Découvrez les gagnants du concours Beethoven Remix

Découvrez les gagnants du concours Beethoven Remix

Les trois gagnants du concours – Enoki, Blanc et 3 Days a Week – présentent leur rapport à la musique de Beethoven et décortiquent leur création pour l’exposition Ludwig van.

Enoki

Jʼai toujours été entouré de musique, chez moi on écoutait de tout, des opéras de Mozart à Bowie en passant par Moby ou le Wu-tang. Jʼai fait ma formation musicale au CNSMDP en piano et actuellement je travaille dans le monde du spectacle vivant et jʼenseigne dans un conservatoire de la région parisienne. J’ai commencé la musique électronique il y a une quinzaine d'année en bidouillant dans mon coin, en achetant du matériel, des synthés, et aujourdʼhui une partie de mon activité est de faire du sound-design.

 

J’aime la musique de Beethoven mais je n’en écoute malheureusement pas beaucoup... je l’ai en revanche souvent étudiée lors de ma formation, que ce soit par le biais de l’analyse de partition ou par l’interprétation de pièces du répertoire pianistique. Ce que j’aime dans sa musique c’est la richesse de timbres utilisés, c’est une musique très orchestrale même au piano (un héritage de son maître Haydn), le rôle prédominant donné au rythme qui donne ce côté très organique, vivant, on sent qu’il y a chez cet homme quelque chose qui bout ! Et enfin, il faut lui reconnaître un certain génie pour créer des motifs thématiques très puissants, aussi bien rythmiques que mélodiques, qui restent à travers les époques et qui font de lui un compositeur toujours connu aujourd’hui, on pourrait même presque dire « vénéré ».

Pour ce remix, trois choses m’ont paru très importantes. La première était d’utiliser l’extrait de la version de Kempe avec le philharmonique de Munich car je pense que pour un remix il faut utiliser le matériel sonore du morceau que l’on veut retravailler (surtout quand il est de cette qualité). La deuxième était de garder cette énergie que l’on retrouve chez Beethoven tout en proposant quelque chose de radicalement différent. Dans le cadre d’un concours organisé par la Philharmonie de Paris j’ai voulu donner un côté « french touch » avec des sonorités électro très françaises caractérisées par des basses funky, des percussions surcompressées avec des sonorités que l’on retrouve chez Justice, SebastiAn etc…

C’est un morceau en quatre parties. J’ai imaginé quelqu’un qui ressortirait un vieil enregistrement, où ce serait finalement un peu le lecteur K7 qui transformerait l’œuvre.

Si lʼon découpe le thème original en quatre parties égales, on obtient une structure du type « abca ». J’ai pour ce remix utilisé la partie « a » dans l’introduction comme accompagnement à ce qui pourrait être un mouvement lent de concerto pour piano. Ce même piano qui devient un peu décadent, qui perd de son essence petit à petit pour lancer, grâce à des rythmes syncopés caractéristiques de la musique de variété, la deuxième partie plus énergique construite sur un élargissement harmonique des accords de « b ». Puis vient le pont, construit sur le point culminant de l’œuvre de Beethoven. Cet élément dramatique m’a paru si intéressant que j’étais obligé de l’inclure à ce moment-là. On revient à une partie rappelant la deuxième mais cette fois-ci construite sur « a ». Pour finir, on revient aux accords du début, un peu pour dire qu’en qualité de chef-d’œuvre, cette pièce peut subir tous les traitements possible, elle reste un chef-d’œuvre.

Blanc

Jʼai une formation musicale classique, je suis flûtiste. Jʼai effectué mes études musicales dans différents conservatoires régionaux, y compris au CRR de Paris et au CRR de Rueil-Malmaison, où je me suis entre autres intéressée à la musique contemporaine. Je suis actuellement chargée de médiation culturelle pour deux ensembles de musique contemporaine, et mʼintéresse également au son à lʼimage.

 

Jʼai eu lʼoccasion de jouer des pièces symphoniques de Beethoven au cours de mon cursus musical. Je lʼavais également approché au cours dʼun travail de musique de chambre, dans un trio avec basson. Jʼai toujours été sensible à la force expressive de Beethoven, ainsi quʼaux questions dʼesthétique musicale posées par son écriture, puisquʼil sert à la fois de référence classique en tant que membre de la Première école de Vienne et quʼà la fois il initie un tournant vers le style romantique.

Pour ce remix, jʼai voulu utiliser une analyse de lʼAllegretto de la Symphonie no 7 de Beethoven par Hector Berlioz. Jʼai trouvé quʼelle donnait à la fois des clefs de compréhension de lʼœuvre et à la fois une vision touchante, puisque subjective, de la perception et de lʼadmiration dʼun grand compositeur pour son aîné. De plus, il mʼavait semblé intéressant dʼexploiter cette vision de lʼœuvre par un musicien français, en hommage à cette exposition qui prend place à Paris. Enfin, en intégrant cet extrait dʼanalyse à lʼœuvre de Beethoven, jʼai voulu faire de la perception de lʼauditeur un élément de lʼœuvre, et ainsi interroger la place du public face à lʼœuvre.

3 Days a Week

Le duo 3 Days a Week sʼest formé au départ pour garder la trace d’expérimentations sonores que je réalisais avec un ami ; une sorte de collection de sons secs, de textures que nous arrivions à produire – mais rarement à reproduire – avec nos machines, guitares, effets, programmes. Petit à petit, notre travail s’est resserré sur des continuums, longues plages musicales étendues sur plusieurs dizaines de minutes, réalisées entre autres par des synthétiseurs et effets analogiques, qui offrent une grande richesse sonore lorsque l’on prend le temps de les écouter et les laisser occuper l’espace. Le duo étant maintenant éclaté entre Paris et Berlin, je me suis attelé seul au défi lancé par la Philharmonie de remixer un extrait de Beethoven.

Mon activité professionnelle est en partie liée à la musique : je travaille dans le secteur des technologies créatives et j’assiste des artistes et scénographes dans leurs travaux mêlant art, science et technologie. Je suis souvent amené à travailler avec eux la question de la spatialisation du son, c’est à dire l’art de placer des sons dans l’espace à l’aide de multiples haut-parleurs. 

 

Je n’écoute pas beaucoup Beethoven et je n’ai – à mon grand regret – pas une grande culture dans la musique classique. Dans mes moments d’écoute attentive, j’écoute et m’inspire plus volontiers de la musique « contemporaine » (Iannis Xenakis, Steve Reich… ) ou de la musique noise/transe/répétitive (par exemple les artistes édités par le label français Erratum) ; le plus « classique » des artistes que j’écoute est Erik Satie. Ma dernière écoute de Beethoven est donc probablement passée entre les mains de Pierre Henry ; mais l’exercice du remix a été pour moi le déclic pour creuser un peu mieux l’univers de la musique classique.

Juste après avoir téléchargé et écouté l’échantillon sonore fourni par la Philharmonie pour le concours, je l’ai ralenti. Le premier accord, joué par les vents, lu 6 fois moins vite m’a immédiatement convaincu : les distorsions de timbre et les lentes variations harmoniques amenaient une dramaturgie similaire au thème, tout en étant dans un matériel sonore que je savais mieux manipuler et travailler. Je suis donc parti sur cette piste du ralentissement.

L’autre piste est le crescendo du thème de l’Allegretto qui se solde par un climax (vers 2min30) impensable et impossible à remixer selon moi. J’ai donc travaillé cette montée en énergie de l’orchestre que j’ai transposé dans le domaine temporel en accélérant mon ralentissement petit à petit, jusqu’à lui redonner le tempo originel de l’extrait.

J’ai utilisé des techniques qui permettent de ralentir/accélérer un son sans en modifier sa hauteur, afin de ne pas être systématiquement dans les graves comme au début de mon remix. Aussi, j’ai volontairement appliqué des effets qui abîment le timbre et fragilisent l’extrait, notamment au moment où le contre-chant entre en jeu, afin d’amplifier encore l’effet final du tutti de l’orchestre.

Pour ce travail, côté inspiration, je n’en citerais qu’une seule, mais qui mérite vraiment d’être écoutée tant le travail sur le son du piano est précis, subtil et fragile : le dernier album de Vanessa Wagner et Murcof, Statea, et plus particulièrement le morceau Gnossienne no 3 (Erik Satie).