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Brève

La collaboration Steven Spielberg / John Williams en six films

Publié le 10 Novembre 2017

Des Dents de la mer à E.T., des Indiana Jones au Bon Gros Géant en passant par Tintin, on ne compte plus les succès engrangés par le duo Steven Spielberg / John Williams.

Les Dents de la mer

Dès son premier long-métrage destiné au cinéma (The Sugarland Express en 1974), le jeune Spielberg s’adresse à John Williams dont il admire la partition de The Reivers (1969) de Mark Rydell. Williams lui compose une musique intimiste, parcourue d’un authentique parfum d’Amérique rurale et modeste. L’année suivante scellera indéfectiblement l’amitié et la collaboration entre les deux artistes. Spielberg se voit confier l’adaptation du best-seller de Peter Benchley Les Dents de la mer.

John Williams se révèle l’atout majeur du « blockbuster » en gestation. Dans son domaine, la musique, il fait preuve d’un talent de conteur comparable à celui de Spielberg. Le compositeur perçoit l’extraordinaire opportunité d’« incarner » musicalement l’impitoyable menace du requin, invisible durant la première moitié du film. L’ostinato sur deux notes graves suggéré au piano par Williams comme motif principal à un Spielberg d’abord incrédule et dubitatif puis conquis devient, contre toute attente, la plus courte et identifiable signature musicale de l’histoire du cinéma. Au gré des situations du film, cette incroyable partition fait le grand écart entre une écriture moderne et brutale sous influence stravinskienne, des mouvements aux orchestrations flamboyantes échappées du postromantisme germanique, un menuet baroque au parfum ironique, ou encore une spectaculaire fugue. De Bach à Stravinski, de Copland à Lutoslawski, de Richard Strauss à Korngold, Williams met tout son acquis et son sens inné de la narration musicale au service du film qui lui rapporte un Oscar en 1976.

Indiana Jones

Février 1981, Londres, studios Abbey Road. Le miracle est encore au rendez-vous. Dès que les cuivres du London Symphony Orchestra font éclater les premières notes du thème imaginé par John Williams, le cinéma assiste à la naissance d’une nouvelle icône : Indiana Jones.

Réalisés par Steven Spielberg et produits par George Lucas, les quatre films (Les Aventuriers de l’arche perdue en 1981, Indiana Jones et le temple maudit en 1984, Indiana Jones et la dernière croisade en 1989, Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal en 2008) consacrés à l’archéologue casse-cou sont des monuments de prise en charge musicale. Chaque mesure des presque huit heures de musique qui accompagnent ces aventures respire le plaisir de l’écriture. Pas de place pour l’ennui ou la paresse, les compositions en constante mutation filent à un train d’enfer digne des plus impressionnantes montagnes russes. Repos du guerrier dans ce feu nourri d’explosions orchestrales, le thème de Marion nous offre un mouvement lent romantique dans la veine du thème de la princesse Leia. Mais là où, pour l’icône de La Guerre des étoiles, la musique revêtait un caractère germanique quasi wagnérien, John Williams pare Marion d’atours plus sensuels dans une tradition harmonique, un développement et une orchestration ouvertement hollywoodiens.

Le rythme du film étant l’une des priorités de Williams, il adopte parfois des tempos d’une extrême vélocité. Les multiples thèmes, d’une clarté et d’une fulgurance imparables, évoluent frontalement ou en contrepoint, se croisent et se répondent avec une fluidité déconcertante. Les orchestrations impressionnistes et richement colorées évoquent Claude Debussy, Maurice Ravel, Ottorino Respighi, Sergueï Prokofiev ou Nikolaï Rimski-Korsakov. L’immédiate accessibilité de la musique de Williams masque une minutie et une complexité d’écriture hors du commun, toujours au service de l’image et des points de synchronisme requis par l’action. Cette œuvre symphonique titanesque est en tout point comparable à la saga Star Wars.

E.T.

En 1982, E.T. débarque sur Terre et c’est la communauté humaine tout entière qui l’adopte sans réserve.

À des années-lumière des courses-poursuites d’Indy, Spielberg souhaite revenir à un cinéma plus intimiste, à échelle d’homme – d’enfant dans le cas présent. Cependant, il ne se détourne pas d’un genre qu’il affectionne plus que tout autre : la science-fiction. E.T., extra-terrestre abandonné dans leur fuite par ses congénères apeurés, se lie d’amitié avec Elliott, jeune garçon inhibé et solitaire qui l’héberge et le protège. Pour ce pamphlet résolument humaniste, John Williams écrit une partition pudique, chargée d’empathie, presque maternelle. Elle couve et protège les deux improbables amis, les rapproche délicatement par touches successives de cordes frémissantes, harpe et célesta, les menant crescendo vers des sommets d’exultation orchestrale, jusqu’à l’apothéose dans les nuages. La partition d’E.T. s’inscrit dans la grande tradition des compositeurs de l’âge d’or d’Hollywood (des années 40 jusqu’au tout début des années 60), tels Franz Waxman ou Hugo Friedhofer, dont John Williams est le légitime héritier. Son caractère immanquablement américain puise aussi ses racines chez certains de ses compatriotes symphonistes, comme Howard Hanson ou Alan Hovhaness. Cinq ans après Star Wars (1977), John Williams remporte un quatrième Oscar pour E.T.

Jurassic Park

1993 marque une étape décisive pour le cinéma : Jurassic Park et ses dinosaures débarquent sur les écrans du monde entier et ouvrent la voie aux effets spéciaux numériques.

Féru d’innovations techniques, Steven Spielberg voit une opportunité extraordinaire d’exploiter ces nouveaux outils à la lecture du roman homonyme de Michael Crichton, énorme succès en librairie à sa sortie en 1990. Le flair de Spielberg, associé au savoir-faire de John Williams, fait toujours recette au box-office. Pour l’occasion, Williams compose un thème principal d’une grande noblesse, aux accents britanniques de prime abord inattendus. On peut imaginer qu’il a été inspiré par le personnage de John Hammond, campé avec malice par Richard Attenborough, vieil Anglais fortuné et excentrique dont le « Jurassic Park » concrétise le projet d’une vie entière.

Les Aventures de Tintin

En 2011 sort Tintin, un film que Spielberg désirait réaliser avant même le premier Indiana Jones (qui pourrait bien être l’oncle d’Amérique du jeune reporter belge…), intégralement réalisé en animation 3D.

Dégagé des entraves inhérentes aux limites des prises de vue en conditions réelles, Spielberg s’en donne à cœur joie dans la création de plans improbables qui défient l’entendement – chacun d’eux révélant une passion et une maîtrise de la grammaire cinématographique uniques. Jamais en reste, John Williams se joint avec enthousiasme à son cinéaste de prédilection et lui offre l’équivalent musical de son foisonnement visuel. Point culminant de la partition, le duel opposant l’ancêtre du capitaine Haddock à l’impitoyable Rackham le Rouge relève, une fois de plus, de la prouesse. Sur un impressionnant tempo prestissimo de 194 BPM, ce morceau de bravoure orchestral enchaîne les rythmes complexes à une cadence infernale, digne d’un Rossini des temps modernes.

Le Bon Gros Géant

L’écrivain et scénariste britannique Roald Dahl (Charlie et la chocolaterie, Matilda) manquant à son palmarès, Spielberg jette son dévolu sur Le Bon Gros Géant (2016).

Comme le livre, le film s’adresse à un jeune public friand de mondes merveilleux et de situations grotesques. À grand renfort d’images de synthèse, le cinéaste parvient à recréer l’univers incongru de l’auteur. Quel pupitre de l’orchestre va-t-il donc pouvoir titiller sur ce projet ? Il se décide pour les bois, flûtes et piccolos en particulier. Confirmant une démarche amorcée dans Star Wars, l’éveil de la force, Williams dresse sa carte du Tendre, saupoudrant de-ci, de-là, de furtifs clins d’œil à son œuvre passée ; ici les cinq notes fondamentales du motif de Furie (1978) de Brian De Palma, telle une subtile incitation à redécouvrir son immense répertoire qu’il adresserait à ses admirateurs. Comme pour un bon livre ou un bon film, il est toujours salutaire d’y retourner…

 

Édouard Dubois

LSO / Rattle
Salle de conférence - Philharmonie
Dimanche 10 décembre 2017 - 15:15
Hommage à Steven Spielberg
Concert avec images

Hommage à Steven Spielberg

London Symphony Orchestra - Frank Strobel
Grande salle Pierre Boulez - Philharmonie
Dimanche 10 décembre 2017 - 16:30
Musique et cinéma
Concert performance

Musiques de film revisitées

Amateurs des ateliers de la Philharmonie de Paris
Le Studio - Philharmonie
Dimanche 10 décembre 2017 - 15:00
Dimanche En Orchestre
Ensemble à la Philharmonie

Un dimanche en orchestre

John Williams
Espaces éducatifs - Philharmonie
Dimanche 10 décembre 2017 - 14:00
Visite-atelier
Visite-atelier du Musée

Les musiques de film

Musée de la musique - Cité de la musique
Samedi 9 décembre 2017 - 14:30