Notes de passage

A+AA-Print

Au jour le jour / Impressions

Placido Domingo et Verdi : une affinité élective

De retour à Paris avec Eugene Kohn et le Belgian National Orchestra, le ténor espagnol célèbre la dramaturgie verdienne faite de surprises, de rêves, d’intrigues et de passions extrêmes.

Publié le 19 Décembre 2018
par Thierry Guyenne

PLÁCIDO DOMINGO Dio mi potevi scagliar... (1991)

 

Plácido Domingo est à tous égards un artiste hors-normes : par sa longévité (60 ans de carrière en 2019 !), le choix de continuer à se produire en abordant depuis une dizaine d'années des parties de barytons, le nombre de rôles (150 à ce jour), la pluri-activité (chanteur mais aussi chef d'orchestre, directeur d'opéras, président du concours Operalia lancé en 1993...), et enfin la popularité (considérablement amplifiée grâce aux films d’opéras et surtout, dès 1990, aux fameux concerts des Trois Ténors avec Luciano Pavarotti et José Carreras).

Si dans son répertoire l’opéra italien et français du XIXe siècle se taille la part du lion, il faut noter des incursions chez Wagner et Tchaïkovski, et même chez Mozart ou Haendel. Une insatiable curiosité l’amène également à défendre des ouvrages peu montés ou oubliés (L’Africaine de Meyerbeer, Cyrano de Bergerac d’Alfano), mais aussi des créations, du Goya de Menotti en 1986 à Il Postino de Daniel Catán (2010). Verdi n’en occupe pas moins dans cet ensemble aussi vaste qu’éclectique une place privilégiée, encore renforcée ces dernières années.

C’est avec Verdi que sa carrière prend son premier essor : le Borsa de Rigoletto de ses débuts officiels, au Mexique en 1959, puis Gastone (La Traviata) et Cassio (Otello), sont suivis dès 1961 par Alfredo de Traviata, un premier plan déjà. Jusqu’à l’Arrigo de La battaglia di Legnano en 2000, ce ne sont pas moins de 21 personnages (dont 4 au disque seul) qui se succéderont, non selon un plan de carrière, mais au hasard des propositions. Ainsi, le Duc de Mantoue (Rigoletto) arrive-t-il seulement en 1968, alors que l’année précédente ont été abordés en moins de trois semaines les bien plus lourds Radamès, Don Carlo et Riccardo (Un ballo in maschera) – ce dernier appris en... trois jours ! Il n’a que 34 ans quand il chante son premier Otello – une des parties les plus dramatiques de tout le répertoire qui deviendra rapidement, en dépit des oiseaux de mauvaise augure, son rôle fétiche, chanté plus de 200 fois ! – mais attend 54 ans pour incarner Adorno de Simon Boccanegra. C'est enfin le rôle-titre de ce dernier ouvrage, abordé en 2009 à Berlin, qui ouvrira la série des barytons verdiens : pas moins de 11 à ce jour !

De l’écriture verdienne, Domingo possède d’évidence le phrasé, le slancio, le mordant du timbre et du verbe. Après l’ardeur des héros romantiques, dont certains gravés à plusieurs reprises (trois Otello, Manrico et Riccardo, et même quatre Radamès), il peut désormais, à travers les rôles de baryton, explorer l’humanité de personnages plus mûrs. S’il refuse les vrais « méchants » (notamment Iago par fidélité envers Otello !), il se passionne pour la thématique, essentielle chez Verdi, de la paternité, s’avouant même plus intéressé par Germont père que par Alfredo...

 

Domingo & Freni-"Io vengo a domandar" from Don Carlos

 

Pouvoir chanter Rigoletto ou Posa, en se souvenant des Duc et Carlo qu’on a été, n’est-il pas un privilège fascinant ? Une richesse de points de vue encore accentuée pour les ouvrages que, non content d’y avoir interprété différentes parties – jusqu’à trois dans Rigoletto et Traviata –, l’on pratique aussi comme chef !

Placido Domingo - Don Carlo: Per me giunto... Io morro (Valencia 18.12.2017)

 

L’aventure verdienne continue, puisque le ténor espagnol à l’énergie inépuisable envisage à présent Renato du Ballo in maschera, et aussi Monforte d’I vespri siciliani, dont le concert du 18 janvier – à quelques jours du 78e anniversaire de l’artiste – propose un avant-goût.

Placido Domingo
Concert

Placido Domingo - Gala Verdi

Belgian National Orchestra - Eugene Kohn
Grande salle Pierre Boulez - Philharmonie
Vendredi 18 janvier 2019 - 20:30