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Au jour le jour / Entretiens

Les voix de l’exil

Publié le 16 Janvier 2017

Le nouveau spectacle de Sonia Wieder-Atherton fait dialoguer l’énergie brute de Galina Ustvolskaya avec les témoignages poignants des exilés du monde. 

par Sonia Wieder-Atherton

 

De tous temps, en tous lieux,
Des peuples oppressés ont fui.
Poussés par la guerre, par la famine, par l’extrémisme, par la folie meurtrière des hommes.
Qu’ils soient chassés, déplacés, emmenés, arrachés à leurs vies.
Qu’ils viennent d’Asie, d’Afrique, d’Europe ou des Amériques.
Qu’ils semblent rescapés de l’Histoire ou écorchés vifs par notre actualité.
Ils sont revenus, ils ont dit, ils ont écrit.
Ces mots nous parviennent, ces langues ont survécu au temps et à l’oubli.
Exil est né parce que j’ai ressenti l’envie, peut-être même le besoin de me trouver face à ces mots si rarement prononcés,
Le besoin de les entendre et de les faire entendre.
De découvrir comment, dans certaines forêts, des communautés de migrants s’organisent en un peuple prêt à recevoir la loi.
D’entendre le récit de Cassius, 12 ans, rescapé du génocide rwandais.
Celui de Rithy Pahn à la recherche de l’image manquante, disparue au Cambodge.
Le cri lancé par Charlotte Delbo « Pourquoi ? Pourquoi ? Parce que tout ceci est inexplicable».

Et quelques années après celui de Maya Angelou, Antigone des temps modernes,
J’ai eu besoin d’entendre la langue extraordinaire du récit de la Dame de Qin, un poème disant l’histoire d’une femme victime d’une révolte sanglante dans la Chine du Ve siècle.
Et enfin, écouter le récit que fait la Bible de l’errance de ceux qui « partirent de Succoth et campèrent à Etham, à l’extrémité du désert… »
Donnant ainsi la main à ceux qui aujourd’hui traversent les déserts.
Puis, j’ai imaginé le Grand Duo de Galina Ustvolskaya, pour violoncelle et piano dont les 5 mouvements, comme des flèches de feu, marqueraient l’espace et le temps.
C’est alors que m’est revenue l’émotion que j’ai ressentie quand j’ai pour la première fois vu le travail des jeunes acteurs chanteurs de la Compagnie sans Père et de Sarah Koné.
Ainsi,
C’est à eux, à leurs voix, à leurs présences, à leurs regards, si différents et si intenses que j’ai eu envie de confier ces textes.
Eux qui jamais ne prétendraient faire croire qu’ils pourraient être ces personnes, et en même temps pourraient être chacune d’elles.
J’ai voulu que la voix de mon violoncelle joigne leurs huit voix. Créant un chœur de voix parlées, chantées.
Comme pour se soutenir. Comme pour continuer.

Sonia  Wieder Atherton    33

Une artiste face au monde

Sonia Wieder-Atherton
Amphithéâtre - Cité de la musique
Vendredi 3 février 2017 - 19:00
Exil | Sonia Wieder-Atherton et la Compagnie Sans Père
Spectacle

Exil

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Salle des concerts - Cité de la musique
Jeudi 2 février 2017 - 20:30