Notes de passage

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Musique illustrée / Archives vivantes

Berlioz, un compositeur au Musée

Compositeur, chef d’orchestre, critique musical et auteur de textes théoriques comme de nouvelles saugrenues : quel métier musical n’aura pas exercé Hector Berlioz ? Pourtant, ces activités chronophages ne semblent pas lui suffire, puisqu’au Conservatoire de Paris, il devient encore conservateur de la bibliothèque, bibliothécaire puis conservateur du Musée Instrumental...

Publié le 19 Décembre 2018
par Louise Boisselier

Berlioz par LahayeMusée de la musique

Un employé fantôme

Mais si son portrait, peint par Lahaye en 1886, épie toujours les élèves au travail dans l’actuelle bibliothèque, Berlioz fut en son temps un employé fantôme. Ses quelques passages entre les murs du Conservatoire servaient essentiellement à justifier ses appointements, comme le dénoncent d’implacables témoignages historiques : « Son passage n’a point laissé de traces, on ignorait même généralement que Berlioz fût le bibliothécaire du Conservatoire. Il a pourtant eu la bonne pensée de nous léguer ses autographes ». Une bonne pensée violemment réprimée, puisqu’en 1867, le compositeur vieux et déprimé brûle une partie des archives le concernant, photos, lettres et articles… Dès lors, on ne pouvait attendre de lui beaucoup d’implication en tant que conservateur du Musée, ce dernier n’étant alors qu’un entrepôt d’instruments hétérogènes, rarement ouvert faute de fréquentation. Presqu’aucune trace d’activité de la part de Berlioz n’apparaît dans les registres d’inventaire, à l’exception notable du don de sa guitare. Une guitare déjà grattée par Paganini (qui n’était pas seulement un démoniaque violoniste), qui y avait apposé sa signature. Berlioz y adjoint la sienne, conscient de la valeur des autographes, même sur une guitare de facture plutôt commune.

 

La folie des inventions

Du passage de Berlioz au Musée, on ne retient guère que cette donation. Son souvenir hante toutefois la collection, grâce à divers instruments acquis post-mortem : son bâton de chef d’orchestre trône ainsi auprès de la baguette de Mendelssohn, offerte à Berlioz en gage d‘amitié. Juste en face, une vitrine consacrée à la Symphonie fantastique présente des instruments dont Berlioz contribua à généraliser l’usage : le cor anglais, la harpe, ou encore l’ophicléide, qui apporte à la Symphonie fantastique un éclairage particulièrement sauvage lorsqu’elle est interprétée sur instruments d’époque.

Serpent & Ophicleide - Symphonie Fantastique V. (extract Dies Irae)

La Chambre Philharmonique - Emmanuel Krivine, direction

 

Orchestrateur innovant, Berlioz était fasciné par les inventions de son temps : « Je suis obsédé d’instruments de musique et plus encore de facteurs. C’est la France qui l’emporte, sans comparaisons possibles sur toute l’Europe. Erard, Sax et Vuillaume. Tout le reste tient plus ou moins du genre chaudron, mirliton, et pochette ». Aujourd’hui, le Musée regorge de ces folles inventions : une panoplie de vents créés par Adolphe Sax et, clou du spectacle, l’octobasse de Jean-Baptiste Vuillaume, remarquable violon de 3,48 mètres de haut.

Selon Berlioz, l’octobasse « serait d’un admirable effet dans un grand orchestre, et tous les orchestres de Festival, où le nombre des instrumentistes s’élève au-dessus de 150, devraient en avoir au moins trois ». Malheureusement, les dimensions et le poids de ce monstre ont tendance à rebuter musiciens et organisateurs de concert… À défaut, la seule œuvre orchestrale ayant déjà été interprétée avec cet instrument n’était autre que le Te Deum de Berlioz. En attendant un futur où la musique gouvernerait notre société (comme dans sa délirante « nouvelle de l’avenir » Euphonia ou la ville musicale), on peut rêver avec Berlioz, et pourquoi pas en flânant dans le Musée, de l’effet sonore d’un orchestre comprenant entre autres 120 violons, 4 octobasses, 30 harpes et autant de pianos…

Alexandre Letondeur
Concert-promenade au Musée

Berlioz le fantastique

Du dimanche 13 janvier 2019 au dimanche 13 janvier 2019
Musée de la musique - Cité de la musique
Jean-François Heisser
Concert sur instruments du Musée

Un salon fantastique

Jean-François Heisser - Marie-Joseph Jude - Berlioz, Liszt
Samedi 12 janvier 2019 - 18:00
Amphithéâtre - Cité de la musique