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Le patrimoine musical du Cambodge

Royaume niché au cœur de l’Asie du Sud-Est, le Cambodge détient un patrimoine musical à travers lequel s’affirme sa singularité autant que son ancrage dans l’espace culturel régional.

Publié le 11 Mai 2018
par Stéphanie Khoury

Ballet royal du CambodgeThomy Keat

 

La vitalité des musiques traditionnelles khmères atteste tant de leur résilience aux tumultes des décennies de conflits qui ont marqué la seconde moitié du xxe siècle que de leur pertinence au sein de la société cambodgienne actuelle. Tout visiteur déambulant le long des galeries de l’ancienne cité d’Angkor se retrouve rapidement confronté au passé musical khmer. En effet, bas-reliefs ornant parois et linteaux de temples anciens, inscriptions gravées dans la pierre, et plus récemment peintures murales, sont autant de témoins de la présence de la musique et de la danse au sein des cours royales khmères, du VIIe siècle à nos jours.

Outil de légitimation historique du pouvoir royal et support privilégié de ses expressions religieuses, la musique de cour est aujourd’hui incarnée par l’orchestre de pinpeat. Cet ensemble instrumental produit une architecture sonore complexe au sein de laquelle se combinent les timbres contrastés de métaux, bois et peaux. Les mélodies de carillons de gongs circulaires (kong), de xylophones à lames de bois et à lames de métal (roneat), ainsi que d’un ou plusieurs hautbois (srolay) s’entrelacent et se chevauchent au sein de cycles rythmiques que les tambours frappés à la main (skor sampho) ou à la mailloche (skor thom) réitèrent et varient à l’envi, soutenus par la pulsation régulière de cymbalettes métalliques (chhing). Le pinpeat est particulièrement connu pour son rôle essentiel dans les mises en scène de théâtres donnant à voir le Reamker, version cambodgienne du Ramayana indien ainsi que des romans épiques de la littérature classique khmère (XVIe-XVIIe siècles).

Le Ballet Royal du Cambodge est aujourd’hui encore le plus illustre représentant de ces arts et, jusqu’au milieu du XXe siècle, le roi effectuait régulièrement ses déplacements officiels accompagné d’une partie de ses danseuses et de ses musiciens. Si ces arts de la scène furent autrefois l’apanage de la cour et de hauts dignitaires, tout à chacun peut aujourd’hui assister à leur représentation, au théâtre ou à la télévision. Au-delà de l’environnement royal, le pinpeat en lui-même est intimement liée au culte des esprits protecteurs du sol khmer et au bouddhisme Theravada, dont il ponctue les célébrations. En ville comme à la campagne, nombre de monastères possèdent les instruments du pinpeat et font appel à des musiciens locaux, parfois formés au monastère même, afin d’établir un espace sonore en accord avec la conduite des rites religieux.

 

Pin peat ensemble - Khmer - Cambodia

 

Les grandes fêtes calendaires bouddhiques sont autant d’occasions pour les membres d’une communauté de se retrouver au monastère où ils sont affiliés et de collecter des mérites pour soi ou ses aïeuls. Cependant, ce sont aussi des moments de fête très attendus où musiques modernes et traditionnelles se mélangent et résonnent jusque tard dans la nuit. Les cérémonies privées donnent également lieux à d’importantes célébrations où se retrouvent familles, amis et voisins. À l’instar des fêtes de monastères, ces événements alternent aisément l’exécution des rites de circonstances, pour lesquels le jeu des musiques traditionnelles correspondantes est requis, et moments où les convives se retrouvent pour partager un repas, danser et chanter.

Les mariages en sont un exemple très courant et occupent une place particulièrement importante au sein des sphères familiales et sociales des communautés cambodgiennes. L’union célébrée s’agence selon un protocole cérémoniel complexe et se caractérise par le jeu de l’orchestre de phleng kar (également appelé phleng khmer, « musique khmère »). Contrastant avec la puissance sonore des instruments percussifs du pinpeat, l’orchestre de mariage se distingue par la prédominance des instruments à cordes, des vièles bicordes (tro), à la cithare sur table aux cordes frappées par de fines baguettes (khim) et la cithare à cordes pincées (takhe), soutenues par un tambour (skor dey) et des cymbalettes (chhing). L’ensemble accompagne des chants traditionnels.

khmer wedding song1

 

Des variantes régionales, et notamment autour de Siem Reap, berceau de la civilisation angkorienne, incluent les anciens instruments que sont le monocorde ksae diev et le lute chapey. Ce dernier est particulièrement populaire lorsque joué par paires dans le cadre de joutes poétiques à l’humour souvent savoureux. Ces instruments à cordes appartiennent aux musiques populaires et leur jeu soliste s’accompagne généralement de chansons traditionnelles.

Khmer Chapey - Golden Voice Of Lork Ta "Kong Naiy" 1/4

 

Aujourd’hui, alors que les artistes de pop, rock, hip-hop et punk cambodgiens instaurent une scène musicale contemporaine, les musiques traditionnelles jouissent toujours d’une grande popularité et demeurent une composante essentielle de l’identité culturelle khmère, au Cambodge aussi bien que dans les communautés de la diaspora.

 

Bangsokol de Rithy Panh
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