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La dub plate, arme sonore des sound systems

Discothèques ambulantes à ciel ouvert, les sound systems font battre le pouls de la musique jamaïcaine. Et au cœur des sound systems, les dub plates  sont des morceaux uniques qui font et défont les empires musicaux. 

Publié le 28 Avril 2017
par Thibault Ehrengardt

Garnet Silk Dubplate - Evacuate - Killamanjaro

 

Kingston, studio Exodus. À l’intérieur, une petite pièce sans fenêtre, ni instruments ; juste une cabine de prise de voix. Nous sommes dans un studio de dub plates. Dès qu’une star arrive, l’ambiance devient explosive. On s’y entasse dans le bruit et la fureur. Au micro, l’artiste enchaîne les titres avec une dextérité et une créativité vertigineuses. Enregistrées en une seule prise sur des faces B de 45 tours à la gloire de commanditaires, les dub plates représentent une école artistique sans pitié. Vous n’avez droit qu’à une ou deux prises ; si vous vous plantez, vous êtes écarté sans ménagement. Pas de temps à perdre. Au-delà de l’art, on fait du business.

Les dub plates représentent une part significative de l’économie underground de la musique jamaïcaine. Nées d’une soif d’originalité, elles sont, jusqu’à la fin des années 70, de simples pre-releases réservées à quelques sounds. Certains de ces titres deviennent si populaires qu’ils donnent leur nom à des soirées. D’autres font la réputation d’un sound ou terrassent son ennemi lors d’un clash (ou duel de sounds). « Je me souviens de Pappa Roots contre Tippatone, sourit le deejay Ranking Trevor. On a sorti « None A Jah Jah Children No Cry » de Ras Michael ce soir-là ! Et on a tué Tippatone en la passant cinq fois de suite (rires) ! » Gravées sur acétate, ces premières dub plates s’inscrivent dans une éphémérité programmée ; très peu nous sont parvenues. Mais au tournant des années 80, elles changent de nature. Et n’en deviennent que plus « dangereuses ».

Désormais, une dub plate loue son commanditaire nommément. Le tube « I Love Marjorie », si commandé par le sound Whip Dem, devient « I Love... Whip Dem » ! On flatte sans vergogne le commanditaire, qui en veut pour son argent : il est le plus beau, le plus fort. Ses ennemis ? Des « gamins » (sound bwoys), envoyés à la fosse commune en l’espace d’un refrain. L’artiste a soin de créer une complicité avec le commanditaire ; parfois artificielle, parfois criante de sincérité comme sur les dub plates enregistrées par Garnet Silk pour son sound fétiche, Killamanjaro—on parle alors de specials. S’il s’est formé un tissu économique autour de ces titres (intermédiaires, artistes débutants, etc.), le phénomène ne se résume pas à une question d’argent. Les dub plates sont de petits bijoux de créativité, de spontanéité, les véhicules de la vivacité de la scène artistique jamaïcaine ; et l’occasion de tisser un réseau social autour de la musique. De plus, pour ce qui est des rythmiques et des combinaisons, les possibilités s’avèrent infinies. 

 

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