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Perspectives / Perspectives

Les vies multiples de Christoph Eschenbach

En deux concerts partagés avec Gil Shaham et Lang Lang, l’ancien directeur musical de l’Orchestre de Paris vient fêter ses 80 ans.

Publié le 8 Janvier 2020
par Bertrand Boissard

Christoph Eschenbach : Mahler, Symphonie n° 1 (Orchestre de Paris)

 

Après une très belle carrière de pianiste — soliste d'Herbert von Karajan, partenaire de Dietrich Fischer-Dieskau —, celui qui se définit avant tout comme « musicien » a trouvé sa place parmi les chefs d’orchestre les plus renommés. Né le 20 février 1940 à Breslau (aujourdhui en Pologne), Christoph Eschenbach a connu une enfance tragique. Il perd très tôt sa mère, pianiste, puis son père, musicologue et chef de chœur, antinazi notoire. À 5 ans, orphelin, il se retrouve dans un camp de réfugiés avec sa grand-mère, qui meurt à son tour. Une parente, pianiste et chanteuse, le recueille. Pendant une année, traumatisé par ce qu’il a vécu, il se réfugie dans le silence. La musique qu’elle lui joue, tout particulièrement Bach, le ramène finalement à la vie. Bientôt, il découvre les Lieder de Schubert, mais aussi Schumann et Chopin. À 11 ans, il assiste à un concert de Furtwängler — un « magicien » — qui dirige les Berliner Philharmoniker dans les Quatrième et Cinquième Symphonies de Beethoven. Souvenir fondateur : il sera chef. Pour se rapprocher de l’orchestre, il se met au violon, qu’il étudie au conservatoire de Hambourg avec une élève de Carl Flesch. Bientôt, son niveau est suffisant pour travailler les grands concertos du répertoire — Beethoven, Brahms, Mendelssohn, Bruch… Il joue aussi de l’alto au sein d’un quatuor formé pour l’occasion. Il continue parallèlement à approfondir le répertoire pianistique (de Bach à Bartók) avec la Roumaine Eliza Hansen et s’attache particulièrement à retrouver au clavier les couleurs de l’orchestre.

Christoph Eschenbach : Schubert, Sonate pour piano n° 20 en la majeur, D 959

 

En 1965, Christoph Eschenbach remporte le concours Clara Haskil, une artiste qui l’a beaucoup marqué par son interprétation du Concerto en ré mineur de Mozart. Cette victoire lance sa carrière : cette même année, il enregistre le Premier Concerto de Beethoven avec Karajan, œuvre qu’il retrouvera plus tard au disque, cette fois-ci à la baguette, avec Sviatoslav Richter en soliste. Pour Deutsche Grammophon, il enregistre des albums dédiés à Mozart, Schubert… Il crée en 1968 le Deuxième Concerto de Hans Werner Henze, Aribert Reimann lui dédie ses Variations pour piano : la musique contemporaine tient une place importante dans son répertoire et, plus tard, il donne la première audition d’œuvres orchestrales de Boris Blacher, Werner Egk, Rolf Liebermann, Wolfgang Rihm… En 1969, George Szell, qui l’avait entendu au festival de Salzbourg dans le Concerto pour trois pianos de Bach (avec Karajan et Jörg Demus au clavier), l’invite à faire ses débuts américains en tant que pianiste avec l’Orchestre de Cleveland. Karajan, maître coloriste et Szell, analyste rigoureux, seront ses deux mentors. Après la mort du chef d’origine hongroise en 1970, il joue à Cleveland le Concerto « Du Couronnement » de Mozart avec l’admiré Pierre Boulez, devenu conseiller musical de l’orchestre.

Christoph Eschenbach : Anton Bruckner, Symphonie n° 7 (SWR Symphonieorchester)

 

Eschenbach fait ses débuts officiels en tant que chef d’orchestre en 1972 à Hambourg, dans la Troisième Symphonie de Bruckner, un compositeur qui l’attire depuis qu’il a entendu à 12 ans à la radio la Septième Symphonie. Il dirige son premier opéra (La Traviata) en 1978. Après l’Orchestre de Ludwigshafen (1979-1981) et la Tonhalle de Zurich (1982-1985), il devient directeur musical de l’orchestre de Houston en 1988. En 2000, il prend les rênes de l’Orchestre de Paris. Durant dix ans, il approfondit le répertoire germanique et la musique de son temps. Mais cet amoureux de la culture française — il doit sa victoire au concours Clara Haskil notamment à son interprétation de Debussy et cite volontiers Montaigne parmi ses auteurs favoris — dirige aussi beaucoup Berlioz. En 2003, il succède à Wolfgang Sawallisch à la tête du Philadelphia Orchestra. Chambriste émérite, partenaire des plus grandes voix, en particulier Dietrich Fischer-Dieskau, à qui il a offert un écrin d’une rare subtilité, mais aussi Peter Schreier ou Matthias Goerne, il a tenté de retrouver cette intimité et ce sens de la respiration sur le podium.

Christoph Eschenbach/Dietrich Fischer-Dieskau : Schumann, Dichterliebe, op. 48

 

Les 5 et 6 février, la Philharmonie de Paris célèbre son 80e anniversaire dans un programme comprenant la Symphonie fantastique de Berlioz et le Concerto pour violon de Mendelssohn avec Gil Shaham en soliste. Il revient le 24 février avec son ancien protégé Lang Lang (dont c’est le grand retour à Paris) dans le Deuxième Concerto et la Septième Symphonie de Beethoven. Homme tout autant loué pour sa culture encyclopédique que pour ses qualités humaines, Christoph Eschenbach s’impose comme l’un des musiciens les plus complets de notre temps.

Christoph Eschenbach
Rencontre

Rencontre avec Christoph Eschenbach

et des musiciens de l'Orchestre de Paris
Jeudi 6 février 2020 - 19:00
Salle de conférence - Philharmonie
Lang Lang
Concert

Christoph Eschenbach / Lang Lang

Orchestre de Paris - Wagner, Beethoven
Lundi 24 février 2020 - 20:30
Grande salle Pierre Boulez - Philharmonie
Christoph Eschenbach
Concert

Anniversaire Eschenbach

Christoph Eschenbach - Gil Shaham - Orchestre de Paris - Mendelssohn, Berlioz
Du mercredi 5 février 2020 au jeudi 6 février 2020
Grande salle Pierre Boulez - Philharmonie