L’exposition

L’exposition

Conçue en étroite collaboration avec Pierre et Gilles, l’exposition explore leur rapport à la musique, à ses codes, ses symboles. Accompagnée d’une playlist composée par les artistes en écho à chaque tableau comme un juke-box géant, elle offre au visiteur des documents inédits, installations d’objets mémoriels et autres reliques issues de leur atelier d’illusionnistes pour raconter et comprendre comment fonctionne leur fabrique des idoles.

Pierre & Gilles

Depuis 1976, le duo Pierre et Gilles, développe une œuvre singulière entre peinture et photographie. Pierre, le photographe, est né en 1950 à la Roche-sur-Yon et Gilles, le peintre, en 1953 au Havre.

Leur rencontre a donné naissance à un mode opératoire précis et original. Ils font d’abord poser leurs modèles – inconnus, amis ou célébrités – dans des décors sophistiqués réalisés dans l’atelier. Une fois la photographie prise et imprimée, commence un long travail de peinture, avec à la clef un tableau, unique, dont le cadre est conçu par les artistes. Représentés par la Galerie Templon depuis 2012, ils ont exposé dans le monde entier. Constituée de 110 œuvres et de deux installations inédites réalisées par les artistes, l’exposition de la Philharmonie de Paris est leur première exposition monographique sur le thème de la musique.

Les deux marins - autoportrait, 1993 © Pierre et Gilles

Parcours de l’exposition

Trois espaces distincts représentent les trois grandes thématiques de l’exposition : la fête, la mythologie, le rêve et le cauchemar.

Espace Doré

Juke-box années 1980

À la manière d’un kaléidoscope géant, Pierre et Gilles présentent pour la première fois dans leur ensemble ces œuvres rares, datant de la fin des années 1970 aux années 1980. Condensé de la production musicale de l’époque – variété, pop, disco, rock indépendant, chanson française – cette galerie de portraits illustre leur style si particulier: des photographies minutieusement peintes à la main, présentant souvent de larges aplats de couleurs acidulées, qui donnent à leurs images une dimension pop presque irréelle. Parfois réalisés dans le cadre de commandes, ces tableaux ont servi de couverture d’album ou de maxi. Certains tels que « Les brunes comptent pas pour des prunes » de Lio (1986), « Naufrage en hiver » de Mikado (1985) ou « Tes yeux noirs » du groupe Indochine (1986) restent durablement associés à l’image des musiciens concernés.

La vie en blanc, en bleu, en rouge : enchanter le réel

Contrairement aux tableaux de Pierre et Gilles qui fixent l’instant sur la pellicule et confient au pinceau le soin de l’embellir comme pour contrer le temps qui passe, la musique est une expérience éphémère. Elle s’inscrit pourtant dans notre souvenir en perdurant après l’écoute, et contribue ainsi à l’élaboration d’une mémoire collective. La représentation de musiciens chez Pierre et Gilles, souvent allégorique, empreinte de mélancolie, joue sans cesse sur ces dimensions. L’intime côtoie le populaire. Le cliché se frotte au sublime. Se dessine ainsi un certain portrait de la France en chanson, idyllique, comme si la musique pouvait enchanter le réel.

Les années Palace

En 1978, en pleine vague disco, Fabrice Emaer ouvre une discothèque rue du Faubourg Montmartre: le Palace. Avec son concert inaugural de Grace Jones et ses décors de Gérard Garouste, le Palace annonce une nouvelle ère où concerts et fêtes fastueuses se succèdent. Le lieu devient rapidement le rendez-vous incontournable des nuits parisiennes. S’y pressent jeunes noctambules, VIP et personnalités de la mode ou du cinéma. On y croise Mick Jagger, Andy Warhol ou Serge Gainsbourg en passant par Roland Barthes et Yves Saint Laurent.

Pierre et Gilles y retrouvent régulièrement leur bande et s’y font de nombreux amis qui deviendront plus tard leurs modèles. Creuset de la culture gay, le Palace fermera ses portes en 1983, en pleine épidémie de sida. Pierre et Gilles proposent des œuvres inspirées par cette parenthèse folle des « années Palace ». Temps de la jeunesse et de l’insouciance, elles sont aussi celles d’un brassage artistique et musical inédit qui rejoint l’imaginaire des artistes.

Amanda Lear, 1979 © Pierre et Gilles

L’autel de la musique

Conçue comme un autel, cette installation s’inspire du décor de l’atelier-studio des artistes. Au centre, la télévision diffuse les clips réalisés par le duo: elle témoigne de l’époque foisonnante du vidéo-clip, dans les années 1980, lorsque des chaînes musicales en continu telles que MTV ont révolutionné le genre. Avec jubilation, les artistes ont choisi d’accumuler autographes et figurines comme autant de reliques ou d’ex-voto, créant ainsi un vrai-faux cabinet de curiosité musical, caractéristique de leur imaginaire.

Espace Bleu

Les icônes

Le christianisme hante le travail de Pierre et Gilles depuis leurs débuts. À la fois pétris de culture catholique depuis l’enfance et grands admirateurs de la peinture classique, Pierre et Gilles sont par ailleurs fascinés par la beauté naïve de l’imagerie pieuse. C’est naturellement que la représentation de figures bibliques s’est imposée dans leur travail et de nombreux musiciens se sont vus métamorphosés en saint, chacun reconnaissable à ses attributs.

La célébrité des chanteurs, réelle ou fantasmée, s’efface derrière la puissance de l’icône. Chaque modèle devient une « idole » au sens propre du terme. Chaque tableau actualise les codes de représentation du sacré et cherche à s’inscrire dans la longue lignée de l’histoire de l’art religieux occidental. Rassemblées sous forme de chapelles, ces œuvres semblent s’offrir à l’adoration et interrogent l’expression populaire de la foi et l’universalité du message chrétien.

La chambre Sylvie

Dans cette installation inédite, créée spécialement pour l’exposition, Pierre et Gilles imaginent la chambre fictive d’un fan de Sylvie Vartan. À la fois sanctuaire et refuge, cette pièce désertée, hors du temps, dans laquelle on ne peut pénétrer mêle à la fois posters, souvenirs, objets publicitaires ou collectors, mais aussi dessins et cahiers personnels des artistes. Avec humour et nostalgie, Pierre et Gilles proposent une ballade visuelle à travers le « culte » dont a pu faire l’objet celle qui fut l’une des « idoles des jeunes ».

Comme un garçon, Sylvie Vartan, 1996 © Pierre et Gilles

Mythologie

De leur familiarité avec l’iconographie chrétienne, Pierre et Gilles ont tiré une curiosité prononcée pour toutes les formes de représentation religieuse. Leurs premiers séjours au Maroc les marquent durablement. En Inde, où ils se rendent à plusieurs reprises, ils découvrent le cinéma de Bollywood, l’omniprésence des divinités, les vitrines des studios-photo artisanaux et leurs photographies peintes à la main. C’est cette artificialité haute en couleur, à la fois sophistiquée et directe, qui les fascine et qu’ils recherchent instinctivement dans leur pratique.

Les figures du bouddhisme et de l’hindouisme intègrent leur esthétique. Boy George devient le dieu Krishna. Nina Hagen devient Kali, déesse indienne de la destruction. Madonna prend les traits de Ushiwaka de la mythologie japonaise. Refusant tout exotisme facile, Pierre et Gilles s’interrogent sur le pouvoir des mythes en jouant du contre-emploi ou de rapprochements visuels inattendus. Avec humour et tolérance, leurs œuvres tissent ainsi de subtils liens entre différents univers culturels.

espace Rouge

Rêve et cauchemar

Pour ce dernier espace, le duo s’est amusé avec les stéréotypes des divers genres musicaux. Au paradis célébrant le désir et l’amour, Pierre et Gilles opposent leur vision d’un enfer, ludique et bigarré.

L’ambiguïté est au cœur de chacun des personnages, comme si Bien et Mal étaient intrinsèquement liés. Pierre Lapointe est ainsi montré en trappeur dans une nature de carte postale, mais ses mains sont couvertes de sang. L’univers de Pierre et Gilles refuse tout manichéisme: passant d’un registre à l’autre, détournant les conventions visuelles comme sociales, leurs œuvres font écho à la puissance transgressive de la musique.

Le grand amour, Marilyn Manson et Dita Von Teese © Pierre et Gilles

Commissariat

Milan Garcin

Historien de l’art et curateur, doctorant à l’Université Paris-Nanterre et à l’Ecole du Louvre sur l’oeuvre de Francis Bacon, Milan Garcin travaille sur les liens cachés dans et entre les images, sur la façon qu’ont les artistes de s’approprier l’histoire de l’art et sur l’épistémologie de sa discipline, des avant-gardes du XXe siècle à nos jours. Commissaire de plusieurs expositions, il a notamment collaboré avec Jean-Hubert Martin pour l’exposition Carambolages (RMN Grand Palais, 2016) et poursuit ce travail auprès de plusieurs musées en France et dans le monde.