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Autres regards / Pop culture

D’INTERPRÈTE À AUTEURE-COMPOSITRICE

Publié le 20 Octobre 2017

Dans le paysage de la chanson française du XXe siècle, Barbara est la seule artiste à être passée du rôle d’interprète d’autres auteurs ou compositeurs à celui d’auteure-compositrice-interprète.

par Michel Tolila

 

Avant Barbara, il y avait principalement des interprètes (Piaf, Damia, Montand, Gréco, Sauvage). Jusqu’à leur disparition, ou jusqu’à aujourd’hui, ceux-ci sont restés exclusivement interprètes, sauf pour quelques titres écrits par Édith Piaf, ou quelques chansons peu connues de Juliette Gréco. Avec Barbara arrivent les grands auteurs-compositeurs : Brel, Brassens, Ferré, Sylvestre et, plus tard, Souchon, Jonasz, Le Forestier, Sanson, qui interpréteront tous leurs propres œuvres, pour l’essentiel.

Telle une déesse tutélaire de la chanson, Barbara jette un pont entre les uns et les autres. Et pour bien montrer que le talent de l’auteur et du compositeur comptait moins que la qualité de l’œuvre, elle a commencé en interprétant « Chapeau bas », un des tout premiers titres qu’elle ait écrit et composé, sans dire qu’elle en était l’auteure.

Seule à être passée de la rive « interprète » à la rive « auteur », Barbara a d’abord donc distillé un ou deux de ses titres dans son tour de chant, mais elle a tenu ensuite, à l‘inverse, pendant ses trente années de « femme qui chante », à intégrer des reprises dans ses récitals. Elle aimait dire que Barbara chanteuse était née sur la scène de l’Écluse, et elle a sans doute tenu à rendre hommage à cette époque de vaches maigres en reprenant souvent des titres qui dataient dans beaucoup de cas de l’avant-guerre.

Dès 1969, lors de son premier passage à l’Olympia, elle reprend plusieurs titres, dont les drôlissimes « Elle vendait des p’tits gâteaux » de Vincent Scotto et « Les amis de Monsieur » de Fragson, « La vie d’artiste » de Francis Claude et Léo Ferré, « La chanson de Margaret » de Pierre Mac Orlan, « Sur la place » de Jacques Brel, « La complainte des filles de joie » de Brassens et « Mon grand frisé » de Lemonnier et Daniderff.

Son goût pour les chansons des autres ne se démentira jamais. Elle aimera chanter à la radio, dans un duo factice (les programmateurs avaient mixé les deux versions), « Nous ne sommes pas des anges », écrit par Serge Gainsbourg pour France Gall, ou « Ce n’est rien » d’Étienne Roda-Gil et Julien Clerc. En décembre 1969, elle interprétera une vingtaine de reprises (Aznavour, Ferré, Gainsbourg, Brassens, etc.) sur Europe n°1, dans deux émissions spéciales le dimanche matin. Barbara était suffisamment attachée aux chansons de ces deux émissions pour menacer, après avoir décidé de réaliser sa première discographie intégrale chez Philips en 1992, de ne pas mener le projet à bout si ces titres n’y figuraient pas. C’est grâce à un admirateur qui avait conservé les bandes enregistrées à partir de sa radio que Philips put les ajouter à l’intégrale, car Europe n° 1 ne retrouvait la trace que d’une seule des deux émissions. La toujours généreuse Barbara n’oublia pas de remercier cet amateur dans le livret de l’intégrale.

Et jusqu’à ses derniers passages sur scène, Barbara continuera à chanter les autres, Brel et Brassens bien sûr, mais aussi « La plus bath des javas » (de Georgius et Tremolo), et « Lily » de Pierre Perret (qu’elle présentait rituellement comme une « magnifique chanson »).

 

Devenue auteure, mais n’oubliant jamais qu’elle avait commencé comme interprète, Barbara rendit hommage à ces auteurs du début du XXe siècle dans sa chanson « Fragson », créée en 1975. Ce titre est en quelque sorte la synthèse des deux Barbara, l’interprète et l’auteure. En cette année 2017 où les hommages rendus à Barbara se multiplient sous toutes les formes, souvenons-nous que si elle était l’auteure de ses plus grands succès, elle n’a jamais oublié ceux qu’elle avait chantés à ses débuts…

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