Collège
Salle de conférence - Philharmonie

Opéra baroque - Opéra des Lumières, de A à Z

Esthétique du merveilleux VS esthétique du sensible

Orfeo - Arts FlorissantsOrfeo - Arts Florissants © Ava du Parc

Infos pratiques

Mardi 8 janvier 2019 à 15h00
250€ (le cycle) / 12€ (la séance)
Événement(s) passé(s)
Pour mieux comprendre l’extraordinaire aventure de l’opéra, de sa naissance à Florence à sa sublime expression lyrique et dramatique dans les opéras de Mozart, musicologues, dramaturges, historiens, philosophes et sociologues brossent son histoire et ses aspects esthétiques les plus marquants. Des séances « l’abc » guident vos pas de manière chronologique et géographique tandis que des conférences thématiques vous permettent de voyager au cœur des idées forces.

Dans la France classique, l’opéra réussit à s’imposer par une poétique du merveilleux au sein d’une esthétique régie par les principes de l’imitation de la nature et de la fiction comme vérité, dominée par la poésie dramatique. Ce « théâtre des enchantements » fait ce que ne fait pas le théâtre parlé, mais il le fait selon les mêmes lois fondamentales. Un monde merveilleux s’y déploie de manière spectaculaire et ludique, avec sa vraisemblance, ses convenances ; musique et danse lui sont consubstantielles. Loin de tourner le dos à l’esthétique classique, l’opéra en grossit les traits. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, l’opéra subit l’essoufflement du théâtre classique. Parallèlement, la période voit la forme mathématique et métaphysique du rationalisme supplantée par sa version expérimentale et réaliste, caractéristique des Lumières : ce progrès épistémologique s’accompagne d’une forme de régression poétique. On passe d'une esthétique de la fiction, de l’éloignement et des mondes possibles, à la fois intellectualiste et sensualiste, à une esthétique de la réalité, de l'authenticité, de la proximité et du sentiment.
L'intervention de Jean-Jacques Rousseau révèle les conceptions esthétiques et philosophiques engagées par l’opéra. Rousseau avance une thèse qui est devenue une évidence : l'art aurait pour fonction d'exprimer un état ineffable des passions. La musique devient un modèle représentant l'immatérialité, l'authenticité et la spiritualité du monde moral ; son principe n'est plus la très physique, rationnelle et vibratoire « résonance du corps sonore » par laquelle Rameau faisait entendre l’inouï sur la scène merveilleuse, mais une voix intérieure, fluide, impalpable, passionnée et pneumatique.

Catherine Kintzler est professeur honoraire à l'université de Lille. Elle a aussi enseigné une vingtaine d'années en lycée. Ses travaux portent sur la philosophie de l’art et la philosophie politique. Auteur d'une pièce de théâtre musicale Du corps sonore au signe passionné, entretien entre Jean-Jacques Rousseau et d'Alembert représentée pendant l'année Rousseau (2012), elle a présenté et annoté l'Essai sur l'origine des langues de Jean-Jacques Rousseau (GF-Flammarion, 1993). Principaux ouvrages publiés : Penser la laïcité, Paris : Minerve, 2015 2e éd. (2014) ; Condorcet, l’instruction publique et la naissance du citoyen, Paris : Minerve, 2015, 3e éd. (1984) ; Jean-Philippe Rameau, splendeur et naufrage de l'esthétique du plaisir à l'âge classique, Paris : Minerve, 2011, 3e éd. (1983) ; Poétique de l’opéra français de Corneille à Rousseau, Paris : Minerve, 2006, 2e éd. (1991) ; Théâtre et opéra à l’âge classique, Paris : Fayard, 2004.
Site web : www.mezetulle.fr

Intervenants

  • Catherine Kintzler, conférencière