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Philharmonie de Paris - Page d'accueil

Au XVIe siècle, le madrigal désigne un type de pièce polyphonique très en vogue dans l’Italie de la Renaissance. Interprété par des chanteurs solistes, il se fonde sur des poèmes dont il cherche à transcrire le sens en musique. Les compositeurs élaborent ainsi une véritable rhétorique sonore en transposant dans la partition les passions et émotions exprimées dans les vers. Des compositeurs comme Monteverdi, Gabrieli, Marenzio et, bien sûr, Gesualdo ont donné à ce genre ses lettres de noblesse.

Carlo Gesualdo est souvent associé à cette sordide nuit d’octobre 1590 où il assassina sa femme adultère et l’amant de celle-ci. Mais derrière cette « légende noire » se cache un musicien audacieux qui a poussé le madrigal dans ses derniers retranchements, comme en témoignent les six livres qu’il lui a consacrés. En se détachant progressivement des cadres conventionnels du genre, ses dernières œuvres témoignent d’une modernité qui a pu inspirer un Stravinski tout comme un Ligeti.

Livre I

Alors qu’il est à Ferrare, Gesualdo fait éditer en 1594 ses deux premiers livres de madrigaux. S’ouvrant avec la mise en musique savamment équilibrée du poème « Baci soavi, e cari », le Livre I se prolonge dans une suite de compositions où la musique sert le texte selon un principe d’imitation caractéristique du madrigal au XVIe siècle. Ce Premier Livre de madrigaux de Gesualdo est ici replacé dans le foisonnant contexte musical de sa création, accompagné de pièces vocales de Luzzaschi et Marenzio, auteurs d’élection de la cour de Ferrare, et de Monteverdi et Pallavicino, qui permettent de mesurer l’inventivité formelle de Gesualdo.

Gesualdo / Madrigaux Livre I
Les Arts Florissants - Paul Agnew

Enregistré le 23 octobre 2018

Livre II

Imprimé en 1594, la même année que le Livre I, le Deuxième Livre de madrigaux de Gesualdo marque l’apogée d’un classicisme poético-musical où le compositeur magnifie, entre autres, les vers du poète italien Torquato Tasso. Au sein des différentes pièces, Gesualdo déploie des variations de textures de plus en plus riches. Si le chromatisme – qui deviendra par la suite la signature du compositeur – ne fait que quelques brèves incursions dans le Livre II, le travail raffiné du contrepoint témoigne d’ores et déjà d’une pleine maîtrise du style madrigalesque. Gesualdo affirme ainsi une expressivité nouvelle qui sera déployée dans les livres suivants.

Gesualdo / Madrigaux Livre II
Les Arts Florissants - Paul Agnew

Enregistré le 5 juin 2019

Livre III

Publié en 1595, le Troisième Livre de madrigaux de Gesualdo marque une rupture : les poèmes mis en musique font de moins en moins référence à l’univers pastoral galant. Le ton est plus dramatique et véhément, et la construction musicale se fait ainsi plus rugueuse et audacieuse, notamment dans « Non t’amo, o voce ingrata », où Gesualdo introduit des chromatismes saisissants. Mais surtout, ce Troisième Livre se clôt par un étonnant madrigal à six voix qui semble renouer avec un certain faste sonore contrastant de manière lumineuse avec l’ensemble du recueil.

Gesualdo / Madrigaux Livre III
Les Arts Florissants - Paul Agnew

Enregistré le 7 octobre 2019 (Salle des concerts - Cité de la musique)

Livre IV

Le Quatrième Livre de madrigaux de Gesualdo marque la fin de la « période ferraraise ». Le compositeur quitte la cité ducale en 1596, et ce Quatrième Livre accentue le tournant pris par le Troisième. Les poèmes choisis sont plus courts et plus denses, les mots plus durs et plus lourds de sens. Ces textes retranscrivent les obsessions de Gesualdo qui est assailli de visions où il se croit aux prises avec des démons. Cette violence transparaît dans les chromatismes et les figures mélodiques descendantes, qui s’imposeront chez lui comme le symbole de la mort. Entre cauchemars hallucinés et vision macabres, ce Quatrième Livre privilégie les figures musicales propices à l’expression de la douleur.

Gesualdo / Madrigaux Livre IV 
Les Arts Florissants - Paul Agnew

Enregistré le 10 février 2020 (Salle des concerts - Cité de la musique)

Livre V

Imprimé en 1613, deux ans avant la mort de Gesualdo, le Cinquième Livre témoigne d’une inventivité et d’une modernité jusqu’alors latentes. Les poèmes riches en oxymores et oppositions trouvent leur reflet musical dans l’emploi des chromatismes et des dissonances, comme dans « Asciugate i begli occhi ». Toutefois, on peut être frappé, dans ce Cinquième Livre, par la coexistence d’audaces musicales et de conservatisme formel dans l’écriture polyphonique, comme si la composition même du recueil procédait selon un oxymore total. Magnifique paradoxe de l’écriture de Gesualdo : le compositeur porte ainsi le madrigal à son apogée, tout en annonçant son crépuscule.

Gesualdo / Madrigaux Livre V
Les Arts Florissants - Paul Agnew

Enregistré le 14 octobre 2020 (Salle des concerts - Cité de la musique)

Livre VI

Publiées en 1613, la même année que le Cinquième Livre, les compositions du Sixième Livre de madrigaux se font plus hardies, et le discours musical plus âpre. En poussant le contrepoint dans ses derniers retranchements, Gesualdo fait naître des dialogues entre les voix où les consonances répondent aux dissonances dans une polyphonie visionnaire aux accents parfois inquiétants  les madrigaux du Sixième Livre s’offrent comme le miroir de l’état psychologique instable du compositeur. Avec ce Sixième Livre de madrigaux, les mots et les sons s’affrontent et se complètent dans une inventivité harmonique radicale, portant à son pinacle la création musicale de Gesualdo.

Gesualdo / Madrigaux Livre VI
Les Arts Florissants - Paul Agnew

Enregistré le 10 février 2022 (Salle des concerts - Cité de la musique)

Philharmonie de Paris