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Perspectives / Perspectives

Photographie de la french pop

Publié le 20 Novembre 2017

Dressant des ponts entre les différents univers musicaux, la pop se moque des définitions. Au travers des portraits d’artistes, de clips ou de chansons emblématiques, Étienne  Daho déplie l’histoire de cette foisonnante pop française.

par Étienne Daho

Françoise Hardy - Étienne DahoAntoine Giacomoni
Françoise Hardy - Étienne Daho

Je prenais des photos de loin en loin depuis mon adolescence. Je ressortis mes appareils à l’occasion d’une carte blanche musicale que me proposa la Philharmonie au printemps 2014. Comme je consacrais l’une des soirées aux artistes de la nouvelle pop française et à leurs parrains, je saisis l’occasion d’immortaliser leur insouciante photogénie et de capturer ce moment mystérieux de l’envol, celui où les choses se fabriquent. J’adorai l’expérience et la renouvelai lorsque le Midi Festival me proposa d’être le président d’honneur de l’édition 2016.

Quelques mois plus tard, la Philharmonie me proposa d’exposer ces images, mais comme je n’en avais qu’une trentaine, nous envisageâmes ensemble un projet plus opulent, où je serais le narrateur et guide d’un parcours subjectif de 70 années de pop française en 200 portraits. Ce ne serait donc pas un catalogue global de la pop française, mais un choix personnel de portraits d’artistes dont la trajectoire croise la mienne, soit ceux qui ont nourri mon inspiration et mon envie de devenir musicien, ceux qui ont accompagné ma route et ceux sur lesquels je souhaitais mettre de la lumière.

Si le projet était excitant, il était aussi plein d’écueils et j’hésitai un temps, évaluant la difficulté de m’extraire complètement du monde de la pop, dont je fais partie intégrante, pour le raconter avec assez de distance. L’autre complexité était que le nombre limité d’images pour couvrir une période si vaste m’empêcherait d’y inclure tous les artistes souhaités, avec le risque d’en occulter certains et de provoquer des frustrations légitimes chez les absents.

J’acceptai finalement et me lançai dans l’aventure, avec l’aide de Tristan Bera, Nathalie Noënnec, Franck Vergeade et l’équipe de la Philharmonie. Au travers des portraits des artistes au moment où ils apparaissent ou au moment où ils rayonnent le plus, au travers également de clips ou de chansons emblématiques, nous nous mîmes à déplier l’histoire de cette passionnante pop française.

Dans le choix du titre « Daho l’aime pop », il y a une énigme. Que signifie le mot « pop » ? Lorsque j’étais enfant et adolescent, je ne me suis jamais préoccupé des genres et passais allègrement de la chanson populaire à l’underground, avec un même plaisir non coupable. Lorsque je connus mes premiers succès, pour échapper aux modèles dominants et à la rigidité sectaire du rock et de la variété, je m’autodéfinis comme chanteur pop. Cela semblait m’offrir une zone de liberté qu’avaient défrichée certains de nos aînés. D’une manière générale, les « puristes » avaient tendance à considérer avec condescendance que la pop était essentiellement synonyme de plaisir hédoniste, de légèreté colorée et de compromission commerciale. Gainsbourg fut traité de vendu par ses pairs lorsqu’il explosa les codes et composa pour les yé-yé. Puis il fut sanctifié.

Nos aînés avaient bâti de belles fondations, fruits d’un hypermétissage de la chanson française et des rythmiques anglo-saxonnes. Le swing de Trenet, le rock de Boris Vian ou la pop anglaise sophistiquée de Françoise Hardy permirent aux générations suivantes de se retrouver en zone libre. Aujourd’hui, la pop a des contours fluctuants et se moque des définitions. Elle dresse des ponts entre les différents univers musicaux. Elle décloisonne, brasse, métisse, réconcilie les genres et arrache les étiquettes. Délivrée de la rigidité des codes, toute une nouvelle génération hisse très haut le drapeau d’une pop décomplexée, vive, variée, foisonnante et libre.

C’est à cette belle créativité et à cette liberté que cette exposition rend hommage.

 

Extrait du catalogue de l'exposition  Daho l'aime pop !, Éditions Gallimard Loisirs / Cité de la musique-Philharmonie de Paris, 2017, p. 9-10.

Daho l'aime Pop
Musée de la musique - Cité de la musique
Du mardi 5 décembre 2017 au dimanche 29 avril 2018