Notes de passage

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Musique illustrée / Concerts de légende

10 janvier 1971 : Chostakovitch renaît grâce à Kondrachine

Entre sauvagerie et ironie, l’interprétation, par Kirill Kondrachine, de la Quatrième Symphonie de Chostakovitch à la tête du Concertgebouw, demeure inoubliable.

Publié le 23 Juillet 2018
par Bertrand Boissard

Shostakovich - Symphony n°4 - Amsterdam / Kondrashin live

 

Symphonie la plus audacieuse et la plus âpre de Chostakovitch, la quatrième connut un destin peu banal. En 1936, pour des raisons pas encore totalement élucidées, ses répétitions tournèrent court et sa création fut annulée. Ce n’est que vingt-cinq ans plus tard qu’elle fut jouée pour la première fois, sous la baguette de Kirill Kondrachine – qui créera aussi les Douzième et Treizième Symphonies. Ce dernier avait une véritable dévotion à l’endroit du compositeur : « C’était une personnalité unique, la conscience morale de la musique en Russie. [...] Il appartient à un genre très rare de musicien dont la première œuvre reflète immédiatement la nature. Son chemin de créateur répète celui des grands maîtres de ce siècle. », déclarait-il en 1976.

Dans un laps de temps assez court (de 1968 à 1980, un an avant sa mort prématurée), Kirill Kondrachine, un des chefs d’orchestre les plus importants de la seconde moitié du XXe siècle, aura dirigé l’orchestre du Concertgebouw pas moins de 119 fois. Celui qui avait demandé l’asile politique en 1979 et était devenu chef associé auprès du directeur musical Bernard Haitink, aura profondément marqué l’histoire de l’orchestre.

Le présent concert amsterdamois, daté du 10 janvier 1971, incluait également – de manière pour le moins incongrue – l’Ouverture de la Flûte enchantée et le Concerto pour violon no 4 (avec en soliste Pinchas Zukerman) de Mozart. Il faudra attendre trente-huit ans (avec Mark Elder à la direction) pour que l’orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam ne joue à nouveau la Symphonie no 4 de Chostakovitch. En 2014, Andris Nelsons la dirigera à son tour.

Légèrement plus rapide et peut-être encore plus folle que lors du premier enregistrement de Kondrachine (de 1961), cette interprétation est un autre sommet. Animée d’un souffle et d’une tension permanente, elle déploie une énorme gamme de nuances dynamiques et ne laisse aucun détail dans l’ombre. Sauvagerie indescriptible du fugato des cordes (à 13’47’’ du premier mouvement), ironie délicieuse du solo de basson (à 23’), fin énigmatique à souhait – les quelques notes lointaines du célesta semblant résonner au milieu d’un immense paysage hivernal : autant de moments inoubliables. Comme on aimerait entendre la captation qui a été faite de l’œuvre, le 29 mars 1980 au Théâtre des Champs-Élysées, avec ce même chef et l’Orchestre de Paris !

Renaud Capuçon
Concert symphonique

Sérénade

Chamber Orchestra of Europe - Nicholas Collon - Renaud Capuçon - Chostakovitch, Bernstein, Beethoven
Grande salle Pierre Boulez - Philharmonie
Vendredi 1 décembre 2017 - 20:30