la Radio Flamande - John Mauceri - Sandy Cameron
Sunday September 15 2019 - 19:00
Grande salle Pierre Boulez - Philharmonie
Alice au pays des merveilles de Tim Burton
Film & Music Performance

Alice au pays des merveilles

Orchestre national d’Île-de-France - John Mauceri - Tim Burton/Danny Elfman
Saturday, 14 September 2019 to Saturday, 14 September 2019
Grande salle Pierre Boulez - Philharmonie