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Autres regards / Pop culture

Sous l’influence du rock’n’roll

John Cale et Lou Reed ont grandi dans les années 50. Les chansons qu’ils écoutaient alors ont profondément influencé le son du Velvet Underground.

Publié le 13 Avril 2016
par Éric Tandy

Rock & Roll - Velvet Underground

« Rock’n’Roll »

Elles sont nombreuses les chansons du Velvet Underground, le groupe de rock le plus avant-gardiste des sixties, sur lesquelles plane l’ombre un peu retro des années 50 : « She’s My Best Friend », avec sa mélodie à la Buddy Holly & the Crickets, « There She Goes Again », avec ses chœurs d’inspiration doo-wop et Girls Group, « White Light/White Heat » qui, débarrassé de son électricité extrême, pourrait ressembler à un furieux rockabilly. Il y a aussi – récemment ressorti sur le coffret The Complete Matrix Tapes – le medley enregistré à San Francisco en novembre 1969, « Sweet Bonnie Brown/It’s Just Too Much », sur lequel les deux guitaristes Sterling Morrison et Lou Reed revisitent les meilleurs « plans » du rock’n’roll des origines…

Sur Loaded, quatrième album du Velvet Underground, Lou Reed a rendu un vivifiant hommage à la musique qui l’a tant marqué pendant son adolescence : la chanson s’appelle évidemment « Rock’n’Roll », elle parle d’une certaine Jenny dont la vie a été sauvée, justement, par un morceau de rock qui passait à la radio sur une « New York Station ».

La révélation rock, John Cale l’aura eue lui aussi très tôt. Dans son autobiographie, What’s Welsh for Zen, il raconte qu’au cours de son enfance galloise, allongé sur son lit, il se trémoussait en écoutant « That’s All Right (Mama) », le premier morceau jamais enregistré par Elvis Presley. Plus tard, « Heartbreak Hotel », le grand classique d’Elvis, fera très fréquemment partie de son répertoire. Fait surprenant : lorsqu’il s’installe à Manhattan, qu’il baigne dans le milieu de la musique expérimentale, il se dit surtout impressionné par « Dream », une chanson des Everly Brothers, un duo (deux frères venus du Kentucky) de country-rock aux cheveux savamment gominés et aux harmonies vocales parfaites. C’est sur une « New York Station » qu’il a, lui aussi, découvert le morceau.

 

John Cale - Heartbreak Hotel

John Cale : « Heartbreak Hotel »

Le rock basique et rural né au sud des États-Unis, c’est aussi ce qui motive le petit Lewis Allan Reed quand il décide de jouer de la guitare électrique, abandonnant du coup les barbantes leçons de piano payées par ses parents.  Il aime Elvis et s’intéresse de près à ceux qui, comme le futur King, enregistrent pour le label Sun Records basé à Memphis : Carl Perkins, l’auteur de Blue Suede Shoes, guitariste au jeu tranchant et concis, ou Roy Orbison, pas encore devenu un crooner à la voix céleste, qui hoquette alors avec beaucoup d’entrain ses refrains rockabilly, « Ooby Dooby » ou « Go ! Go ! Go ! ».

 

Roy Orbison - "Ooby Dooby" from Black and White Night

Roy Orbison : « Ooby Dooby »

En grandissant un peu, Lou Reed va ensuite se trouver une véritable idole en la personne de Dion DiMucci – Dion est son nom d’artiste –, un natif du Bronx à la voix plus que chaleureuse qui, entre 1958 et 1963, enchaînera d’énormes hits, d’abord sous influences doo-wop (avec son groupe Dion & The Belmonts) puis enregistrera en solo avec énormément de succès quelques classiques, « Ruby Baby » ou « Drip Drop », souvent puisés dans le répertoire de groupes vocaux noirs comme les Drifters.

 

Dion - Ruby Baby

Dion : « Ruby Baby »

Le rock’n’roll et la musique noire des années 50 seront d’ailleurs d’un grand secours pour le Velvet Underground en tout début de carrière. Lors de leurs concerts au Café Bizarre à Greenwich Village en décembre 1965 (là où Andy Warhol les rencontrera pour la première fois), parce qu’ils n’ont pas encore assez de compositions originales à leur répertoire, Lou Reed, John Cale, Sterling Morrison et Moe Tucker reprennent sur scène « Little Queenie » et « Roll Over Beethoven » de Chuck Berry. Des morceaux qu’ils ne joueront plus jamais ensuite. Ce qui ne veut pas dire que l’esprit de base du rock’n’roll  aura disparu de leur musique…

Rodolphe Burger
Concert

Paris Velvet

Par Rodolphe Burger avec Bertrand Belin, Theo Hakola, Emily Loizeau, Mathilde Monnier, Poni Hoax, Swann, Mark Tompkins...
Dimanche 22 mai 2016 - 20:30
Grande salle Pierre Boulez - Philharmonie
Amphithéâtre Cité de la musique
Rencontre

Contre-culture autour de l'exposition "Velvet Underground"

avec Christian Févret, Rodolphe Burger et Pierre Evil
Samedi 2 avril 2016 - 18:30
Rue musicale - Cité de la musique