L’exposition

L’exposition

Dévoiler la dimension musicale de l’imaginaire et de l’œuvre du photographe : voici l’ambition de ce parcours original, qui rassemble plus de deux cents photographies.

« Dans mon école idéale de photographie, il y aurait un professeur de bouquet et un professeur de musique. On ne formerait pas des virtuoses du violon, mais on expliquerait le rôle de la musique qui donne une lumière sur les civilisations passées, formation complémentaire très nécessaire. »

Né en 1912 en banlieue parisienne, Robert Doisneau apprend à 15 ans le métier de graveur lithographe à l’école Estienne et entre dans la vie active en dessinant des étiquettes pharmaceutiques. Après une découverte du monde de la création artistique chez André Vigneau en tant que jeune opérateur, quatre années au service publicité des usines Renault lui permettent d’accéder au statut convoité de photographe indépendant.

Si la guerre met un frein brutal à ses projets, l’euphorie des années qui suivent assure son succès. Il accumule les images, circulant obstinément « là où il n’y a rien à voir », privilégiant les moments furtifs, les bonheurs minuscules éclairés par les rayons du soleil sur le bitume des villes.

À sa mort en 1994, il laisse derrière lui quelque 450 000 négatifs qui racontent son époque avec un amusement tendre, qui ne doit pas masquer la profondeur de la réflexion, la réelle insolence face au pouvoir et à l’autorité, et l’irréductible esprit d’indépendance.

Parcours de l’exposition

Rolleiflex en bandoulière, Robert Doisneau a arpenté des années durant Paris et ses banlieues. Dans ses clichés, la musique est partout présente et participe surtout du regard humaniste du photographe. Car l’amour pour la musique naît souvent chez Doisneau d’un amour pour les gens : en témoigne la série réalisée avec Jacques Prévert, ou encore l’immense galerie de portraits magnifiant son ami violoncelliste Maurice Baquet.

Les gitans de Montreuil, 1950 © Atelier Robert Doisneau

La rue

« Je n’emmène personne. La déambulation est un vice solitaire. J’aurais bien trop honte d’exhiber mes hésitations, mes retours en arrière et, surtout, mes attentes déraisonnables. »

Ethnologue du quotidien, metteur en scène de son propre petit théâtre, Robert Doisneau passe beaucoup de temps à marcher dans la banlieue sud et, à l’époque, la musique y est partout. Des musiciens aux fanfares, il s’attache à montrer tout ce qui donne des airs de fête à la rue.

La chanson

« J’ai l’oreille complètement en friche pour le classique, mais la chanson m’aide. Dans la rue, vous sifflotez des petits airs qui vous donnent du courage. »

Photographe reporter, technicien hors pair, Robert Doisneau sait tout faire et les rédacteurs en chef des journaux ne se privent pas de son talent.

En 1947, grâce à ses reportages à Saint-Germain-des-Prés, Doisneau entre en contact avec Pierre et Jacques Prévert. Sa rencontre avec le poète conduit à de nombreuses promenades dans le nord de Paris, du canal Saint-Martin à la porte de la Villette. Devenu un de ses proches amis, Jacques Prévert aura une influence majeure sur son travail.

Juliette Gréco à Saint-Germain-des-Prés, 1948 © Atelier Robert Doisneau

Studios

Robert Doisneau collabore avec Pierre Betz, rédacteur en chef du magazine Le Point, qui l’envoie en reportage sur un sujet qui ne lui est pas familier : « L’aventure de la musique au XXe siècle ». En 1961, il immortalise les musiciens Pierre Boulez, Pierre Schaeffer, Henri Dutilleux et André Jolivet. Il photographie les artistes près de leurs outils, comme Maria Callas en studio, François Baschet et Jacques Lasry dans leur atelier.

Pierre Schaeffer, 1961 © Atelier Robert Doisneau
Maurice Baquet à Chamonix, 1957 © Atelier Robert Doisneau

Maurice Baquet

« Quand nos routes se sont croisées, j’avais trouvé mon professeur de bonheur. »

La collaboration entre le violoncelliste skieur surdoué Maurice Baquet et Robert Doisneau ouvre un nouvel espace de jeux, de liberté et de création pour le photographe. Dès leur rencontre au lendemain de la guerre, ils entreprennent de réaliser un livre qui paraîtra en 1981 sous le titre Ballade pour violoncelle et chambre noire. Au-delà de la facétie et des rires, on voit dans ces photos toute la magie du travail de l’artiste : montages, trucages, photomontages, collages, déformations et fractionnements…

Earth Kitt, Paris, 1950 © Atelier Robert Doisneau

Jazz

« Les caves, la faune, les artistes, enfin tout ce qui constitue l’extrême pointe de la civilisation occidentale. »

Robert Doisneau se balade souvent à Saint-Germain-des-Prés, qu’il appelle « le nouveau Montparnasse ». Il passe des nuits à y photographier les jazzmen qui viennent jouer dans les caves de ce quartier : Big Bill Broonzy, Mezz Mezzrow, Bill Coleman, Claude Luter…

Les années 1980-90

« Alors que le délinquant vieillissant que je suis voit ces gens sérieux que sont les conservateurs et autres bibliothécaires faire grand cas de ces images glanées dans des conditions illégales, je sens monter en moi une délicieuse jubilation. »

Dans les années 1980, Robert Doisneau est reconnu et célébré. Il continue ses balades dans Paris et prend plaisir à y photographier toute une nouvelle génération d’artistes - que ce soit pour leurs pochettes de disques ou des reportages pour des journaux comme Actuel. Les Rita Mitsouko, Les Négresses Vertes ou encore Renaud comptent parmi eux. Plus il vieillit, plus il rechigne à mettre le nez dans ses archives et préfère aller retrouver des jeunes gens, le présent, toujours et absolument.

Rita Mitsouko au Parc de la Villette, 1988 © Atelier Robert Doisneau

Prolongement de l’exposition dans la collection permanente

Pour la première fois, une exposition temporaire du Musée de la musique se prolonge au cœur même de sa collection permanente. Une sélection d’une vingtaine de photographies de Robert Doisneau, mises en regard avec les instruments et les œuvres d’art présentés, vient illuminer le patrimoine du Musée : portrait des Rita Mitsouko devant l’hôtel Chopin, photographie de Maurice Baquet vêtu d’un tee-shirt à l’effigie de Bach, reportage sur les frères Baschet ou sur le fabricant de clarinettes Buffet Crampon… De ces œuvres inédites est née l’envie de faire vivre autrement la collection permanente du Musée.

Commissariat, bande-son et scénographie

Clémentine Deroudille est la petite-fille de Robert Doisneau. Après avoir assuré le commissariat de l’exposition Brassens ou la liberté à la Cité de la musique, fruit d’un travail à quatre mains avec Joann Sfar, ainsi que l’exposition Barbara présentée à la Philharmonie de Paris d’octobre 2017 à janvier 2018, elle revient pour partager l’œuvre de son grand-père. Passionnée d’archives sonores, sa production récente comprend notamment la réalisation d’un film documentaire sur Robert Doisneau, Le Révolté du merveilleux, diffusé sur Arte en 2016 et projeté à la Philharmonie samedi 8 décembre 2018.

Moriarty © Zim Moriarty

Moriarty est un groupe franco-américain fondé à Paris en 1995. Quintet de country, de blues et de rock, la formation portée par la voix de Rosemary Standley s’est fait connaître du grand public en 2007 avec la chanson « Jimmy ». Inspiré par les instruments des collections du Musée de la musique, le groupe a imaginé une bande sonore en forme de bestiaire instrumental et en chansons, qui vient entrer en résonance avec les protagonistes des images. Moriarty a aussi mis sur pied une radio Doisneau à partir de mélodies des musiciens photographiés par Doisneau chantées ou dites par des artistes comme Daniel Pennac, Anne Gouverneur, Maëva Le Berre, Babx, Albin de la Simone, Barbara Carlotti, Florent Marchet, François Morel, Maissiat, Vincent Dedienne, Léopoldine Hummel…

Bassiste/guitariste du groupe Moriarty et directeur artistique de son label Air Rytmo, Stephan Zimmerli (alias Zim Moriarty) initie un travail d’identité visuelle, traduisant le son du groupe en principes graphiques. Artiste plasticien, musicien, architecte et scénographe, il s’appuie sur une pratique quotidienne du dessin, de la photographie et de la musique. Pour cette exposition, Stephan Zimmerli signe non seulement la scénographie, mais aussi des dessins originaux qui ponctuent le parcours.