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Perspectives / Perspectives

LAHAV SHANI, la relève radieuse

À la tête de l’Orchestre de Paris, le jeune chef israélien, dont l’ascension fulgurante a marqué les esprits en 2017, fait admirer sa jeune autorité et transmet son désir de partage.

Published on 10 March 2020
par Rémy Louis


L’émergence de brillants chefs d’orchestre s’accélère. On s’est à peine habitué aux quadragénaires, les Harding, Jordan, Nelsons, Nézet-Séguin, que les prétendants piaffent : Maxime Pascal, Santtu-Matias Rouvali, Lorenzo Viotti, Klaus Mäkelä, par ordre d’âge décroissant, ont déjà fait parler la poudre. Car chaque grand pays de musique a son prodige, sans même parler des cheffes d’orchestre. À trente et un ans (il est né en janvier 1989 à Tel-Aviv), Lahav Shani s’est imposé sans coup férir, succédant en 2018 à Yannick Nézet-Séguin comme plus jeune Chef-dirigent de l’Orchestre philharmonique de Rotterdam. Celui d’Israël l’a à son tour nommé Music Director à compter de la saison 2020-2021 (il en a été soliste invité dès 2007). Il recevra le sceptre des mains de Zubin Mehta, Conductor for Life qui a débuté avec la formation israélienne en 1961. Imaginer que Shani puisse à son tour s’inscrire dans cette trajectoire qui abolit le temps a quelque chose de vertigineux.
 


Soliste et chef

Il est vrai que la phalange de l’État hébreu a nourri son imaginaire musical. Il aborde le piano, puis la contrebasse, dans son pays natal, avant de se perfectionner à la Hochschule für Musik Hanns Eisler de Berlin, où Daniel Barenboim le prend sous son aile. Mehta l’engage comme pianiste et chef assistant à l’IPO dès 2010. Il faut retenir cette appartenance : soliste, non pas seulement instrumentiste, et chef d’orchestre. C’est dans ce double habit qu’il remplaça en 2015 Franz Welser-Möst indisposé à la tête des Wiener Philharmoniker. Il se présenta de même à Rotterdam, déclenchant l’enthousiasme des musiciens. En mai 2018, à Radio France, il joue avec Renaud Capuçon la Sonate pour violon et piano de Debussy — ce qui permit d’entendre qu’à l’instar d’autres pianistes chefs d’orchestre, il privilégie la pulsation, le rythme. Pelléas et Mélisande de Schönberg suivait en deuxième partie, mais sa partition avait disparu : qu’à cela ne tienne, il dirigea par cœur, sans l’ombre d’une hésitation. Ah, les chefs et leur mémoire prodigieuse !
 


Autorité sans réplique

Le fait qu’on ait découvert tôt ce phénomène tient aussi au fait que, plus qu’il y a un demi-siècle, les jeunes pousses de la direction partent en tournée internationale à peine nommées dans un poste. À la Philharmonie de Paris, Shani a remplacé Philippe Jordan à la tête des Wiener Symphoniker. Invité en septembre 2017 par l’Orchestre de Paris, il y revient coup sur coup en ce mois d’avril, puis en mai. Ce qui permet de déceler chez lui un certain tropisme pour les musiques venues de l’Est (effet de ses études à la Hochschule Hanns Eisler ? De l’influence de Mehta ?). Après Prokofiev, Chostakovitch et Tchaïkovski en 2017, Debussy, Szymanowski (avec Lisa Batiashvili) et encore Tchaïkovski sont à l’affiche. En mai, le programme réunissant Barber, Berg (cette fois avec Frank-Peter Zimmermann) et Schubert (« La Grande ») semble trahir l’influence de Mehta. Schubert est un révélateur, qui fera entendre l’artiste. Car on aime déjà l’autorité sans réplique, impérieuse parfois, mais sans effets, de ce jeune maître. Son assurance n’est pas une arrogance. Seulement un enthousiasme, un désir de partage de la musique.
 

Lahav Shani
Concert

Orchestre de Paris / Lahav Shani

Lisa Batiashvili - Debussy, Szymanowski, Tchaïkovski
Wednesday, 8 April 2020 to Thursday, 9 April 2020
Grande salle Pierre Boulez - Philharmonie
Frank Peter Zimmermann
Concert

Orchestre de Paris / Lahav Shani

Frank Peter Zimmermann - Barber, Berg, Schubert
Wednesday, 6 May 2020 to Thursday, 7 May 2020
Grande salle Pierre Boulez - Philharmonie