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Musique illustrée / Concerts de légende

1959 : Stravinski dirige Stravinski

Osaka, 1959 : impassible, tel un sphinx, Igor Stravinski dirige son ballet L’Oiseau de feu.

Publié le 24 Septembre 2015
par Bertrand Boissard

Stravinsky conducts Stravinsky FIREBIRD

 

Il est toujours passionnant d’entendre ou de voir de grands compositeurs interpréter leurs propres œuvres, tels Bartók et Prokofiev au piano, ou Richard Strauss dirigeant Till l’Espiègle. On reste parfois étonné de la liberté que certains d’entre eux prennent avec leurs partitions, comme Rachmaninov dans ses concertos. Rien de tel avec Igor Stravinski, comme on le constate dans cette bande vidéo de 1959.  Alors âgé de 76 ans, il dirige à Osaka l’orchestre symphonique de la NHK dans la Suite (celle réalisée en 1945) de L’Oiseau de feu, qu’il avait composé quarante-neuf ans auparavant pour les Ballets russes de Diaghilev. D’avril à début mai, il avait effectué une tournée au Japon, se produisant aussi à Tokyo et Kyoto. Il existe un autre film, encore plus tardif (1965) où, cette fois, il est aux prises avec le London Symphony Orchestra. Stravinski n’était pas un chef de métier – il ne possédait certainement pas la plus grande technique du monde -, ne dirigeant qu’occasionnellement, et exclusivement ses œuvres. Ceux qui connaissent ses enregistrements pour CBS/Sony savent cependant à quel point il pouvait arriver à ses fins et savait créer un monde, « son » monde.

Cette archive passionne à plus d’un titre, à commencer par l’économie de moyens du chef qu’elle laisse transparaître. Les bras accomplissent le strict nécessaire. Dans la Berceuse, il se contente de battre la mesure de la main droite et d’indiquer les entrées de l’autre. Quelle magie sonore pourtant ! Pas de spectacle non plus dans la péroraison finale. On s’attend à une certaine effervescence physique : rien de tout cela. Pantin presque immobile, Petrouchka impassible, Stravinski projette de son seul regard toute l’énergie désirable. Ce détachement de sphinx, alors que l’orchestre s’embrase, en devient fascinant.

Le créateur accueille les applaudissements nourris avec une satisfaction visible et une certaine humilité, félicitant les musiciens, et ne cessant de s’incliner – d’une manière toute japonaise - devant le public. Stravinski brandit deux énormes bouquets de fleurs, se dirigeant d’un pas vif vers les coulisses. Oublions la réalisation vidéo statique, l’absence dommageable de gros plans, le son perfectible – qui ne laisse pourtant rien échapper des plus fines nuances. Un document, au plein sens du terme, historique.

Valery Gergiev
Concert symphonique

London Symphony Orchestra

Valery Gergiev
Samedi 17 octobre 2015 - 20:30
Grande salle Pierre Boulez - Philharmonie