Notes de passage

A+AA-Print

Autres regards / Pop culture

Velours, underground et pop art : autopsie du premier album

Lorsque le 33 tours arrive dans les bacs des disquaires au printemps de 1967, c’est un véritable « O.S.N.I. », autrement dit un objet sonore non identifié.

Publié le 27 Avril 2016
par Pascal Bussy

The Velvet Underground & Nico - Femme Fatale

À Paris, au Bataclan, le 29 janvier 1972, Nico chante « Femme Fatale » en compagnie de Lou Reed et John Cale. 

 

Le recto de sa pochette est orné d’une banane et ne comporte que deux mots, le prénom et le patronyme d’Andy Warhol, le pape du « pop art ». Alors que le nom des artistes (c’est aussi le titre du recueil, The Velvet Underground & Nico) sera rajouté sur les éditions ultérieures, on continuera de l’appeler « l’album à la banane ». Ce fruit goûteux et ferme était devenu le double symbole de l’univers de ce groupe unique, celui d’une douceur apparente et d’une métaphore phallique et donc sexuelle. 

La douceur est l’apanage du velours (« velvet »), mais c’est une matière qui cache bien des choses souvent inavouables… On s’y baigne dans la poignée de sublimes ballades qui irriguent le disque, comme ce « Sunday Morning », introduction aux initiales évocatrices où les anglophones sauront déceler une ode à la paranoïa. On la retrouve dans « Femme fatale », complainte à double sens où Nico se met en scène – elle fut d’ailleurs pendant les sessions l’amante de John Cale et de Lou Reed –  tout en étant la prophétesse de son propre destin tragique. Quant au sexe, il se retrouve dans cet « underground » qui contribue à labelliser le groupe et notamment dans les déviances de « Venus in Furs », ode au sadomasochisme inspiré en ligne directe des écrits de Leopold von Sacher-Masoch. Il éclaire tout un monde souterrain où la drogue est un autre moteur (« I’m Waiting For The Man », « Run Run Run », « Heroin »), où les mondanités urbaines sont stigmatisées (« All Tomorrow’s Parties ») et où la musique explose dans un fracas hallucinogène, comme le montre ce « Black Angel’s Death Song » émaillé d’éclats bruitistes et de dissonances.

Cet album initiatique et révolutionnaire révèle un chanteur qui est aussi un auteur compositeur stylé (Lou Reed), un altiste qui utilise son archet à la manière d’un activiste sonique (John Cale), un guitariste intègre et cultivé (Sterling Morrison) et une batteuse minimaliste métronomique (Maureen Tucker), sans oublier la mannequin iconique Nico, même si elle ne chante que sur trois ou quatre titres. Tous sont d’ailleurs photographiés sur la pochette par Paul Morrissey, un fidèle d’Andy Warhol – ce dernier a traité l’emballage de ce disque sulfureux avec autant de soin que ses 32 Boîtes de soupe Campbell qui trônent au cœur de son art « pop » depuis 1962.

Annonciateur de tout le rock à venir, The Velvet Underground & Nico connaîtra de multiples rééditions avec quelques inédits et des mixages alternatifs, mais ce sont bien ses onze morceaux d’origine qui garderont pour l’éternité leur puissance dévastatrice, avec leurs parfums troubles de décadence, d’immoralité et de fausse innocence. Et certainement encore et toujours quelques secrets de fabrication que tous ses protagonistes emportent les uns après les autres en quittant le monde des vivants.
 

Rodolphe Burger
Concert

Paris Velvet

Par Rodolphe Burger avec Bertrand Belin, Theo Hakola, Emily Loizeau, Mathilde Monnier, Poni Hoax, Swann, Mark Tompkins...
Dimanche 22 mai 2016 - 20:30
Grande salle Pierre Boulez - Philharmonie
Amphithéâtre Cité de la musique
Rencontre

Contre-culture autour de l'exposition "Velvet Underground"

avec Christian Févret, Rodolphe Burger et Pierre Evil
Samedi 2 avril 2016 - 18:30
Rue musicale - Cité de la musique