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Semyon Bychkov et la philharmonie tchèque, un nouvel élan

Entrepris en 2016, le Projet Tchaïkovski revêt une valeur particulière pour Semyon Bychkov. À la tête de la Philharmonie tchèque, il présente notamment l’intégrale des symphonies et des concertos pour piano.

Publié le 6 Novembre 2019
par Bertrand Boissard

Bychkov conducts Stravinsky - Scherzo fantastique, Op. 3 (WDR Symphony) - YouTube.flv

 

La nomination de Semyon Bychkov à la tête de la Philharmonie tchèque à partir de la saison 2018-2019 a marqué une nouvelle étape dans la vie de cet orchestre à l’aura légendaire. Fondé en 1894, il a de suite été étroitement lié à la vie musicale et aux figures les plus illustres de son pays puisque Dvořák dirigea, le 4 janvier 1896 au Rudolfinum de Prague, son premier concert officiel. Vaclav Talich (1919-41) – qui a su l’élever à un niveau remarquable – Rafael Kubelik (1942-48) et Karel Ančerl (1950-68) sont les trois chefs permanents, et musiciens d’exception, qui ont forgé son style et sa sonorité propres. Les nombreux enregistrements sous la direction de Karel Ančerl pour Supraphon ont beaucoup fait pour sa réputation et certains demeurent des références absolues – par exemple ceux de la Sinfonietta et de Taras Bulba de Janáček. Par leur intensité, leur relief incisif, la crudité de leurs timbres – ce qu’accentuait encore des prises de son analytiques – mais aussi leur fraîcheur, leurs lectures très personnelles de la Symphonie « Du Nouveau Monde » de Dvořák , du Sacre du printemps et de Petrouchka de Stravinski, du Concerto pour orchestre de Bartók ou de Romeo et Juliette de Prokofiev, notamment, ont marqué l’histoire de l’interprétation de ces pages. L’orchestre a créé des œuvres qui sont désormais des piliers du répertoire comme la Septième Symphonie de Mahler ou la Sinfonietta de Janáček, mais aussi maintes pages de compositeurs tchèques, comme Martinů (Symphonie n°5, Concerto pour violoncelle, Concertos pour piano n°1 et 2…). Le premier enregistrement de l’orchestre – aujourd'hui entièrement composé de musiciens tchèques – remonte à 1929 : Václav Talich y dirigeait Má Vlast de Smetana.

 

Janáček - Sinfonietta - Czech Ph. / Ančerl

 

Treizième chef permanent de l’Orchestre philharmonique tchèque, Semyon Bychkov est né en 1952 à Saint-Pétersbourg (à l’époque Leningrad). Alors qu’il n’a pas atteint son dixième anniversaire, avant même de devenir l’élève du mythique Ilya Musin (également le mentor de Yuri Temirkanov, Valery Gergiev, Tugan Sokhiev, Teodor Currentzis et bien d’autres), sa vocation est déjà là : il veut être chef d’orchestre – alors qu’il est pianiste de formation. Une anecdote rend bien compte de sa passion, parfois aventureuse, pour la musique. Lors d’un concert donné par les Berliner Philharmoniker et Karajan, à Leningrad en 1969, dépourvu de billet, il va jusqu’à escalader le toit de la salle de concert et réussit à s’introduire… dans les toilettes des femmes. Prévenue, la police l’arrêtera et il n’assistera pas au concert. Il quitte l’URSS en 1974 et part à Vienne, puis aux États-Unis l’année suivante – il deviendra citoyen américain en 1983. Au milieu des années quatre-vingt, il se fait une réputation enviable de sauveur de concerts : ses remplacements au pied levé d’Eugen Jochum à la Philharmonie de Berlin, de Rafael Kubelik au New York Philharmonic, de Bernard Haitink à Amsterdam et de Riccardo Chailly à Vienne, attirent l’attention sur ce jeune chef prometteur et, a posteriori, peuvent être vus comme des jalons importants de sa carrière. Interrogé en 1985 sur son éventuel successeur aux Berliner Philharmoniker, Herbert von Karajan mentionne deux chefs d’orchestre : Carlo Maria Giulini et Semyon Bychkov. Ce dernier prend la tête successivement des orchestres de Grand Rapids, de Buffalo avant d’être directeur musical de l’Orchestre de Paris (1989-1998). De 1997 à 2010, il est chef de l’Orchestre symphonique du WDR de Cologne.

 

Tchaikovsky: Symphony No. 5 in E Minor, Op. 64, TH.29 - 3. Valse: Allegro moderato

 

Bychkov est le directeur artistique du projet Tchaïkovski, une initiative lancée en octobre 2016 avec Decca pour enregistrer avec le philharmonique tchèque toutes les symphonies du compositeur russe, les trois concertos pour piano, Roméo et Juliette, la Sérénade pour cordes et Francesca da Rimini. Cette première grande entreprise de la Philharmonie tchèque avec Semyon Bychkov culmine en 2019, avec la parution en août d’un coffret regroupant l’intégrale des enregistrements et les résidences du Projet Tchaïkovski, qui se déclinent à l’automne à Prague, Tokyo, Vienne et à la Philharmonie de Paris (les 22, 23 et 24 novembre). Semyon Bychkov voit dans l’interprétation du cycle symphonique de Tchaïkovski l’occasion d’une approche « ni purement russe, ni purement occidental, mais en quelque sorte un mélange des deux. Et je pense que c’est ce qui rend le projet si fascinant, parce qu’en fin de compte, comme c’est le cas pour toute grande musique, celle de Tchaïkovski est universelle. »

Kirill Gerstein
Concert symphonique

Tchaïkovski / Semyon Bychkov

Czech Philharmonic - Kirill Gerstein
Vendredi 22 novembre 2019 - 20:30
Grande salle Pierre Boulez - Philharmonie
Renaud Capuçon
Concert symphonique

Tchaïkovski / Semyon Bychkov

Czech Philharmonic - Renaud Capuçon
Dimanche 24 novembre 2019 - 16:30
Grande salle Pierre Boulez - Philharmonie
Gautier Capuçon
Concert symphonique

Tchaïkovski / Semyon Bychkov

Czech Philharmonic - Gautier Capuçon
Samedi 23 novembre 2019 - 20:30
Grande salle Pierre Boulez - Philharmonie