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Au jour le jour / Entretiens

Yoann Bourgeois, la poétique de Minuit

Publié le 26 Janvier 2018

Avec Minuit, Yoann Bourgeois, entouré de complices, d’artistes indisciplinés et d’une harpiste, porte à la scène sa passion et sa quête de suspension. Son combat contre la gravité est une expérience théâtrale et chorégraphique saisissante.

par Jérôme Provençal

 

« Lorsque nous avons découvert l’univers de Yoann Bourgeois, nous sommes complètement tombés sous le charme », déclarent d’une même voix Yael Naim et David Donatien. Comme eux, de nombreux spectateurs ont déjà succombé à la singularité lunaire des drôles de pièces conçues par ce jeune créateur pluridisciplinaire, qui fait très joliment bouger les lignes. Virevoltantes et gracieuses, fragiles et virtuoses, ces pièces aux formats très variés évoluent en équilibre instable entre nouveau cirque, danse, théâtre et musique.

Défiant sans cesse la gravité (dans tous les sens du mot), Yoann Bourgeois – lui-même à la fois acrobate, acteur, jongleur, trampoliniste et danseur – tend toute sa pratique artistique vers la recherche toujours recommencée d’un point de suspension. Éphémère par définition, ce point correspond à l’endroit (et l’instant) le plus élevé atteint par un corps dans les airs, juste avant la chute – c’est-à-dire l’endroit (et l’instant) de tous les possibles. « Toutes les œuvres d’art ou les grandes constructions cherchent à résister à la mort, constate Yoann Bourgeois. Pourtant, même les pyramides d’Égypte finiront un jour par tomber en poussière. En tant qu’artiste, la seule perspective possible face à cela consiste à m’inscrire dans le présent et atteindre un point de suspension. »

Depuis plusieurs années, Yoann Bourgeois développe ainsi notamment une série de formes courtes en perpétuelle évolution, basées sur des dispositifs physiques autonomes et regroupées sous l’appellation générique "Tentatives d’approche d’un point de suspension". Spectacle composite, s’appuyant sur le répertoire de toutes ces petites formes déjà existantes, Minuit épouse la même stimulante dynamique de perpétuelle évolution. « Nous le réinventons à chaque fois, en fonction de la physionomie des lieux qui nous accueillent, explique Yoann Bourgeois. J’ai toujours été fasciné par les lieux de spectacle, leurs trappes, leurs ponts motorisés, toute cette machinerie fabuleuse que je trouve porteuse d’une poétique propre. Minuit essaie précisément de faire jouer cette poétique. »

Sur une musique originale, jouée en live par la harpiste Laure Brisa, se déploie un spectacle échevelé qui tire un profit ingénieux et ludique des possibilités offertes par la Salle des concerts de la Cité de la musique. Petites parenthèses burlesques, des saynètes baptisées Les paroles impossibles ponctuent le spectacle tout du long. Chaque saynète montre une tentative de prendre la parole qui échoue. « Il y a toujours quelque chose qui empêche le personnage de prendre la parole, précise Yoann Bourgeois. L’échec devient lui-même assez parlant. Dans l’une des saynètes, les voix intérieures sont trop bruyantes pour que le personnage puisse s’exprimer. » C’est lors de cette saynète que Yael Naim interviendra sur scène en interprétant la chanson "Dream In My Head". Extraite d’Older, dernier album en date de Yael Naim et David Donatien, cette envoûtante ballade flottante se révèle au diapason d’un spectacle constamment suspendu entre ciel et terre comme entre rêve et réalité.

 

Yoann Bourgeois
Spectacle

Yoann Bourgeois

Minuit / Dream In My Head
Salle des concerts - Cité de la musique
Du vendredi 23 février 2018 au samedi 24 février 2018