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22 décembre 1808 : un concert mémorable

À la tête de l’orchestre viennois dont il est directeur musical depuis 2014, Philippe Jordan reconstitue le célèbre concert que Beethoven organisa le 22 décembre 1808 à Vienne pour déployer toute l’ampleur de son génie.

Publié le 19 Décembre 2019
par Louise Boisselier

Portrait de Ludwig van Beethoven, vers 1819-1820, Beethoven-Haus, Bonn_Peinture de Karl Joseph Stieler (1781-1858) DeAgostini/Leemage

La décennie qui ouvre le XIXe siècle est pour Ludwig van Beethoven une période aussi chargée en compositions novatrices qu’en remises en cause personnelles. Au contexte tendu des guerres napoléoniennes s’adjoint une situation individuelle paradoxale. S’il acquiert la reconnaissance progressive du public viennois, il voit aussi son ouïe se détériorer graduellement. En 1802, il songe à mettre fin à ses jours et rédige le « Testament d’Heiligenstadt », document poignant dans lequel il reconnaît le caractère incurable de sa surdité. Dans les mois qui suivent, il surmonte cette crise et livre au monde musical des œuvres qui, même s’il les entend de moins en moins, présentent des audaces toujours nouvelles et participent à la naissance effective du romantisme. L’aspect révolutionnaire de sa production se double d’une personnalité indomptable et malgré ses demandes récurrentes, il peine à obtenir un poste officiel à Vienne. Fin 1808, il décide alors de quitter la capitale et organise un dernier spectacle pour montrer à la ville l’ampleur de ce qu’elle perd.

Le soir du 22 décembre, le public autrichien se rassemble lors d’un concert monumental où Beethoven occupe à la fois les postes de compositeur, de chef d’orchestre et de pianiste. En quelques heures sont jouées diverses reprises dont certaines n’avaient jamais été entendues à Vienne, comme les extraits de la Messe en ut. Surtout, quatre œuvres majeures sont créées publiquement : les Cinquième et Sixième Symphonies, le Quatrième Concerto pour piano, la Fantaisie pour piano, chœur et orchestre.

Les conditions d’exécution n’étaient pas tout à fait à la hauteur du programme et les témoignages rapportent que Beethoven dut interrompre et reprendre la Fantaisie pour piano, chœur et orchestre, qui souffrait d’un manque de répétitions. La froidure hivernale s’était également immiscée dans la salle et la cantatrice en tremblait en chantant l’air « Ah ! Perfido ». Malgré ces circonstances, un tel déferlement créatif ne pouvait laisser l’auditoire insensible : à la suite du concert, plusieurs mécènes assurèrent une rente à Beethoven, l’invitant ainsi à demeurer dans la capitale.

Philippe Jordan
Concert

Wiener Symphoniker / Philippe Jordan

Accentus - Nicholas Angelich - Beethoven
Samedi 18 janvier 2020 - 20:30
Grande salle Pierre Boulez - Philharmonie
Philippe Jordan
Concert

Wiener Symphoniker / Philippe Jordan

Accentus - Nicholas Angelich - Beethoven
Samedi 18 janvier 2020 - 16:30
Grande salle Pierre Boulez - Philharmonie