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Au jour le jour / Impressions

La danse virevoltante de Saburo Teshigawara

Le duo Saburo Teshigawara - Rihoko Sato ponctue idéalement cette nouvelle saison. Sa conception aérienne de la danse rencontre tout d’abord l’univers magico-romantique de Berlioz. Avant une exploration, des plus inspirées, du Pierrot lunaire de Schönberg.

Publié le 24 Juillet 2019
par Thomas Hahn

J.S.BACH - Raphaël Pichon & Pygmalion - Saburo Teshigawara & Rihoko Sato // Danse

Bach en 7 Paroles

 

Avec Saburo Teshigawara, la rencontre entre Occident et Extrême-Orient atteint une vraie fusion. Le maître japonais de la danse contemporaine et sa fidèle partenaire Rihoko Sato forment un duo à la fluidité inimitable et à la présence quasi diaphane. Quand ils laissent flotter leurs bras, jambes, bustes et têtes en une apparente liberté, ils ne défient pas seulement la gravité, mais aussi notre perception de la solidité charnelle. Leur style, très contemporain et pourtant intemporel – car intimement lié aux éléments naturels – est devenu un symbole du Japon éternel. Ajoutons que Teshigawara, aujourd’hui arrivé au beau milieu de la soixantaine, semble échapper aux lois du temps. Chaque fois qu’il crée une pièce avec la nouvelle génération de danseurs, formés par lui-même et Rihoko Sato, une chose saute aux yeux : les deux maîtres se révèlent être plus souples, plus agiles et plus énergétiques que leurs héritiers. En même temps, leur art ne cesse d’évoluer et de s’enrichir. Aussi les deux programmes proposés au cours de cette nouvelle saison s’inscrivent dans un processus d’ouverture et de maturation.

 

Saburo Teshigawara and Tatjana Vassiljeva special project

Saburo Teshigawara et Tatjana Vassiljeva

Depuis quelque temps, la danse virevoltante de Teshigawara traverse la musique occidentale dite « sérieuse » comme elle traverse l’air, s’adaptant à toutes les ambiances. En dialogue intime avec les musiciens jouant sur le plateau, Saburo Teshigawara a orchestré, d’année en année, un crescendo régulier qui couvre aujourd’hui une décennie de créations. Pendant longtemps, le maître de l’impesanteur dansée avait surtout collaboré avec des compositeurs de musique électronique, avant de se tourner vers les instruments d’orchestre, le chant choral et les œuvres symphoniques. Ce fut le cas à partir de 2009, avec la violoncelliste Tatiana Vassiljeva, le pianiste Francesco Tristano (2010 et 2012), la sopraniste Marianne Pousseur (2011) et ensuite avec le chœur Vox Clamantis (2012/13). En 2017 il créait la pièce Flexible Silence avec l’Ensemble intercontemporain.

 

FLEXIBLE SILENCE - Saburo Teshigawara - Ensemble intercontemporain

Flexible Silence

Si le concert chorégraphique n’est qu’un volet de leur création – l’autre étant réservé à des pièces de groupe ou des propositions plus narratives – , la présence des musiciens offre une liberté qui leur permet d’aller au plus profond de leur univers spirituel et chorégraphique, où la légèreté et la transparence des corps flottant comme au gré du vent révèlent l’essence même de leur danse ; celle-ci s’accorde ici une belle liberté d’improvisation, pour entrer pleinement en phase avec l’instant musical, l’espace et la présence des musiciens. Le programme du 4 octobre s’articule autour de la Symphonie fantastique d’Hector Berlioz, déjà à l’affiche de la Biennale de la Danse de Lyon, en septembre 2018, à l’occasion de la première collaboration entre Teshigawara et l’Orchestre National de Lyon. Le chorégraphe déclarait alors : « Cette symphonie est inspirée de Bach et représente l’avant-garde musicale de son époque. Elle me procure des sensations très rock. À vingt ans, je voulais déjà danser sur cette musique, mais je n’en avais pas encore les moyens artistiques. » L’ensemble de cette soirée s’annonce donc très imagée, grâce aux ambiances variées de Berlioz, mais aussi par l’évocation des contes de Charles Perrault dans Ma Mère l’Oye de Maurice Ravel et avec la pièce contemporaine du compositeur chinois Qigang Chen qui s’inspire de la tradition musicale de l’Opéra de Pékin.

Qigang CHEN's Symphony variation "Luan Tan" (2010-2015)

Qigang Chen : Luan Tan

 

Le second programme des 13 et 14 mai permet à Sato et Teshigawara de retrouver l’Ensemble intercontemporain, autour de la Suite lyrique d’Alban Berg et de Pierrot lunaire d’Arnold Schönberg. Ce dialogue entre la danse et deux œuvres créées il y a un siècle est ici présenté sous le titre générique de Lost in Dance. Il est vrai qu’on ne saurait mieux résumer la philosophie et l’art de Saburo Teshigawara, qui fait appel à la capacité de se perdre dans la danse, en s’abandonnant à la musique jusqu’à ce que le corps même devienne une symphonie de mouvements et d’instants. Le plus grand chorégraphe contemporain nippon défie ainsi la loi selon laquelle un mouvement dansé ne peut être suspendu dans le temps, contrairement à une note jouée sur un instrument, capable de résonner dans un espace acoustique et le faire vibrer longtemps. Sur scène, les corps presque immatériels des danseurs deviennent ainsi le prolongement des sons, creusant les espaces entre les notes et les mots du parlé-chanté. De Schönberg à Berg, la soirée dessine l’évolution vers le dodécaphonisme, technique de composition qui n’est pas sans jeter un pont vers la musique japonaise, tout en lançant ici un nouveau défi musical à l’art de Teshigawara et Sato.

Saburo Teshigawara et Rihoko Sato
Conférence

Saburo Teshigawara et Rihoko Sato

Le corps musique
Mardi 1 octobre 2019 - 19:00
Salle de conférence - Philharmonie
Saburo Teshigawara et Rihoko Sato
Concert

Teshigawara / Sato - Symphonie Fantastique

Orchestre National de Lyon - Xian Zhang - Ravel, Chen, Berlioz
Vendredi 4 octobre 2019 - 20:30
Grande salle Pierre Boulez - Philharmonie
Saburo Teshigawara
Concert

Saburo Teshigawara

Lost in Dance / Pierrot lunaire - Solistes de l’Ensemble intercontemporain - Salomé Haller - Rihoko Sato - Berg, Schönberg
Du mercredi 13 mai 2020 au jeudi 14 mai 2020
Salle des concerts - Cité de la musique