L’exposition

L’exposition

Cette première exposition à la Philharmonie de Paris sur une artiste femme est une invitation à découvrir ce que signifie être une femme libre, une femme qui écrit, compose et interprète, dans cette seconde moitié du XXe siècle.
Artiste d’exception, Barbara a été la muse des années cabarets de la rive gauche, pour devenir la découverte de Bobino, puis chanter sur les plus grandes scènes parisiennes.
La chanteuse est devenue un mythe et ses concerts, des moments de recueillement extraordinaires. Le public, debout, ne quittait la salle qu’après de longs adieux.

L’exposition présente des archives vidéo rares et parfois inédites, issues pour une grande majorité du fonds de l’Institut national de l’audiovisuel, qui permettront aux visiteurs de découvrir une chanteuse aux multiples facettes. Des textes ébauchés, maintes fois recommencés, des correspondances intimes et quelques documents personnels livreront de précieux indices sur la façon de composer, de faire de sa vie des chansons intemporelles, des confidences chantées.

Barbara a été beaucoup et magnifiquement photographiée. L’exposition présentera les clichés rares ou emblématiques de nombreux photographes qui ont su gagner sa confiance et l’ont immortalisée sur scène ou dans un contexte plus intime : Just Jaeckin, Marcel Imsand, Jean-Pierre Leloir, Tony Frank, Jo Cayet, Georges Dudognon…

La chanteuse aura façonné son image, comme en témoignent ses costumes de scène. Les journaux, les programmes révèlent le contexte de l’époque et le regard porté sur celle qui sut conserver son mystère, s’offrir sans pour autant se démasquer.

 

Barbara sur la scène du théâtre Mogador, 1990 © Jean-François Carric

Commissariat et scénographie

Clémentine Deroudille a précédemment assuré le commissariat de l’exposition Brassens ou la liberté à la Cité de la musique, fruit d’un travail à quatre mains avec Joann Sfar. Elle est aussi l’auteur du catalogue Brassens paru chez Dargaud en 2011. Passionnée d’archives sonores, elle a réalisé plusieurs parcours d’expositions. Sa production récente comporte notamment la réalisation d’un film documentaire sur son grand-père, Robert Doisneau, le révolté du merveilleux, diffusé sur Arte en 2016.

La mise en scène de l’univers poétique de Barbara a été confiée à deux grands noms du spectacle : Antoine Fontaine et Christian Marti, qui avaient déjà collaboré sur l’exposition Brassens ou la liberté à la Cité de la musique en 2011.
Avant de devenir un des plus grands décorateurs de cinéma pour les films de Claude Berri, Daniel Auteuil, Joann Sfar, Manoel de Oliveira…, Christian Marti a commencé sa carrière sur des spectacles de chanteurs, notamment avec Jacques Higelin mais aussi Barbara, pour Lily Passion.
Antoine Fontaine a déjà réalisé de nombreuses scénographies d’expositions. Il est devenu l’un des grands maîtres du décor peint, avec les fresques de La Reine Margot de Patrice Chéreau, les décors de scène de Marie-Antoinette de Sophia Coppola et il a réalisé depuis de nombreux décors d’opéra.

Parcours de l’exposition

De Monique Serf à Barbara

« Il ne faut jamais revenir
Au temps caché des souvenirs
Du temps béni de son enfance. »
Barbara et son frère Jean à Orry-la-ville, fin des années 1930 © DR

Comment Monique Serf (née le 9 juin 1930 à Paris, 17e), petite fille juive et pauvre, marqueé par la guerre et une enfance meurtrie, est-elle devenue Barbara, l’artiste iconique dont nous nous souvenons aujourd’hui ?

La publication de son autobiographie Il était un piano noir, parue peu après sa mort, révèle le drame intime de l’enfance. La cicatrice mémorielle, l’errance de ville en ville, éclairent sous un autre jour certaines paroles de ses chansons. L’enfance, c’est aussi l’affirmation du désir vibrant de jouer du piano, de chanter, mais aussi la découverte d’Édith Piaf.

 
L’Écluse – dessin préparatoire pour la scénographie de l’exposition Barbara, 2017
Scénographie réalisée par Antoine Fontaine et Christian Marti

Dans la lignée des chanteuses du début du siècle – Yvette Guilbert, Damia, Marie Dubas et Marianne Oswald –, Barbara a commencé sa carrière par des tours de chant à Bruxelles, où elle s’est enfuie sur un « coup de tête » à 20 ans, puis dans des cabarets parisiens d’après-guerre comme l’Écluse, minuscule salle de 70 places. « L’Écluse est la première maison que j’ai trouvée. Là il y avait vraiment un cœur qui battait. Une famille qui m’a accueillie. C’est là que j’ai commencé à respirer, que tout s’est déclenché ». Barbara y devient la « chanteuse de minuit ».

« Je n’avais plus peur de rien. J’aurais traversé les murs, animée par mon désir obsessionnel, par ma certitude de chanter un jour. »

« Petits zinzins » (1964-1969)

« Mes chansons elles naissent avec la vie […] c’est uniquement des choses que j’ai vécues, qu’on a tous vécues. »
Manuscrit de la chanson Nantes de Barbara, 1963 © Collection Gilbert Sommier

Grâce à ses premiers succès, Barbara quitte les cabarets pour se produire à Bobino. Elle cesse alors d’interpréter les chansons des autres – Brel, Brassens – pour composer sans relâche ce qu’elle appelle ses « petits zinzins ». Des mots simples, des confidences chantées, une manière de s’offrir sans se révéler : Barbara écrit et enregistre beaucoup ; elle fascine ceux qui l’écoutent.

 
« Touche pas mon piano
Touche pas mes remparts
Touche pas mes lunettes
Touche pas mon regard »

Les années 1960 sont aussi marquées par des tournées incessantes à travers la France : Barbara vit sur la route entourée de quelques intimes et se produit sur scène près de 300 jours par an. Ses tournées avec Serge Gainsbourg, Serge Reggiani et Georges Moustaki l’amènent à se produire en Italie, en Israël et au Liban notamment… Chaque concert est l’occasion du même cérémonial, où se mêlent croyances, discipline, exigence : Barbara arrive très tôt dans les théâtres, arpente la salle pour superviser au plus près les moindres détails du spectacle, puis s’enferme dans sa loge jusqu’au moment d’entrer en scène.

« Le Voyage de Barbara » © Luc Simon

L’aventurière (1970-1981)

« Qu’on ne m’ordonne pas,
je suis reine en mon île
Je suis femme en mon lit,
je suis folle en vos villes
Et j’ai choisi mes hommes,
j’ai bâti mes empires
Au diable la raison
et vivent mes délires »

Olympia 1969 : à la surprise générale, Barbara annonce l’arrêt, non pas de la scène mais de ses tours de chant, d’une façon traditionnelle de faire de la chanson… Dès lors, elle s’aventure, guidée par ses intuitions et ses amitiés, s’essaie au théâtre (sans succès avec Madame), au cinéma avec Jacques Brel (Franz, 1972), Jean-Claude Brialy (L’Oiseau rare, 1973) ou Maurice Béjart (Je suis né à Venise, 1977).

Avec L’Aigle noir, Barbara devient une véritable artiste populaire, touche un nouveau public et fait la Une des magazines. Mais à mesure que sa popularité grandit, l’artiste se fait plus discrète. Elle impose ses choix, comme le jeune François Wertheimer pour composer La Louve. Elle se retire à la campagne, dans sa maison de Précy-sur-Marne, qui devient son refuge, son espace de liberté et de création. C’est là qu’elle imagine ses futurs spectacles, compose ses chansons jusqu’à la fin de sa vie.

Barbara dans son jardin à Précy-sur-Marne, à l’automne 1989 © Marcel Imsand, Association Barbara Perlimpinpin

La légende (1981-1997)

« Pantin espoir, Pantin Bonheur
Oh, qu’est-ce que vous m’avez fait là ?
Pantin qui rit, Pantin, j’en pleure,
Pantin, on recommencera ! »
Barbara sur la scène du théâtre Mogador, 1990 © Jean-François Carric

Imaginés à Précy, les concerts de Pantin sous le chapiteau de 2 000 places, en 1981, font définitivement basculer Barbara dans la légende. La chanteuse revient après des années de silence. Elle invente une nouvelle façon de construire des tours de chant, les premiers concerts-spectacles. La voix a changé mais la communion avec le public est plus forte que jamais.

Toujours guidée par le désir de se réinventer, Barbara imagine une comédie musicale avec Gérard Depardieu, Lily Passion, sur laquelle elle travaille pendant cinq ans, n’hésitant pas à dérouter son public. Absente des médias, les concerts deviennent mythiques : Châtelet en 1987 et 1993, Mogador en 1990…

Barbara s’investit également, de façon très confidentielle, dans un combat contre le sida auprès des malades et des associations ; visite et chante en prison. Femme engagée, elle participe à la campagne électorale de François Mitterrand en 1988, aux côtés de Jacques Higelin.

Elle enregistre son dernier disque en 1996, avant de s’éteindre le 23 novembre 1997.

 
Lors de son dernier concert à Tours, le 26 mars 1994 © Raphaël-Didier de l’Hommel

Pour aller plus loin…

Sélection d’ouvrages

Des mémoires de Barbara aux partitions en passant par un livre pour enfants : prolongez ou préparez votre visite à l’exposition avec la sélection de la Médiathèque.

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