Notes de passage

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Brève

Solos d’oiseaux

Publié le 9 Mars 2018

Le Catalogue d’oiseaux d’Olivier Messiaen est un recueil composé à partir de chants d’oiseaux, que le compositeur notait méthodiquement. Dédié « à ses modèles ailés » et à la pianiste Yvonne Loriod, son épouse, il porte le sous-titre suivant : « Chants d’oiseaux des provinces de France. Chaque soliste est présenté dans son habitat, entouré de son paysage et des chants des autres oiseaux qui affectionnent la même région. » Promenade champêtre en compagnie du compositeur et de certaines des créatures à plumes qui l’ont inspiré.

Le loriot

Fin juin. Branderaie de Gardépée (Charente), vers 5 heures 30 du matin – Orgeval, vers 6 heures – les Maremberts (Loir-et-Cher), dans le plein soleil de midi. Le Loriot, le bel oiseau jaune d’or aux ailes noires, siffle dans les chênes. Son chant, coulé, doré, comme un rire de prince étranger, évoque l’Afrique et l’Asie, ou quelque planète inconnue, remplie de lumière et d’arcs-en-ciel, remplie de sourires à la Léonard de Vinci.1

 

 

La chouette hulotte

Plumage tacheté de brun et de roux, énormes disques faciaux, regard solennel, empreint de mystère, de sagesse et de surnaturel. Plus encore que son aspect, la voix de cet oiseau nocturne provoque la terreur. (…) Voici l’appel de la Hulotte : tantôt lugubre et douloureux, tantôt vague et inquiétant (avec un tremblement étrange), tantôt vociféré dans l’épouvante comme un cri d’enfant assassiné !

 

 

 

 

La rousserolle effarvate

3 heures du matin : la rousserolle effarvatte, cachée dans les roseaux, fait entendre un long solo de timbre gratté, évoquant à la fois le xylophone, le bouchon qui grince, les pizzi des cordes et le glissando de la harpe, avec quelque chose de sauvage et d’obstiné dans le rythme qui n’existe que chez les oiseaux de roseaux.

 

 

 

 

Le courlis cendré

À la pointe de Pern, on peut voir un grand oiseau, au plumage rayé, tacheté de roux jaunâtre, de gris et de brun, haut sur pattes, pourvu d’un très long bec recourbé en forme de faucille ou de yatagan : le courlis cendré ! Voici son solo : trémolos lents et tristes, montées chromatiques, trilles sauvages, et un appel en glissando tragiquement répété qui exprime toute la désolation des paysages marins.

 

 

 

 

1Les textes sont extraits de la première édition de la partition (Paris, Alphonse Leduc, 1958).