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Restauration d’une curiosité : le violoncelle Zach

Publié le 22 Juin 2018

Témoignage d’une époque riche d’expérimentations instrumentales, le violoncelle de Thomas Zach, récemment restauré, peut à nouveau être entendu au Musée de la musique.

Le violoncelle Zach de 1872, Musée de la musique, inv. E.667JP. Échard
Le violoncelle Zach de 1872, Musée de la musique, inv. E.667

En 1876, Grégoire Stourdza, prince austro-hongrois, fit don d’un groupe d’instruments au musée instrumental du Conservatoire de Paris. Parmi ceux-ci, un curieux ensemble de sept instruments de formes insolites et extravagantes, réalisé par Thomas Zach, luthier renommé d’origine tchèque. Le seul violoncelle de cet ensemble exceptionnel, nommé « Violino Harpa – forma magna », Vienne, 1872, présente une caisse de résonance à quatre protubérances permettant d’augmenter son volume et « gommant » les coins traditionnellement présents sur les violoncelles.

Étiquette située dans la caisse du violonMusée de la musique
Étiquette située dans la caisse du violon

Comme en témoigne un article de presse de l’époque, ce violoncelle a été présenté et joué lors de l’Exposition universelle de Vienne en 1873 : « Dans la salle Bösendorfer a eu lieu le 22 juillet une fête musicale avec le concours de M. M. J. Hellmesberger, son fils Kral, Popper et le pianiste‑compositeur parisien Henry Ketten. Le but de ce concert était l’audition d’instruments à cordes d’un nouveau système, inventé par le prince Grégoire Stourdza, et dont le son se rapproche beaucoup de la voix humaine, au moyen de l’emploi d’une forme elliptique pour les tables de résonance. » (Exposition universelle de Vienne illustrée). Les critiques dans la presse de l’époque furent, pour le moins, peu élogieuses.

Depuis son entrée dans la collection du Musée, cet instrument n’avait fait l’objet d’aucune étude et d’aucune intervention de restauration. L’équipe de conservation recherche du Musée a dernièrement souhaité faire revivre ce violoncelle singulier, ce qui était possible vu son bon état de conservation.

Une restauration minutieuse des surfaces vernies

Le violoncelle a d'abord été confié à Dalila Druesnes, élève restauratrice en spécialité Peinture à l’Institut national du patrimoine, dans le cadre de son Master de restaurateur du patrimoine.

L’instrument semblait n’avoir fait l’objet d’aucune intervention depuis plus d’un siècle. Un premier bilan a permis de constater que le violoncelle était localement encrassé et que son vernis présentait quelques lacunes, notamment au sommet de la voûte du dos et en bas des éclisses. Des analyses microscopiques ainsi que le passage de l’instrument à la lumière UV et aux rayons X ont précisé les champs d’intervention de la restauration en identifiant les composants du bois, du vernis et des pigments utilisés par Thomas Zach. Une intervention de décrassage et de nettoyage des taches incrustées dans le vernis a été réalisée dans le respect du vieillissement naturel des matériaux et de leurs caractéristiques propres. Quant aux lacunes, elles ont bénéficié d’une réintégration de vernis.

La renaissance musicale du violoncelle Zach

Certaines pièces du montage1 original étaient devenues trop fragiles (l’attache-cordier) ou auraient nécessité des adaptations trop invasives (chevalet, âme, bouton). Ces pièces ont été conservées en tant que témoins historiques, et remplacées sur l’instrument par des pièces neuves, dans des modèles historiquement compatibles. Cette reconstitution du montage a été réalisée par le luthier Jean-Louis Prochasson au laboratoire du Musée de la musique. L’instrument a ainsi pu être remis en tension.

Le Musée de la musique a sollicité le violoncelliste Raphaël Pidoux pour jouer l’instrument restauré. Il se trouve que son professeur János Starker avait été l’élève d’Adolf Schiffer, lui-même élève de David Popper, le violoncelliste qui avait joué l’instrument lors de l’Exposition de Vienne, 144 ans plus tôt. Raphaël Pidoux a choisi d’interpréter sur ce violoncelle une pièce composée par David Popper, Humoreske op. 11 n° 2, dédiée à Karl Davidoff – l’autre grand violoncelliste de cette époque – et publiée en 1874, soit contemporaine du violoncelle de Thomas Zach.

Violoncelle Thomas Zach joué par Raphaël Pidoux - Humoreske, D. Popper - Musée de la musique

1Ensemble des éléments amovibles qui sont amenés à être réglés pour le jeu musical : chevalet, cordier, bouton et pique, chevilles, âme et cordes.

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