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Bianca Castafiore, star d’opéra chez Hergé

Publié le 11 Juin 2018

Elle exaspère Tintin et le capitaine Haddock, fait tourner la tête du professeur Tournesol… Tour à tour adorée et détestée, Bianca Castafiore n’a pas fini de nous surprendre !

La Castafiore est la caricature des grandes divas du XXe siècle. Elle chante à en faire éclater le verre, collectionne les belles toilettes, arbore quantité de bijoux, fait le bonheur des paparazzis. Avec elle, bonjour les stéréotypes !

C’est en 1938 qu’apparaît Bianca Castafiore, autrement dite « Blanche Chaste-Fleur ». On la découvre dans Le Sceptre d’Ottokar, publié une première fois sous forme de feuilleton dans Le Petit Vingtième, supplément du journal Le Vingtième Siècle. Tintin fait sa connaissance à l’arrière d’une Cadillac bleue alors qu’il tente de déjouer un complot. Les présentations à peine faites, Bianca entonne à plein poumons le fameux « Air des bijoux » du Faust de Gounod.

Les Aventures de Tintin - Le Sceptre d'Ottokar

 

Souvent accompagnée de sa camériste Irma et de son pianiste Wagner (!), Bianca se produit partout dans le monde. Mais c’est surtout à la Scala de Milan qu’elle a ses habitudes, d’où son surnom de « Rossignol milanais ».

L’Opéra et Hergé, entre rire et ennui

Au cours de ses entretiens avec le jeune Numa Sadoul, spécialiste de la bande dessinée, Hergé déclarait : « l’opéra m’ennuie, je l’avoue à ma grande honte ! Ou alors il me fait rire, ce qui est encore pire !… ». Ce manque d’intérêt serait en partie lié à un souvenir d’enfance. Sa tante « Ninie » chantait souvent pour sa famille et il semble que les oreilles du petit Georges Rémi n’aient pas été convaincues par ses prestations !

Parfois discrètes, les références à l’art lyrique sont pourtant omniprésentes dans Tintin, comme l’explique Albert Algoud, auteur de la Biographie non autorisée de la Castafiore. En plus de Gounod et de son « Air des bijoux », on croise entre autres Rossini et sa Pie voleuse dans Les Bijoux de la Castafiore, et Boieldieu et sa dans Le Crabe aux pinces d’or. Malgré ses réticences, Hergé fait donc preuve d’une bonne connaissance de l’art lyrique.

La Castafiore, miroir de la Callas ?

Bianca est-elle Maria ? « Bianca Castafiore, la diva du vingtième siècle », titre d’un ouvrage de Mireille Moons, nous éclaire sur ce point… Dans les années 1950, la Callas est au faîte de sa gloire. Tosca, Médée, Norma… Les plus grandes héroïnes n’ont plus de secrets pour elle. Sa tessiture est si vaste, sa voix si souple, son répertoire si étendu qu’on ne parle que d’elle. Elle rayonne à Milan, à Paris, à Chicago. Les journaux en font leur vedette et partout, on se presse pour entendre sa voix.

Maria Callas, "O mio babbino caro" (Puccini)

Maria Callas – Giacomo Puccini : Gianni Schicchi (« O mio babbino caro »)

 

Bianca connaît le même succès, même si son talent est loin d’être comparable ! Comme elle, elle interprète les maîtres italiens, Puccini, Verdi et Rossini. Et de même que la Diva, elle devient la proie des paparazzis. La publication de sa présumée romance avec le capitaine Haddock en une de Paris-Flash n’est pas sans évoquer celle de la Callas avec le milliardaire grec Aristote Onassis au début des années 1960 dans Paris Match.

Autre point commun, la garde-robe. La Castafiore semble avoir les mêmes goûts vestimentaires que la Callas. La robe rouge qu’elle porte dans Les Bijoux ressemble fortement à une toilette dessinée en 1957 par Biki Bouyeure, la petite-fille de Puccini.

« Ah ! Je ris de me voir si belle en ce miroir ! »

Coïncidence ? En 1963, l’année de la parution des Bijoux de la Castafiore, Maria Callas enregistre l’« Air des bijoux » à Paris aux côtés de Georges Prêtre.

Maria Callas - Air des bijoux

Maria Callas – Charles Gounod : Faust (« Ah ! Je ris de me voir si belle en ce miroir ! »)

 

Extrait du troisième acte du Faust de Gounod, cet air est irrémédiablement associé à la Castafiore, qui l’a fait passer du côté de la culture populaire. Que ce soit à l’arrière d’une Cadillac, à Moulinsart ou à la Scala, le Rossignol milanais le chante en toute occasion. Marguerite est le rôle de sa vie et la longue tenue sur un « Aaaaaah… » qui ouvre la pièce suffit à signaler sa présence.

Sans ses bijoux, elle est perdue !

Comme les grandes divas qui lui ont servi de modèle, Bianca est obsédée par les bijoux. Lourds colliers de perles, bagues à presque tous les doigts, bracelets et surtout… sa précieuse émeraude, celle qu’on lui dérobe dans Les Bijoux de la Castafiore. Tout le château est en émoi et après des pages d’enquête, on découvre que le voleur n’est autre… qu’une pie ! L’intrigue aurait été inspirée à Hergé par le vol des pierres précieuses de la « Bégum » Yvette Labrousse, épouse du sultan Aga Kahn III, en août 1949. Comme Bianca, la Bégum se serait exclamé « Ciel ! mes bijoux ! » – expression qui a bien failli devenir le titre de l’album !

Au fil des albums de Tintin, Bianca prend de l’épaisseur. Unique personnage féminin d’ampleur, elle ne cesse de montrer ses qualités. Elle n’hésite pas à risquer sa vie dans L’Affaire Tournesol, cachant Tintin et Haddock dans sa loge pour les protéger du militaire Sponsz (qui n’est d’ailleurs pas insensible à ses charmes). Fidèle, mais aussi aimante, dans Les Bijoux de la Castafiore, elle materne le capitaine qui, la jambe brisée, est contraint de se déplacer en fauteuil roulant.

tintin les bijoux de la castafiore

 

Derrière ses attitudes de diva et ses tenues extravagantes, Bianca est donc moins superficielle qu’il n’y paraît. Agaçante, envahissante, la Castafiore n’en est pas moins une précieuse alliée.

 

Charlotte Landru-Chandès

Dirk Brossé
Concert symphonique

Autour de Tintin

Orchestre Pasdeloup - Dirk Brossé - Anne Sophie Duprels
Bloc place date
Grande salle Pierre Boulez - Philharmonie
Dimanche 17 juin 2018 - 16:00
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Lescop & Bastien Vivès

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Le Studio - Philharmonie
Du vendredi 15 juin 2018 au dimanche 17 juin 2018
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Concert avec images

Art Spiegelman & Phillip Johnston

Wordless! - la bataille des mots et des images!
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Salle des concerts - Cité de la musique
Du dimanche 17 juin 2018 au dimanche 17 juin 2018