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Rencontre avec Jean-Philippe Echard et Mathias Lévy

Rencontre
adulte
Amphithéâtre - Cité de la musique
Durée : environ 45 minutes
Avec  Arnaud Merlin , médiateur, producteur à France Musique
Jean-Philippe Echard , Conservateur du Musée de la musique
Et  Mathias Lévy , violon
Les rencontres invitent un ou plusieurs artistes, auteurs ou personnalités du monde intellectuel à s’exprimer sur un sujet artistique ou une problématique culturelle, puis à échanger avec le public.

A l'occasion de la sortie du nouveau disque Unis Vers de Matthias Lévy qui joue sur le violon du luthier Pierre Hel, instrument de prédilection de Stéphane Grappelli, une rencontre avec l'artiste et un conservateur du Musée de la musique.

Arnaud Merlin est né à Tours en 1963. Après des études de musique à la Sorbonne et au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris – où il obtient les prix d’histoire de la musique et d’esthétique –, il se destine au journalisme musical en collaborant notamment, à partir de 1985, au Monde de la Musique et à Jazz Hot. Co-auteur avec Franck Bergerot de L’Epopée du Jazz (Découvertes / Gallimard, 1991), journaliste à Jazzman de 1992 à 2004, Arnaud Merlin est producteur à France Musique depuis 1996. Depuis 2009, il coordonne sur la radio publique la soirée hebdomadaire consacrée à la musique contemporaine (désormais le mercredi, avec Le concert de 20h et Le Portrait contemporain à 23h), et depuis 2015 il programme la saison de concerts de jazz à la Maison de la Radio.

Jean-Philippe Échard est conservateur au Musée de la musique depuis 2014, en charge de la lutherie des cordes frottées et des cordes pincées.
Diplômé de l’École Nationale Supérieure de Chimie de Paris, il est ingénieur de recherche au laboratoire du Musée de la musique de 1999 à 2013. Il a alors étudié une grande diversité de matériaux constitutifs d’instruments des collections patrimoniales, dont notamment la matérialité des décors des clavecins flamands et français. Sa thèse de doctorat (2010, MNHN) portait sur les techniques de vernissage des luthiers des XVIe-XVIIIe siècles. Il inscrit ses recherches actuelles au sein de l’histoire culturelle, sociale, économique et technique. Auteur de nombreuses communications et publications, il a récemment signé Le violon Sarasate, stradivarius des virtuoses (2018), et prépare un second ouvrage sur La lutherie de Crémone (à paraître en 2020) aux Éditions de la Philharmonie.

Mathias Lévy est comme son instrument : il ne connaît pas les frontières. Formé à l’école classique, parti sur les chemins buissonniers du jazz manouche, ce musicien éclectique, loin de s’enfermer dans un style, multiplie les expériences, avec un talent et une détermination qui l’imposent comme une nouvelle voix du violon en France. Né en 1982, fils d’une mère comédienne pianiste à ses heures et d’un père chercheur, Mathias Lévy commence très jeune l’apprentissage du piano et du violon, développant un rapport intuitif à la musique qui lui servira longtemps. Elève au Conservatoire du Raincy, fréquentant les établissements scolaires de sa ville, Clichy-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, il fait l’expérience de la diversité, des écarts sociaux et des brassages culturels, ce qui aura une incidence sur son envie de partage et de son attachement à la dimension populaire de la musique. Enfant, le jeu collectif est déjà ce qui l’attire, comme l’improvisation et il n’hésite pas, ni vu ni connu, à prendre des libertés avec les sonates de Brahms quand on demande au petit prodige de jouer devant les adultes. A l’adolescence, un bras cassé en cours d’entrainement de judo interrompt ses brillantes études ; un temps pendant lequel Mathias tâte de la guitare électrique et se plonge dans le rock. Dépossédé de sa mère décédée prématurément, il s’immerge dans la musique, ne termine pas sa Seconde, passe ses prix de violon, de piano, de musique de chambre et de solfège à 17 ans, tout en se rêvant en guitariste de rock. Il se passionne pour d’autres instruments, comme la clarinette, le saxophone ou la batterie, dans une frénésie de jeu qui s’incarne dans divers groupes de hip-hop, de rock, de reggae, etc. Grâce à un pote de lycée batteur, dont le frère est compositeur contemporain et le père amateur de jazz, il découvre Coltrane et Varèse qui le chamboulent, trippe sur la mythologie du jazz, et assiste à des concerts de Bernard Lubat et de John Zorn qui lui révèlent une autre façon d’envisager la musique, la scène et l’espace du concert. C’est par le biais du jazz manouche que le violon reprend le dessus, porte naturelle de l’instrument vers le jazz, lorsqu’à 20 ans, Mathias devient membre du Caravan Quartet, qui comprend notamment le guitariste Samuel Strouk. Avec ce groupe très actif, qui joue pendant deux ans au Bouffes du Nord et enregistre plusieurs albums, il ira en 2006 jusqu’à Cuba pour « Carhabana », projet de fusion entre swing manouche et latin jazz enregistré aux mythiques studios Egrem de La Havane, avec la crème des instrumentistes cubains réunis par le contrebassiste Frank Rubio. En parallèle, Mathias a ressenti la nécessité de perfectionner sa connaissance du jazz : d’abord à l’IACP à Paris sous la houlette de Lionel Belmondo, occasion de se frotter à la tradition du be-bop et de sa passionner pour Charlie Parker et la modernité de Django Reinhardt ; ensuite au CMDL où il devient l’un des protégés du fondateur, Didier Lockwood, qui l’éveille à certains aspects techniques propres au violon jazz et lui apprend à ne pas se rester prisonnier de la culture du violon soliste et à jouer avec la rythmique d’un groupe. C’est pour Mathias Lévy une ouverture magistrale et déterminante vers de nouveaux horizons, qui se traduisent par l’enregistrement d’un premier album autoproduit, jamais édité, avec l’accordéoniste Vincent Peirani et Samuel Strouk, « Ame et ouïe » (2007). Sollicité en studio pour des albums de Zaz, Marc Lavoine, Catherine Ringer, De La Soul ou The Do, il développe sa carrière de violoniste de jazz tout en travaillant pour le théâtre et dans différents contextes musicaux. En 2011, il reçoit le Grand Prix Stéphane-Grappelli au festival de Calais qui vient marquer la fin de son assimilation du langage du jazz. Deux ans plus tard, il enregistre le disque « Playtime » (JMS) qui est l’occasion pour lui d’inviter l’organiste Emmanuel Bex. Unanimement salué par la critique, son disque suivant sera un hommage contemporain et sans nostalgie à Stéphane Grappelli, « Revisting Grappelli », enregistré sur le violon même du musicien conservé au musée de la Musique à la Philharmonie de Paris. Tout en continuant à côtoyer la crème du jazz manouche, comme Biréli Lagrène ou Stochelo Rosenberg, Mathias Lévy n’a de cesse de promener son violon d’un univers à l’autre. Qu’on le retrouve auprès de la chanteuse tsigane Norig, dans un projet de tango contemporain avec l’accordéoniste Louise Jallu ou en train d’improviser librement aux côtés de l’écrivain Valère Novarina, il fait preuve d’une liberté d’inspiration et d’une virtuosité éclairée qui impressionnent. En trio avec Jean-Philippe Viret et Sébastien Giniaux, il développe désormais, sur une instrumentation entièrement à cordes, un univers de compositions personnelles, tandis qu’au fil de ses « Bartok Impressions » (BMC), il montre combien son violon peut prendre de visages, tant par son expressivité que par la variété des modes de jeu, et s’émanciper des canons de l’improvisation jazz. Soucieux de retrouver une liberté de geste quel que soit le contexte, du swing à l’abstraction, du jeu naturel aux effets, Mathias Lévy se révèle au gré d’un parcours marqué par l’ouverture et la diversité, l’un des exemples les plus éclatants des milles manières dont son instrument peut vibrer dans le nouveau siècle.

Comment venir

Porte de Pantin
M5 Métro ligne 5
3B Tramway 3B

Adresse

221 avenue Jean-Jaurès, 75019 Paris