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Perspectives / Perspectives

Pierre-Laurent Aimard, l’écriture du concert

En récital et avec l'Orchestre de Paris, Pierre-Laurent Aimard souligne l'exceptionnelle modernité de Beethoven qui fait de lui le maillon essentiel entre les maître flamands, la seconde École de Vienne et les plus radicaux des contemporains.

Publié le 8 Janvier 2020
par Jérémie Szpirglas

Pierre-Laurent Aimard_Catalogue d'Oiseaux, Messiaen_Aldeburgh Festival_Snape Maltings

 

Pierre-Laurent Aimard commence l’étude du piano à 5 ans et quitte le Conservatoire de Lyon pour celui de Paris où il obtient quatre premiers prix, dont celui de piano à 14 ans. Il est l’élève d’Yvonne Loriod et vit dès l’âge de 12 ans dans l’entourage d’Olivier Messiaen dont il demeurera l’un des plus fins connaisseurs. Un tel parrainage place la suite de sa carrière sous le sceau de la création.

Complétant sa formation auprès de Maria Curcio et de György Kurtág, il est choisi à 19 ans par Pierre Boulez pour devenir soliste à l’Ensemble intercontemporain. Il y restera dix-huit ans, participant à de multiples créations et approfondissant sa connaissance du répertoire du XXe siècle, notamment de Boulez et de Stockhausen. Au sein de l’EIC et par la suite, il crée de nombreuses œuvres pour piano de George Benjamin, Marco Stroppa ou György Ligeti (qui lui a dédié plusieurs de ses Études), ce qui ne l’empêche pas de défendre également les répertoires baroque, classique et romantique, en soliste, en formation de chambre ou avec les meilleures phalanges orchestrales de la planète.

Pierre-Laurent Aimard_György Ligeti, Étude N°13: L'escalier du diable

 

Plus encore que sa biographie, c’est la manière dont Pierre-Laurent Aimard conçoit ses programmes qui nous informe le plus sur sa personnalité d’artiste. La musique est une et indivisible : voilà son credo. Et ses concerts sont autant de panoramas et de mises en perspective. On peut par exemple citer le concert-lecture incroyablement puissant qu’il a imaginé avec le comédien Denis Podalydès autour des écrits du déporté et prix Nobel de littérature Imre Kertesz, mêlant Schönberg, Ligeti, Kurtág et Cage, et bien d’autres programmes si intelligemment « écrits », l’écriture d’un programme étant, dans ce cas précis, élevé au rang d’art à part entière.

Prenons les trois concerts, en récital ou avec orchestre, qu’il donnera entre le 25 janvier et le 21 mai prochains : prenant pour point de départ le deux-cent-cinquantième anniversaire de Beethoven, Aimard souligne son exceptionnelle modernité qui fait de lui un maillon essentiel entre les maîtres flamands, la seconde École de Vienne et les plus radicaux des contemporains.

Le 25 janvier, il trace une ligne de fuite entre Beethoven, Schönberg et Stockhausen, trois « architectes » qui intègrent les « gestes les plus audacieux (…) dans un langage et une forme unificateurs ». Ainsi de la Sonate op. 10 no 3, dans laquelle Beethoven extrapole tout son matériau à partir de quatre notes conjointes, ou de l’Opus 23 de Schoenberg, où l’on assiste à la naissance du dodécaphonisme. Ou encore du fameux Klavierstück IX de Stockhausen, une pièce qui s’ouvre de manière inoubliable sur un accord de quatre sons frappé 142 fois dans le tempo de 160, en passant progressivement du fortissimo au quadruple pianissimo, « de façon absolument continue et sans se préoccuper des touches qui ne réagissent pas lorsque l’intensité est moindre ».

Pierre-Laurent Aimard_Stockhausen, Klavierstück IX ∙

 

En introduisant, le 13 février, la fameuse Sonate no 29 op. 106 « Hammerklavier » par la Fantasia Chromatica de Sweelinck, figure de transition entre Renaissance et Baroque, la Sonate de Berg, œuvre charnière entre musique tonale et musique atonale, et Shadowlines de Benjamin (œuvre qu’il a créée) qui fusionne « deux genres a priori inconciliables, le prélude et le canon », Aimard confronte « quatre stratégies compositionnelles qui renouvellent le langage musical à une époque charnière, procédant par l’hybridation entre deux traditions musicales différentes voire opposées ».

Pierre-Laurent Aimard_George Benjamin, Shadowlines: I. Cantabile

 

Les 20 et 21 mai, enfin, il interprétera le majestueux Cinquième Concerto « Empereur » avec l’Orchestre de Paris sous la direction de François-Xavier Roth, autre amoureux des mises en perspective programmatiques, comme un témoigne le poème symphonique Une vie de héros de Strauss, qui répondra à Beethoven.

 

Pierre-Laurent Aimard
Récital piano

Pierre-Laurent Aimard

Schönberg, Beethoven, Stockhausen
Samedi 25 janvier 2020 - 17:00
Salle des concerts - Cité de la musique
Pierre-Laurent Aimard
Récital piano

Pierre-Laurent Aimard

Sweelinck, Benjamin, Berg, Beethoven
Jeudi 13 février 2020 - 20:30
Salle des concerts - Cité de la musique
Pierre-Laurent Aimard
Concert

Orchestre de Paris / François-Xavier Roth

Pierre-Laurent Aimard - Beethoven, Strauss
Du mercredi 20 mai 2020 au jeudi 21 mai 2020
Grande salle Pierre Boulez - Philharmonie