Notes de passage

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Musique illustrée / Concerts de légende

16 mars 2010 : Christophe interprète «Le dernier des Bevilacqua» à la Cité de la musique

En cette année tragique où Christophe a retrouvé les Paradis perdus, rendons hommage à celui qui irradia les nuits de la Villette. Retour sur le second des deux concerts intitulés Ma barrière de corail.

Published on 21 December 2020
par Christophe Conte

 

Christophe, « Le Dernier des Bevilacqua », Cité de la musique, 2010

 

Un an auparavant, c’était Alain Bashung qui s’effaçait et Christophe ouvrait ce concert magistral par sa version d’« Alcaline », chanson de Boris Bergman sur l’album Novice qui lui était en partie dédiée. Le titre, « Alcaline », à la consonance voulue avec Aline, tout comme cette allusion aux « mots roses » en reflet des « Mots bleus » – sa chanson talisman que Bashung avait reprise à son tour –, constituaient un hommage en miroir des plus émouvants.

À l’époque, Christophe a retrouvé sa grandeur avec l’album Aimer ce que nous sommes, dont la majesté et les audaces occupent l’essentiel de la première moitié du concert. Costume sombre brodé et chevelure d’or, il avance à tâtons dans les labyrinthes de ces chansons expressionnistes et passionnelles, hautement cinématographiques, accompagné par un groupe d’aventuriers, dont le guitariste Christophe Van Huffel auquel il doit en partie sa résurrection artistique, le batteur Steve Arguelles ou la bassiste de Bowie Gail Ann Dorsey. Au cœur de ces trois heures, il cède la scène au groupe Zerkalo le temps de quelques titres, avant de revenir en costume crème pour dévoiler la crème de son répertoire plus ancien, démarrant ce second round par « Le Dernier des Bevilacqua », son portrait fantasmé en jeune parrain écrit par Jean-Michel Jarre en ouverture de l’album Les Mots bleus. L’Ensemble Musiques Nouvelles de Pascal Charpentier tisse la voilure symphonique de cette odyssée dans le temps où se bousculent les « succès fous » (« Les Marionnettes », « Les Mots bleus » et « Aline » enchaînés) et des titres d’albums exhumés des années 70/80, dont un « Minuit boulevard » où Gail Ann Dorsey vient lui prêter main forte au chant, et en français !

Par les tourbillons du « Tourne-cœur », l’une des chansons les plus magiques de son répertoire, il conclut ce marathon en pleine collusion d’amour avec un public qu’il a filmé avec sa caméra pour conserver la trace de ce moment de grâce partagée. Jusqu’au dernier souffle, Christophe a navigué ainsi entre plusieurs rives, celle de la variété pop et celle de l’avant-garde, celle des marlous rock de Juvisy et celle des convulsions électroniques d’Alan Vega, et cette « barrière de corail » érigée à l’aide des splendides vidéos de Julia Pello est le symbole vivant de cette traversée unique dans le paysage de la chanson française.