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Au jour le jour / Impressions

Les hits de Kurt Weill (3)

Avec « Mackie Messer » et « September Song », « Speak Low » est le song le plus enregistré de Weill depuis sa création en 1943.

Published on 9 March 2020
par Pascal Rozat

Composé en 1943 pour la comédie musicale One Touch of Venus, « Speak Low » se présente au départ comme une ballade nostalgique sur le temps qui passe. Bientôt, les jazzmen découvrent que cette superbe mélodie fonctionne à merveille superposée à une rythmique d'inspiration latine, comme sur cette classieuse version gravée en 1955 par Carmen McRae sur un arrangement de Ralph Burns.

Billie Holiday reprend la recette l’année suivante dans un esprit assez différent, où le riff de guitare de Barney Kessel et les allers-retours entre rythmes afro-cubains et swing ajoutent une touche ludique et espiègle.

Car il y a mille manières de jouer  « Speak Low » à la sauce latine : quoi de commun par exemple entre la langueur vaporeuse du ténor de Coleman Hawkins et l’urgence de l'interprétation qu’en donne le pianiste Sonny Clarke en 1957, mettant en vedette un jeune John Coltrane alors en pleine quête intérieure ?

 

Quant à la version de Walter Bishop Jr., qui en fait le titre éponyme de son premier album en 1961, le backbeat insistant du batteur G.T. Hogan la tire vers une couleur résolument funky.

Quelques années auparavant, Bill Evans l’avait lui aussi mis au programme de son premier opus, inaugurant une veine swing up-tempo qui fit florès chez beaucoup de ses collègues pianistes.

Sur une pulsation plus rapide encore, Ahmad Jamal se livre à un vertigineux exercice de funambulisme musical, où la subtile gestion des silences relance sans cesse l'attention de l’auditeur, tandis que le jeune McCoy Tyner (là encore sur son premier album !) bénéficie pour sa part de la formidable force motrice du drumming d’Elvin Jones, son compagnon d’alors au sein du quartette de Coltrane.

 

Le grand Fred Hersch, lui, n’a nul besoin de rythmique pour bâtir une impressionnante cathédrale sonore sur les fondations posées par Kurt Weill, donnant en creux une vision apaisée de l’œuvre, lumineuse, presque joyeuse.

Au rayon des relectures iconoclastes, enfin, c’est le très déjanté claviériste britannique Django Bates qui remporte la palme en 1997 aux côtés de la chanteuse Josefine Cranholm, le groove lent et l’ambiance trompeusement lounge de la première partie se dissolvant progressivement dans des explorations sonores quasi psychédéliques !

 

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