Album n°1 - The Velvet Underground & Nico

Album n°1 - The Velvet Underground & Nico

29/02/2016

Une banane redessine le visage du Rock.

En avril 1966, quand le groupe mené par Lou Reed et John Cale entame l’enregistrement de son premier album, le meilleur de la pop music balance entre deux pôles. Pour les harmonies du bonheur, demandez les Beatles. Pour l’électricité en rogne, adressez-vous aux Rolling Stones. En refusant de se positionner sur cet axe, le Velvet Underground prend à rebrousse-poil auditeurs et disc jockeys.

L’album à la banane révèle la complexité et les contrastes d’une époque. Tantôt douces et chaleureuses, tantôt fatalistes, froides et fielleuses, les chansons du Velvet tendent le moins flatteur des miroirs à la réalité new-yorkaise. Faisant l’impasse sur le confort des oreilles autant que sur le réconfort des âmes, sa musique et ses arrangements privilégient rythmes raides, violon grinçant, guitares barbelées et chant de glace.
Sous l’intransigeance des sonorités se cachent toutefois des mélodies célestes, dont l’entêtante singularité déclenchera au début des années 70 une révolution esthétique.

Dessinée par Andy Warhol, la pochette du disque est tout aussi célèbre que les chansons qu’elle contient, sinon plus. La première édition de l’album invite l’acheteur à « éplucher lentement et voir » ce que cache la peau de banane. Revers de la médaille, l’originalité du procédé d’impression a un coût, qui se chiffre en temps et en dollars. La parution du disque en est donc retardée.

L’album sort le 12 mars 1967 sur Verve Records (Universal Music Group), mais le succès commercial n’est pas au rendez-vous. Le contenu controversé de l’album lui vaut son retrait des bacs de nombreux disquaires tandis que plusieurs radios, frileuses, refusent de jouer ses titres. À cela s’ajoute un contentieux avec Eric Emerson, dont le visage apparaît au dos de la pochette de l’album. Emerson n’a pas explicitement autorisé l’utilisation de son image, et intente un procès à la maison de disque. Plutôt que de dédommager l’intéressé, Verve retire le disque de la vente pendant deux mois.

Poussif au démarrage, le succès commercial de l’album à la banane trouve un nouveau souffle une décennie plus tard lorsque de nombreux critiques musicaux lui rendent ses lettres de noblesse, insistant notamment sur son influence sur le rock moderne.
En 1982, lors d’une discussion avec Lou Reed à propos des ventes de l’album entre 1967 et 1972,  estimées à 30 000 exemplaires, Brian Eno déclare :

Tous ceux qui ont acheté une de ces 30 000 copies ont formé un groupe
Brian Eno

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